Domination sans partage de l'Europe du foot

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Nniews.be

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La certitude d'un champion du monde européen souligne combien le football mondial, en ce début de 21e siècle, est dominé par le vieux continent. Une domination fort logique vu la concentration des meilleurs joueurs dans les championnats européens, sur fond économique, vu que le foot est le miroir du capitalisme financier, tel qu'on le connait ces dernières décennies.

France-Belgique et Angleterre-Croatie. Ce ne sont pas les affiches des demi-finales du championnat d'Europe des nations, mais bien celles de la Coupe du monde de football, qui a lieu en Russie depuis le 14 juin. Pour arriver à ce niveau-là de la compétition phare du foot mondial, ces demi-finalistes n'ont pas démérité. Tout particulièrement les français et les belges. Quand les premiers ont battu l'Argentine et l'Uruguay, les seconds se sont tirés du Japon et du Brésil. Dans ce dernier cas, il s'agit d'un exploit de la part des Diables rouges face à la Seleçao car la Belgique n'avait jamais battu le Brésil en phase finale de Coupe du monde. Une chose est certaine dans cette Coupe du monde surprenante à bien des égards, c'est que l'Europe du foot ne connait pas la crise et qu'il y a 50% de chance que le futur vainqueur soit un pays ancien champion du monde (Angleterre en 1966, France en 1998).

Le vampire européen

Au fond, ce n'est pas tellement surprenant que le futur champion du monde soit issu du vieux continent. En effet, depuis la Coupe du monde 2002, remportée par le Brésil, les pays européens ont la mainmise sur cette compétition - Italie en 2006, Espagne en 2010, Allemagne en 2014 -. Et en comptant celle de cette année, ça fera la quatrième Coupe du monde de rang remportée par un pays européen. Ce qui fait que depuis la création de cette compétition, en 1930, le vieux continent domine, avec 11 Coupes du monde glanées - 4 par l'Allemagne, 4 par l'Italie, 1 par l'Angleterre, 1 par la France, 1 par l'Espagne -, bientôt une douzième, contre 9 par l'Amérique latine - 5 par le Brésil, 2 par l'Uruguay, 2 par l'Argentine -.

Maintenant, comment expliquer ce phénomène? L'explication la plus plausible est économique, sous différents angles. Les pays européens font partie des pays les plus développés. Par conséquent, ils ont des infrastructures, des centres de formation qui permettent de faire émerger des talents. Mais ce n'est pas tout. Comme l'Europe prône le libre-échange à outrance, moteur du capitalisme financiarisé, ces dernières décennies, elle fait en sorte d'attirer les meilleurs joueurs mondiaux, y compris extra-européens, dans son espace, à travers différents championnats comme ceux d'Angleterre, d'Espagne, d'Allemagne, d'Italie, de France, du Portugal, etc. Ceci ne tombe pas du ciel, qu'on se le dise! C'est lié à des décisions politiques et juridiques. En l'occurrence l'arrêt Bosman de 1995, qui libéralise le marché des transferts en Europe, et qui, par des accords avec des confédérations d'Amérique latine, d'Afrique, d'Asie, etc., fait du football européen le centre névralgique du foot mondial.

Quelles conséquences l'arrêt Bosman a provoqué? Au niveau des footballeurs, c'est un embourgeoisement manifeste pour les quelques-uns qui tiennent le haut du pavé, menant la course à une moindre fiscalité; au niveau des clubs, une masse salariale source d'endettement chronique; au niveau des championnats; une inégalité car les trophées sont trustés par 2-3 ou 4 clubs, grand maximum, qui concentrent les meilleurs joueurs en leur sein; puis au niveau du continent européen, une domination de clubs issus des quatre meilleurs championnats (Espagne, Angleterre, Allemagne, Italie) qui forment un oligopole captant les trophées européens (Ligue des champions, Ligue Europa). Enfin, au niveau mondial, les championnats extra-européens sont vidés de leurs meilleurs éléments car appelés par les sirènes du vieux continent. Ce qui fait que des pays comme l'Argentine ou le Brésil, à la culture footballistique très forte et des clubs historiquement importants s'affaiblissent au fur et à mesure car pompés par le vampire européen. Il n'y a qu'à voir la proportion des joueurs argentins ou brésiliens sélectionnés pour cette Coupe du monde et qui jouent en Europe. Elle est ultra majoritaire dans les deux cas (17/23 pour l'Argentine, 19/23 pour le Brésil). Du temps où l'Argentine était devenue championne du monde en 1986, par exemple, il n'y avait que 8 footballeurs sur 22 qui jouaient en-dehors du championnat argentin.

En tout cas, les équipes nationales extra-européennes ont du pain sur la planche si elles veulent renverser la situation pour les prochaines Coupes du monde (Qatar en 2022, Canada-États-Unis-Mexique en 2026).

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