Egan Bernal entre dans l'histoire du Tour de France

Publié le par JoSeseSeko

Photo: ASO

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À 22 ans, le grimpeur colombien devient le premier coureur de son pays à gagner le Tour et le plus jeune dans l'histoire de l'épreuve après-guerre, devant son coéquipier britannique Geraint Thomas et le néerlandais Steven Kruijswijk. Un Tour qui restera dans les annales avec Julian Alaphilippe, Thibaut Pinot et les conditions météo de la dernière semaine, modifiant le parcours.

Lucho Herrera avait indiqué, de loin, la marche à suivre. Nairo Quintana s'y était approché, en vain. Et finalement, c'est Egan Bernal qui réussit à devenir le premier coureur colombien vainqueur du Tour de France, avec 1'11" d'avance sur son coéquipier britannique Geraint Thomas, vainqueur du Tour l'an dernier, et 1'31" sur le Néerlandais Steven Kruijswijk, donnant ainsi le podium le plus serré de l'histoire du Tour, qui s'est terminé dimanche 28 juillet sur les Champs-Élysées, comme le veut la tradition depuis 1975.

La montagne, juge de paix

Si Bernal était l'un des favoris de ce Tour 2019, parti de Bruxelles, il a fallu qu'il se déploie pour y arriver. En effet, au moment d'aborder la dernière semaine de course, il était cinquième du classement général, avec 2'02" de retard sur Julian Alaphilippe, alors porteur du maillot jaune, et n'avait guère été à l'aise lors du contre-la-montre individuel de Pau. Mais avec les étapes alpestres, enchaînant les cols ou arrivées au sommet à plus de 2.000 mètres d'altitude, c'était le terrain de jeu idéal pour le grimpeur colombien qui prit la tête du Tour lors de l'étape Saint-Jean-de-Maurienne/Tignes en passant premier au sommet du col de l'Iseran (2.770m), toit du Tour 2019, à l'instar d'un Marco Pantani partant vers la victoire finale en passant en tête au sommet du col du Galibier (2.642m) en 1998. Mais on reviendra sur l'étape Saint-Jean-de-Maurienne/Tignes plus tard.

En tout cas, la victoire de Bernal est davantage un exploit personnel qu'une démonstration collective. L'équipe Ineos (ex-Sky), habituée à cadenasser la course depuis plusieurs années, a montré des signes de faiblesse collective, que des équipes telles la Jumbo-Visma de Kuijswijk, la Bora-Hansgrohe d'Emmanuel Buchmann - quatrième du Tour -, la Groupama-FDJ de Thibaut Pinot, ou bien la Movistar de Quintana, Mikel Landa et Alejandro Valverde ont su exploiter à l'occasion. Il n'empêche que ses deux co-leaders se hissent aux deux premières places du classement général et qu'un passage de témoin semble se faire entre Thomas, plus Christopher Froome - absent de ce Tour pour raison de blessure -, avec leur cadet Bernal, qui semble promis à de multiples victoires sur la Grande boucle vu ses 22 piges. Mais certains disaient cela du temps où Jan Ullrich gagna le Tour 1997, à l'âge de 23 ans. On connait la suite de l'histoire.

Pinot face à son destin

Et c'est en pensant à Ullrich qu'on peut se dire que d'autres coureurs peuvent empêcher Bernal d'enchaîner les victoires sur le Tour. Et il y en a un qui vient à l'esprit, c'est Pinot. À l'exception d'un coup de bordure, le grimpeur français avait été excellent, perdant peu de temps en contre-la-montre et dominateur durant les étapes pyrénéennes, notamment avec sa victoire d'étape au sommet du col du Tourmalet. Mais hélas, son corps le trahit une fois de plus, avec une lésion musculaire à la cuisse gauche lors de l'étape Saint-Jean-de-Maurienne/Tignes, vendredi 26 juillet, l'obligeant à abandonner alors qu'il était à 1'50" d'Alaphilippe. Mais il faut dire que la veille, il n'avait pas suivi Bernal dans son attaque sur le col du Galibier, ce qui, rétrospectivement, aurait dû nous mettre la puce à l'oreille tant le Français avait dominé le Colombien dans les Pyrénées.

