Vivement la révolution au XV de France

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Twitter

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La victoire à la Pyrrhus en Italie ne peut pas servir de cache-misère pour un rugby français à la rue au niveau international, où tout marche à l'envers et que les amateurs du ballon ovale en viennent à attendre que la nouvelle génération de joueurs français prenne vite les clés du camion, avec un autre staff.

Un hold-up! C'est comme ça qu'il faut résumer cette victoire du XV de France contre l'Italie, à Rome, samedi 16 mars (25-14). Et pour cause, les joueurs italiens ont été dominateurs, ayant la possession du ballon tout le long du match. Mais cinq essais refusés, un manque de chance effarant et des points au pied laissés en route ont évité à la France une nouvelle défaite pour la cinquième et dernière journée du Tournoi des 6 Nations, dont le grand vainqueur est le Pays de Galles, réalisant d'ailleurs le Grand Chelem (5 victoires). C'est dire si le XV du Poireau fait partie des grands favoris pour la Coupe du monde de rugby, qui aura lieu au Japon, derrière la Nouvelle-Zélande, double championne du monde en titre.

Bordel permanent

Un statut auquel n'aspire plus la France depuis un moment. Comme l'indiquait le journal l'Équipe dans son édition du jeudi 14 mars, la décennie 2010 est la pire de l'histoire du XV de France depuis l'après-guerre, avec moins de 50% de victoires. Et surtout une tendance à l'accumulation des défaites ces dernières années. Le limogeage de Guy Novès en 2017 et son remplacement par Jacques Brunel en tant que sélectionneur du XV de France n'a pas créé d'électrochoc. Pis, Brunel a, pour l'instant, le pire bilan d'un sélectionneur national depuis la professionnalisation du rugby (1995), avec cinq petites victoires en 16 matchs. Soit 31,25% de victoires et soit moins que Novès (7/21, 33,33%).

Au-delà du bilan comptable, c'est l'image d'un bordel permanent qu'offre le XV de France et le rugby français dans son ensemble. On ne voit pas de plan de jeu; il y a toujours cette litanie de fautes de main qui en fait hurler plus d'un amoureux du ballon ovale; un déficit physique et mental abyssal, que les défaites contre le Pays de Galles (19-24), en Angleterre (44-8) et en Irlande (26-14) ont démontré de manière flagrante et que l'Italie aurait dû également illustrer, si la Squadra azzura eut été un peu plus chanceuse. Sans compter une gestion humaine calamiteuse. Les demis de Clermont Morgan Parra et Camille Lopez ont perdu leur place de titulaire après avoir asséné des critiques sur le manque de travail exigé par Brunel et son staff à l'issue de l'humiliation en Angleterre. D'ailleurs, Lopez fut demandé à jouer les quatre dernières secondes d'Italie-France, hier. Ce qui est juste du foutage de gueule en bonne et due forme envers le joueur, qui a voulu ne pas rentrer avant de se raviser. Mais une fois le match terminé, il est parti directement aux vestiaires, vexé par ce traitement qui lui est infligé. Enfin, l'Équipe avait révélé que le vice-président de la Fédération française de rugby, Serge Simon, et Brunel, voulaient destituer Guilhem Guirado de sa fonction de capitaine des bleus. Ambiance!

Tout à jeter?

Au-delà de cette conjoncture qu'est ce Tournoi des 6 nations 2019, à six mois de la Coupe du monde, il y a une structure largement défaillante du rugby français, visible d'année en année. La Fédération française de rugby (FFR) ne possède pas de stade lui permettant d'avoir des recettes stables, contrairement à son homologue anglaise, qui est propriétaire du stade de Twickenham. Le Top 14 est le championnat le plus puissant dans le monde du rugby, économiquement parlant, mais il est incapable de permettre aux joueurs français de tendre vers les standards du rugby international, où le temps de jeu effectif s'est accru ces dernières années et est devenu plus intense en matière de rythme. Les équipes anglo-saxonnes, notamment l'Angleterre et l'Irlande, ne s'y sont pas trompées en asphyxiant les bleus tout au long du match, les cantonnant dans les 22 mètres français, en jouant les touches très rapidement ou en mettant la pression par le jeu au pied. Le président de la Ligue nationale de rugby, Paul Goze, réfute cette critique régulière, indiquant que les équipes menant le championnat actuellement - Stade Toulousain, Clermont Auvergne, La Rochelle - sont des équipes joueuses, techniques et menant des matchs avec de l'intensité. En contradiction avec les propos du deuxième-ligne Félix Lambey, une des (trop) rares révélations du Tournoi, qui avouait de manière lucide peu avant le match contre l'Irlande: "Dans un match de Top 14 où il y a moins de 30 minutes de jeu effectif, je suis dégoûté et après je me dis: c'était nul, on s'est fait chier. [...] En Top 14, tu as toujours un mec qui a le genou au sol pour faire tourner le temps, se reposer. Déjà nous, joueurs, faudrait se dire: on arrête de mettre le genou au sol. [...] En Top 14, on boit toutes les 30 secondes. [...] Si on veut un championnat plus rapide, il faut une remise en question générale, des joueurs, des arbitres... Après, est-ce que tout le monde a envie de ça, je ne sais pas. Je ne pense pas". En outre, le président de la LNR omet de dire que les joueurs français ont un temps de jeu moindre que les stars mondiales que les clubs attirent. Ce qui m'oblige à rappeler que depuis plusieurs années le rugby français suit le chemin du football anglais.

Maintenant, faut-il tout jeter à la poubelle peu avant la Coupe du monde? Ce serait révolutionnaire mais ça n'est pas le chemin pris par la FFR car pour Laporte, ce serait un aveu d'échec de sa stratégie court-termiste en mettant son ami Brunel à la place de Novès, dont l'inimitié avec le président de la FFR est notoire. En tout cas, si certains cadres ont été déstabilisés, notamment le capitaine Guirado, devenu hélas le capitaine looser, une nouvelle génération pointe le bout de son nez et peut donner espoir à des lendemains qui chantent. Romain Ntamack en est le meilleur exemple. Ouvreur de formation mais jouant la plupart du temps comme 3/4 centre au Stade Toulousain, le fils d'Émile Ntamack, ancien 3/4 du XV de France dans les années 1990, n'a pas tellement tremblé, du haut de ses 19 ans et fait partie des (trop) rares satisfactions françaises dans ce Tournoi. Cela étant, il a quand même pris la vague verte de Dublin, le 10 mars dernier, tout comme l'ensemble de l'équipe, et qu'il n'est pas le buteur n°1 en club, son coéquipier Thomas Ramos ayant cette charge, y compris en sélection. Lambey, cité ci-haut, est intéressant par sa technique ballon en main et sa mobilité sur le terrain. Il serait tentant de citer Damian Penaud et Antoine Dupont mais le premier joue 3/4 aile et n'a pas totalement les aptitudes défensives à ce poste. D'ailleurs, anglais et irlandais l'avaient bombardé de chandelles ou de jeu au pied de pression sur son côté avec efficacité. Quant au second, si ses qualités de finisseur sont indéniables, il reste encore du chemin pour être un demi de mêlée capable de gérer les temps faibles, de soulager les avants et de mettre sous pression ses adversaires par un jeu au pied précis.

En tout cas, vu que la Coupe du monde dans six mois promet d'être un massacre à la tronçonneuse, il ne serait pas idiot d'enrôler de nouveaux bleus, notamment des champions du monde de moins de 20 ans titrés l'an dernier, en plus de Ntamack et du pilier Demba Bamba, pour préparer celle de 2023 organisée en... France.

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