Le XV de France creuse encore

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Twitter

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Une tournée d'automne qui se conclut par une défaite historique contre les Fidji montre combien le XV de France s'enfonce encore plus dans les abysses, à 10 mois de la Coupe du monde. À croire qu'il faudrait être sado-maso pour se coltiner des bleus apathiques, en-dessous de tout.

Année après année, le constat reste le même au soir de la tournée des test-matchs de novembre, le XV de France est à la rue! L'année dernière, c'était un match nul heureux contre le Japon qui clôturait une tournée automnale catastrophique (1 nul, 2 défaites), scellant le sort de Guy Novès comme sélectionneur du XV de France. Jacques Brunel, son successeur à la tête des bleus, n'a pas fait mieux cette année, avec 1 victoire et 2 défaites. Pis, la défaite contre les Fidji (14-21) est une première en 10 confrontations entre ces deux nations du rugby mondial et les fidjiens, au classement World rugby, grâce à leur victoire qui fera date, sont passés devant les bleus (8e contre 9e aujourd'hui). On a beau changer de sélectionneur, les résultats ne remontent guère!

"On s'est pris pour qui, les gars?"

Forcément, ce résultat a de quoi renforcer le désamour enraciné entre le XV de France et le public. D'ailleurs, moins de 40.000 personnes sont allées voir le match au Stade de France et au coup de sifflet final, des sifflets ont fortement retenti. C'est significatif! Sur le match en lui-même, les Français ont été dominés à l'impact par des Fidjiens, connus pour être durs physiquement mais surtout très adroits techniquement, ballon en main. Mais à la différence des temps passés, la structure collective du Fidji a tenu le cap et n'a pas totalement sombré dans l'indiscipline, ce qui est pourtant le point faible des Flying Fidjians, historiquement parlant. Par conséquent, on ne peut qu'être d'accord avec le 3/4 centre Mathieu Bastareaud, vice-capitaine du XV de France, qui pousse un coup de gueule envers ses coéquipiers à l'issue de la rencontre contre les Fidji: "On s'est pris pour qui, les gars?" tonne-t-il, passablement en colère contre cette prestation apathique livrée samedi 24 novembre.

Éternel chantier

Ce qui est encore plus frustrant, c'est que l'effectif choisi par Brunel a l'air d'être tellement habitué à la défaite que la rage de vaincre semble s'être définitivement perdue, au profit d'un mental complètement friable. La défaite lors du premier match, contre l'Afrique du Sud (26-29), le 10 novembre dernier, était parfaitement évitable car à... deux secondes de la fin du match, les bleus menaient 26-22 et n'ont pas su gérer le money time, gâchant un match jusqu'alors bien mené contre les Springboks. Une semaine plus tard, la prestation contre l'Argentine était plus sérieuse et bien récompensée au bout (28-13), d'autant plus que les Bleus retrouveront les Pumas en phase de groupes de la Coupe du monde. Par conséquent, cette défaite historique contre les Fidji fragilise de nouveau l'édifice que tente de mettre en place Brunel. En fait, si on fait exception de l'année 2015, les Bleus comptent davantage de défaites que de victoires depuis 2013.

Au niveau des postes, peu de certitudes. L'ossature 2-8-9-10-15 est pour le moins fragile. Le talonneur et capitaine Guilhem Guirado se démène comme un beau diable mais ces défaites entament son moral. Le troisième ligne centre Louis Picamoles alterne le bon et le moins bon, ne facilitant pas tellement les choses. La charnière Baptiste Serin (1/2 de mêlée)-Camille Lopez (1/2 d'ouverture) semble offrir de certaines garanties mais face aux Fidji, elle n'a pas été convaincante, notamment Serin, qui sait combien la concurrence à son poste est grande (Morgan Parra, Antoine Dupont). Le poste d'arrière est le plus incertain car aucun prétendant (Maxime Médard, Benjamin Fall, Scott Speeding, Brice Dulin) ne dégage une certaine constance et n'est pas épargné par les blessures. Médard, titulaire contre l'Afrique du Sud, s'est blessé contre l'Argentine. Fall, qui a pris le relais, n'a pas pu saisir l'occasion contre les Fidji. Sur les postes de 3/4 centre, qui peut s'associer à Bastareaud? Soit Geoffrey Doumeyrou, soit Gaël Fickou. Le premier permet une complémentarité défensive et physique, mais pas d'allant offensif, ce qui put manquer contre l'Afrique du Sud. Le second a une capacité à changer d'appui très vite pour mieux percer les défenses adverses, comme contre l'Argentine, sans pour autant donner de grandes garanties défensives, comme contre les Fidji. Puis d'autres 3/4 centres comme Wesley Fofana, Rémy Lamerat, absents de la tournée de novembre, n'ont pas dit leur dernier mot. Bref, un éternel chantier.

Une éclaircie à l'horizon?

Ce qui frustre encore les observateurs avisés du XV de France, c'est l'éternelle litanie de fautes de main de la part des joueurs, notamment quand ils se trouvent dans les 22m adverses, donc en position de marquer des essais. Et on ne cesse de le voir ces dernières années, que ce soit durant les test-matchs de novembre ou lors du Tournoi des VI nations. Il y a de quoi devenir fou rien qu'en y pensant car ça paie le manque d'attention sur la technique de passe ou de contrôle du ballon de la part de la Fédération française de rugby et que le rattrapage relèverait du miracle car au bout, ça donne un jeu brouillon, où ce qui peut sauver les apparences, ce sont les phases statiques (mêlée, touche), où le XV de France retrouve peu à peu du poil de la bête.

Maintenant, est-ce que l'avenir promet encore un enfouissement du rugby tricolore? À court terme, la prochaine Coupe du monde, au Japon, promet d'être une boucherie pour les Bleus, vu qu'ils auront l'Argentine mais surtout l'Angleterre dans leur groupe. À plus longue échéance, il reste un espoir car la Coupe du monde 2023 aura lieu en France. Une bonne raison de vouloir relever la tête. Puis, les bleuets qui ont été sacrés champions du monde des moins de 20 ans en juin dernier, auront gagné en expérience au sein de leurs clubs, si ces derniers leur font confiance - ce qui est loin d'être une évidence absolue -.

Ce cycle infernal ne durera pas éternellement. Mais pendant ce temps, il faudra manger son pain noir.

Publié dans Sport, Rugby, France, Brunel

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