En tout cas, Pinot doit faire face à son destin. Celui d'un grand coureur offrant des émotions dans tous les sens, du très haut comme du très bas, mais ayant une rage qui ne s'observait pas quelques années auparavant. D'ailleurs, au lendemain de son abandon, il annonce son intention de venir au Tour 2020, histoire de finir par enfin dompter cette épreuve et de mettre fin à la disette française sur le Tour, où Bernard Hinault attend un successeur depuis 1985. Signe que son histoire avec la Grande boucle, en mode "je t'aime moi non plus" est loin d'être finie.

Alaphilippe, futur Jalabert?

Comment ne pas écrire un article sur ce Tour 2019 sans évoquer Alaphilippe? C'est impossible tant ses 14 jours en jaune ont illuminé ce Tour de dingue, dont il a été un contributeur essentiel. Sa victoire au contre-la-montre de Pau et sa résistance dans les Pyrénées ont généré un espoir fou. Mais l'intéressé, conscient de ses limites en haute montagne, savait qu'il perdrait ce maillot dans les Alpes, mais qu'il le perdrait les armes à la main. Ce qui a été le cas sur les pentes de l'Iseran, durant cette étape Saint-Jean-de-Maurienne/Tignes, qui a vu l'abandon de Pinot, comme rappelé ci-haut. Cette étape va rester dans les annales car elle n'a pas pu se terminer en raison d'un orage de grêles qui a inondé la route de Val-d'Isère et déversé de la boue, rendant la conduite très dangereuse sur le vélo et le lendemain, l'étape Albertville/Val-Thorens a été raccourcie car un éboulement de terrain a envahi la route du col du Cornet de Roseland. C'est dire si la fin du Tour laisse un goût amer.

Pour en revenir à Alaphilippe, qui termine finalement à la cinquième place sur ce Tour, une question va se poser: doit-il désormais axer ses saisons sur les grands tours, et opérer une mue similaire à ce que fit Laurent Jalabert après sa quatrième place au Tour 1995 et sa victoire à la Vuelta, la même année, restant d'ailleurs le dernier français à avoir gagné un grand tour? Vu qu'il cherche à triompher sur les classiques d'un jour, notamment chercher à enfin gagner Liège-Bastogne-Liège, il serait contre-productif que le puncheur français change son approche pour privilégier les grands tours, notamment le Tour de France. Et le précédent Jalabert montre combien opérer ce changement n'est guère efficace.

Bardet-Barguil: croisée des chemins?

J'aimerais écrire sur Romain Bardet. S'il ramène le maillot à pois de meilleur grimpeur à Paris, c'est un maigre lot de consolation pour le grimpeur français, venu pour jouer le général et qui a raté son rendez-vous avec la Grande boucle, en terminant quinzième, alors que de 2014 à 2018, il figurait dans le top 10, avec notamment deux podiums à son actif (deuxième en 2016, troisième en 2017). L'heure est à la réflexion pour lui, sous plusieurs angles: continuer avec l'équipe AG2R-La Mondiale ou voir ailleurs? Continuer à disputer le Tour ou se tourner vers le Giro, qu'il aimerait découvrir? Comment limiter la casse en contre-la-montre sans perdre les qualités de grimpeur? Voilà une série de questions que pourrait bien se poser Bardet pour la suite des événements.

Du côté de Barguil, une réflexion tout autre se pose. Le grimpeur finit dixième, comme en 2017, mais avec la différence notable qu'il y a deux ans, il avait eu des bons de sortie car s'étant mis à distance du classement général pour se glisser dans des échappées et gagner des étapes. Et là, c'est en restant dans le peloton des favoris que Barguil a forgé son classement final, avec le maillot de champion de France sur les épaules. Mais la prochaine arrivée de Quintana dans l'équipe Arkéa-Samsic risque de générer de la tension entre le Français et le Colombien, d'autant plus que quand Barguil était co-leader chez Sunweb, aux côtés de Tom Dumoulin, l'entente était loin d'être cordiale.

Bref, merci pour ce Tour de dingue et rendez-vous à Nice, l'an prochain.

P.S: Une vidéo de l'émission de Youtube "roue libre", qui est agréable à suivre.

 

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