40 ans après, qu'est-ce que le "combat de la jungle" a changé?

Publié le par JoSeseSeko

Photo: AP

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Aujourd'hui est un jour anniversaire. Il y a 40 ans exactement, se déroulait le "combat de la jungle" (une dénomination pleine de préjugés) au stade Tata-Raphaël de Kinshasa, au Congo-Zaïre, entre Muhammad Ali et George Foreman. L'occasion pour l'ancien champion olympique à Rome en 1960 de reconquérir un titre mondial de boxe poids lourds qu'il avait eu en 1964, face à un jeune adversaire alors champion du monde en titre.

"Ali, boma ye!"

Un combat qui résonne comme la fin de la traversée du désert pour Ali. Après son refus de faire son service militaire au Vietnam en 1967, il perdit sa licence de boxe et ne retourna sur le ring qu'en 1971, face à Joe Frazier. Le boxeur de Philadelphie sera qualifié d'Oncle Tom (noir au service des blancs) par Ali, ce qui aura don de vexer à vie ce dernier, né en Caroline du Sud et victime de la ségrégation raciale à l'époque dans Dixieland. Mais surtout, Frazier sera le premier boxeur à vaincre Ali, ce qui irritera ce dernier.

En 1974, il compte récupérer son titre. Il pensait combattre contre Frazier, mais ce dernier est tombé face à George Foreman, 20 ans à l'époque, aux crochets dévastateurs. Alors, Ali a du chercher à le déstabiliser psychologiquement, en ayant la population zaïroise dans la poche, avec comme mot d'ordre: "Ali, boma ye!" (Ali, tue-le!). Ce fut d'autant plus facile que Foreman a commis l'erreur d'atterrir à l'aéroport de Kinshasa avec ses bergers allemands. Ces chiens étaient utilisés par la police coloniale belge avant l'indépendance du Congo-Kinshasa. En tout cas, après 15 rounds, Ali reprit son titre de champion du monde poids lourds.

Une récupération politique de court terme

Le lieu du combat doit surtout à l'opportunisme cynique du dictateur Joseph-Désiré Mobutu, ou Mobutu Sese Seko, qui pensait pouvoir affirmer sa politique d'authenticité, lancée en 1971. De la poudre aux yeux puisque derrière les mots et les noms, se cache une soumission aux alliés occidentaux, par le régime mobutiste. Mobutu n'a même pas eu l'intelligence d'esprit de développer la boxe dans l'ex-Zaïre, ce qui aurait été le meilleur moyen de générer des champions. Seulement, le profit, quand il existe dans ce pays et durant cette période, ne pouvait que profiter qu'au président Mobutu (mais aussi au promoteur états-unien Don King qui se fit un nom grâce à ce combat), et non au peuple zaïrois, qu'il a aliéné de fond en comble, à tel point que beaucoup sont nostalgiques de cette dictature. D'ailleurs, si vous avez lu l'Équipe magazine du 25 octobre (et j'espère que c'est le cas, chers lecteurs), un article fut consacré à la boxe à Kinshasa, avec l'amer constat qu'elle n'a pas pu se développer après le "rumble in the jungle", et qu'aucun souvenir ne semble manifestement être sauvegardé entre deux boxeurs de légende.

Mais ce n'est pas anodin. Quelques mois auparavant, le Zaïre participait à la Coupe du monde en Allemagne, devenant d'ailleurs le premier pays d'Afrique subsaharienne à y accéder. Un impôt spécial a été prélevé auprès des contribuables, afin qu'il serve de primes pour les joueurs de l'équipe nationale de foot. Mais les Léopards (surnom de l'équipe de foot) n'en ont pas vu un centime. Peut-être que ceci les a poussé à déjouer, quitte à être dénigrés depuis cet événement. Toujours est-il que Mobutu, cette honte du passé, appliqua parfaitement le proverbe romain: "Panem et circenses" (du pain et des jeux!)

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