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Europe: peut-on revoir la copie?

Publié le par JoSeseSeko

Europe: peut-on revoir la copie?

Il est clair que l'Union européenne, et plus précisément, la zone euro, souffre d'un mal comparable à ce que connait le Japon depuis les années 90, avec une déflation pointant le bout de son nez et menaçant de gonfler la dette, l'orthodoxie économique ne sait plus à quel saint se vouer. En outre, l'euro, qui était pourtant basé sur de bons principes (éviter la spéculation sur les États membres, harmoniser les politiques monétaires, pacification du continent) n'a pas fait en sorte que les États membres harmonisent leur fiscalité et mutualisent leurs dettes. Au contraire, la monnaie unique surévaluée a poussé à un dumping fiscal, favorable à certains et défavorable pour beaucoup (redistribution à l'envers ou dégressivité de l'impôt), à un problème de compétitivité global (sauf pour l'Allemagne qui a un choc asymétrique positif mais qui ne profite à personne et qui serait encore plus coûteux à tous si tous suivaient la trajectoire allemande) à structures d'exportation et d'importation données, une logique d'austérité qui conduit à une mauvaise utilisation des dépenses publiques, qui ne montre aucune efficacité, sinon à prolonger la récession dans une "décennie perdue".

Qu'en est-il au niveau des décideurs politiques et de leurs idéaux, notamment à gauche? Ce n'est pas glorieux! Avec des partis tels le Labour au Royaume-Uni, le Parti social-démocrate (SPD) en Allemagne, le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) en Espagne, le Parti démocrate (PD) italien, le Parti socialiste (PS) belge, le Parti socialiste (PS) portugais, le Mouvement socialiste panhellénique (PASOK) grec et bien sûr le Parti socialiste (PS) français, c'est la social-démocratie, voire le social-libéralisme, caution "sociale" du mainstream néo-classique qui s'est développé, rendant les frontières poreuses avec le libéralisme et le conservatisme de la droite classique. Pour l'instant, cela fait le jeu de l'ultra-conservatisme, du nationalisme de la droite radicale, de l'extrême-droite profitant de la crise pour monter en puissance.

Voilà comment s'exprime la crise en Europe au niveau de la pensée économique et politique. Mais alors, y a-t-il des voix alternatives? Du côté des économistes, il en existe. tels Paul Krugman, "prix Nobel d'économie" 2008, Jacques Sapir, membre de l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS) ou encore Jacques Généreux, prof d'économie à Sciences Po et membre du Parti de Gauche (PG), une des composantes du Front de Gauche (FDG: coalition de partis à la gauche du PS) qui seraient prêts à proposer de mettre à mort l'euro tel qu'il est conçu aujourd'hui pour qu'il devienne une monnaie "commune" pour les échanges avec les pays hors zone euro, impliquant une large refondation de l'Union européenne et de la Banque centrale européenne (BCE), afin de favoriser (un peu) l'inflation pour délester du poids réel de la dette, de racheter des titres de dettes publiques des États membres qui les auraient mutualisées, d'harmoniser les politiques fiscales avec une progressivité de l'impôt améliorée, une réorientation des dépenses publiques moins déficitaire que ce que penserait le mainstream, sur l'éducation, les infrastructures, les technologies alternatives pour réduire les émissions de CO2 (économie circulaire) et surtout afin d'éviter des trajectoires de divergence entre pays partenaires telles qu'on les voit actuellement.

Maintenant, vu qu'on parle de remplacer Jean-Marc Ayrault à Matignon, autant remplacer la politique menée jusqu'à présent. Mais qui serait capable de mener une politique alternative en France, et par conséquent, d'infléchir la trajectoire européenne? On peut regarder du côté de Jean-Pierre Chevènement pour le Mouvement républicain et citoyen (MRC) dont l'expérience politique, sa cohérence intellectuelle sont des atouts non négligeables tout de même, d'Arnaud Montebourg au sein du PS mais sur son aile gauche, ou bien se tourner sur le Front de Gauche avec Jean-Luc Mélenchon, charismatique et très bon orateur même si la trajectoire qu'il a prise en matière de communication est risquée selon moi, ou Marie-George Buffet. Mais cela ne se fera que si François Hollande tient à appliquer "le changement", à trancher! Ce dont j'en doute fort et c'est bien regrettable qu'il se comporte ainsi!

En tout cas, il est bon de rappeler qu'il existe une gauche radicale, pro-européenne, progressiste dans l'UE avec Die Linke en Allemagne, Izquierda Unida en Espagne, SYRIZA en Grèce, ou encore le Front de Gauche en France; ces forces politiques méritent d'être plus écoutées, d'autant plus que les élections européennes approchent à grands pas.

La copie européenne peut être largement revue, mais cela ne se fera sans coûts, sans résistances de l'ordre établi. Or, plus on attend, plus le coût sera élevé. Autant réaliser des économies tant qu'il en est encore temps.

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GO 08/03/2014 12:25

Oui. L'autre jour JLM a donné une interview dans l'Est Républicain (7/3/14) où il a clairement exprimé l'idée que la fin de l'euro conduirait rien moins qu'à la guerre en Europe. Ce qui est parfaitement faux, et même cynique puisqu'il s'agit là de l'argument de ses propres ennemis qu'il reprend à son compte. En réalité, la guerre économique qui se déroule maintenant a pour cause la lutte des classes mais pour raison la monnaie des classes dominantes: Mélenchon refuse d'y mettre fin pour rendre leur liberté aux Français. C'est au point qu'on dirait qu'il viendrait au pouvoir pour faire durer la crise. Autrement dit, oui le Front de Gauche est pro-européen au point de refuser le retour à la position historique du PCF (l'Europe des Nations), seule valable, au profit d'une bouillie sans nom. Si tu lis le livre d'Aurélien Bernier, tu verras le risque que nous fait courir cette insupportable stratégie. Mélenchon paiera aux Européennes la trop grande certitude avec laquelle il a abordé les questions monétaires et européennes, alors qu'il a vécu le tournant de la rigueur de 1983 qui a commencé et s'est continué sur cette question-là. Il est de ces hommes qui reconnaissent d'un coup les erreurs des autres; mais les siennes une à la fois seulement.