Un printemps explosif à l'horizon?

Publié le par JoSeseSeko

Photo: JoSeseSeko

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La manifestation des gilets jaunes, samedi 16 mars, conjuguée avec celle sur le climat et les solidarités, a été particulièrement mobilisatrice mais aussi marquée par des images d'incendie sur les Champs-Élysées choquant le pouvoir et l'opposition conservatrice, montrant combien la lecture en termes de classes sociales reste pertinente mais à compléter.

Ce 16 mars était attendu voire craint, selon du côté où l'on se situe politiquement, socialement parlant, et il va forcément marquer les esprits. Les gilets jaunes, s'étant joint à la marche du siècle par rapport au climat et à la marche des solidarités contre les violences policières et le racisme d'État, ont permis une mobilisation large et quasi unitaire car plusieurs dizaines de milliers de personnes, 107.000 selon les organisateurs de la marche du siècle, ont battu le pavé jusqu'à la place de la République, samedi 16 mars, et qu'entre 10.000 et 15.000 gilets jaunes étaient restés sur les Champs-Élysées. Ce qui donnerait, selon les gilets jaunes, 269.070 personnes mobilisées pour cette 18e journée de mobilisation en convergence avec la marche du siècle. Soit bien plus que ce que peut raconter le gouvernement, qui cherche à distinguer les manifestations du climat et gilets jaunes alors que la convergence s'est faite sur le terrain; et largement plus que la semaine dernière (90.469), faisant office de répétition générale. En tout cas, justice fiscale, sociale et écologique ne sont pas déconnectées les unes des autres, comme l'ont tenu à le rappeler François Boulo et Priscilla Ludosky, deux figures du mouvement des gilets jaunes, au sujet d'un pouvoir politique qui a revu à la baisse ses politiques écologiques.

Un pouvoir hypocrite

Mais ce que le pouvoir et les mass médias mettent en avant, pour discréditer les manifestants et aliéner les esprits par du sensationnalisme bas de gamme, ce sont les images d'enseignes pillées (Zara, Hugo Boss) ou du restaurant le Fouquet's incendié, plus des kiosques de journaux brûlés (cf lien n°1). Cette violence effective, rappelant celle des premières journées de mobilisation, fin novembre-début décembre, et comme à ce moment-là, ces enseignes n'avaient pas anticipé la chose, et le pouvoir a été aux fraises, décalé. La preuve, le président Emmanuel Macron dut revenir de son escapade à la station de La Mongie pour Paris, dénonçant les violences des manifestants et que tous ceux qui étaient aux côtés des "casseurs", des pillards, "se sont rendus complices" à ses yeux (de défenseur de la bourgeoisie) (cf lien n°2).

Mais exception faite des kiosques de journaux brûlés, qui créent des kiosquiers au chômage et une exposition moindre pour une presse alternative déjà rendue peu visible, ces cibles sont en fait des symboles de la violence sociale et des lieux qui résonnent comme disponibles à une classe sociale dominante et privilégiée par le pouvoir politique. Le Fouquet's l'est sans doute davantage que les autres sur les Champs-Élysées car il a été marqué par le fait que Nicolas Sarkozy y alla pour célébrer sa victoire lors de l'élection présidentielle de 2007. Puis ces manifestants "complices" selon Macron, si au début, ils condamnaient toute violence se traduisant par pillage de magasins de luxe et de voitures brûlées dans les quartiers bourgeois de Paris, hier, ils ne s'opposent plus tellement car ils estiment que ça oblige le pouvoir à devoir entendre la colère des citoyen(ne)s et que c'est en réponse à la violence d'État, comme l'indiquent ces témoignages recueillis dans le journal Le Monde (cf lien n°3). Et comme l'État est redevenu un agent au service du Capital depuis plus de 30 ans, on ne peut que souligner le zèle des policiers à tirer, gazer, matraquer sans coup férir les manifestants ces dernières années, illustrant cette phrase de Nelson Mandela qui fera sursauter certain(e)s d'entre vous: "C'est toujours l'oppresseur, non l'opprimé qui détermine la forme de lutte. Si l'oppresseur utilise la violence, l'opprimé n'aura pas d'autre choix que de répondre par la violence". En conséquence, ça fait peur à la bourgeoisie, au bloc paternaliste (droite) mais aussi au bloc fraternaliste (gauche), montrant combien certains ont un mépris de classe en poussant des cris d'orfraie quand il s'agit d'un bâtiment symbolisant la classe dominante.

D'ailleurs, à propos de violences policières, que le pouvoir nie en bloc, elles sont utilisées envers des journalistes qui remarquent des attitudes de pillards de la part de membres des forces de l'ordre social. Le journaliste Rémy Buisine en fit l'amer exemple car il remarqua qu'un policier rangea dans son sac des vêtements venant probablement de la boutique officielle du Paris Saint-Germain et filma l'instant avant de recevoir un coup de matraque d'un flic. De quoi se dire que c'est "embarrassant" pour la police milice (cf lien n°4).

Il serait même tentant de dire que des flics infiltrés parmi les "casseurs" se seraient permis de casser des vitres pour faciliter le pillage tout en restant insoupçonnables et non contrôlés par leurs collègues. Mais là, je serais immédiatement accusé de complotisme.

Échec du grand débat national

Vu l'ampleur des manifestations, force est de constater que ça sonne comme l'échec du grand débat national, qui a pris fin vendredi 15 mars. Le pouvoir espérait, quelque part, que son initiative permettrait de retourner l'opinion en sa faveur tout en maintenant une politique économique libérale, tournée exclusivement vers la classe dominante, au détriment des "gaulois réfractaires", de la "foule haineuse". Et ce n'est pas la poudre de perlimpinpin lancée en décembre dernier qui calme les choses. Cependant, cette annonce montre quelques mois après qu'augmenter le pouvoir d'achat permettrait à la France une meilleure perspective de croissance qu'en Allemagne pour 2019 (cf lien n°5). Ce qui prouve que la France est une économie "wage-led", à savoir que le poids de la consommation, déterminé par le salaire, dope la croissance et que mener des politiques qui se veulent tournées vers le profit (politique de l'offre) est une gabegie, un non-sens économique.

Toujours est-il que le printemps 2019 s'annonce bouillant et qu'avec les projets de réforme - traduction: détricotage - de l'assurance chômage et des retraites, le gouvernement pourrait jeter de l'huile sur le feu. Et il lui sera difficile d'avoir le temps d'aller se ressourcer à la montagne ou de danser en boîte.

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