Un printemps sans Formule 1

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Artes Max

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En raison de la présence du Coronavirus, qui avait déjà fait reporter plusieurs Grand prix qui auraient du se faire sur le mois écoulé, en temps normal, l'annulation du Grand prix de France entérine un véritable lancement de la saison 2020 pour le mois de juillet. Reste à savoir si les écuries pourront être en mesure de tenir, financièrement.

À partir du moment où le discours présidentiel du 13 avril dernier confirmait l'interdiction de rassemblement pour des événements jusqu'à mi-juillet, la situation du Grand prix de France, prévu initialement le 28 juin sur le circuit Paul-Ricard du Castellet, était délicate. Ce lundi 27 avril, au matin, la direction du circuit a communiqué l'annulation du Grand prix de France 2020, mettant fin au suspense à ce sujet (cf lien n°1).

Calendrier juillet-décembre

Ce qui fait qu'aucune course ne va commencer avant le mois de juillet, avec le Grand prix d'Autriche, prévu le 5 juillet qui serait partant pour lancer véritablement la saison 2020 de F1, vu que le Grand prix d'Australie a annulé à la dernière minute suite à la révélation d'un cas positif de Covid-19 dans l'écurie McLaren. Un GP d'Autriche pouvant se dérouler à huis clos, tout comme le Grand prix de Grande-Bretagne, prévu pour le 19 juillet. L'objectif, pour les autorités régulant la F1 (Liberty Media et FIA), est de pouvoir réaliser "15 à 18 Grand prix" de juillet jusqu'à décembre, en sachant que trois GP ont été annulés (Australie, Monaco, France) et que sept autres ont été reportés (Bahreïn, Chine, Azerbaïdjan, Vietnam, Pays-Bas, Espagne, Canada). De même qu'en raison des mesures prises par les autorités politiques, des GP comme celui des Pays-Bas ou de Belgique pourraient être menacés de report pour septembre, notamment dans le cas belge, prévu initialement le 30 août alors que le gouvernement a interdit tout rassemblement de masse jusqu'au... 31 août. La santé ou les affaires, il faut choisir. Et ce serait par région géographique. D'abord en Europe, ensuite l'Asie, les Amériques et le Moyen-Orient pour terminer.

Pression financière

En raison de ce décalage, l'habituelle pause estivale du mois d'août saute, pour pouvoir recaser des GP reportés. Mais aussi pour réaliser des économies pour les écuries. Ces dernières se retrouvent fragilisées, surtout les plus petites (Alpha Tauri, Haas, Williams, etc.) qui pourraient être menacées de disparition. Le cas de l'écurie Williams, existant depuis plus de 40 ans, l'une des écuries les plus titrées de l'histoire de la F1, notamment dans les années 1990, ferait de la peine pour les connaisseurs. Ce qui fait que Liberty Media, le groupe gérant les droits commerciaux de la F1, a commencé à verser un acompte à plusieurs écuries, sans préciser lesquelles, afin que ces dernières puissent se maintenir à flot pour la saison 2020 (cf lien n°2). Dans le cas contraire, selon Zak Brown, patron de l'écurie McLaren, "Si nous ne gérons pas cette situation correctement, nous pourrions perdre deux équipes au moins. Ça, j’en suis certain. En fait, je peux même redouter que quatre équipes disparaissent si nous ne gérons pas cette crise de la bonne manière. Et quand on sait combien de temps il faut pour mettre une équipe de ­Formule 1 sur pied, encore plus dans cette situation économique et sanitaire, je ne pense pas que le timing pourrait être pire pour perdre des écuries en route". Il faut croire que son message a été entendu.

Cela étant dit, faut-il établir un plafonnement budgétaire dès 2021, comme cela était prévu? Si la réglementation technique a été décalée pour 2022, l'introduction d'un plafond budgétaire, une première dans l'histoire de la F1, reste débattue. Si les 10 écuries du paddock étaient d'accord, fin 2019, pour un plafond budgétaire de 175 millions de dollars (161,5 millions d'euros) par écurie, les circonstances actuelles poussent à réduire ce plafond à 150 millions de dollars (138,4 millions d'euros). Cependant, plusieurs écuries souhaitent aller vers un plafond budgétaire à 100 millions de dollars (92,3 millions d'euros) mais certaines d'entre elles, en l'occurrence Ferrari et Red Bull y sont opposées, arguant que cette politique mènerait à un nivellement vers le bas. Ajoutons que dans ce plafond budgétaire, les salaires des pilotes et des trois plus gros salaires de l'écurie n'y sont pas inclus dedans.

Maintenant, est-ce que la crainte du nivellement par le bas est plus forte que celle de la réduction du nombre d'écuries capables de participer en F1? C'est là le problème. Souvenons-nous qu'après la crise de 2008-2009, des constructeurs comme BMW, Toyota, Honda et Renault s'étaient retirés de la F1, en raison de la chute du secteur automobile. Même si pour Renault, c'est plus complexe car l'ex-régie a quitté la F1 en tant qu'écurie complète fin 2010, avec en outre le scandale du GP de Singapour 2008 ternissant la réputation de l'écurie, tout en restant comme motoriste auprès de l'écurie Red Bull en particulier. Et là, dans cette crise actuelle, le secteur automobile est à l'arrêt. Et comme la question de la poursuite de l'engagement de Renault en F1 se posait déjà l'an dernier, suite à l'affaire Carlos Ghosn, cela revient de manière plus délicate.

Au-delà de l'annulation ou du report des Grand prix, ainsi que de leur disposition grand public ou huis clos, l'avenir de la discipline est menacé par la pérennité de la présence, ou non, des écuries actuellement présentes.

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