Le monde (développé) au chevet du Liban

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Facebook

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Face à l'ampleur économique des explosions dans le port de Beyrouth, mardi 4 août, le reste du monde tend à afficher des gestes de solidarité, notamment au niveau financier, avec l'organisation d'une conférence internationale dans les prochains jours, tant cette catastrophe industrielle rajoute à une situation économique déjà exsangue dans le pays.

Plus de 48 heures après, le Liban panse ses plaies ouvertes. Les explosions provenant du port de Beyrouth, dont l'une prit une forme similaire au champignon atomique, mardi 4 août, ont fait le tour du monde et ont saisi d'effroi tant la capitale libanaise a été pleinement secouée (cf vidéo).

Aux dernières nouvelles, 137 morts et 5.000 blessés étaient à déplorer. Un triste bilan qui risque de s'alourdir en raison de personnes coincées dans des bâtiments détruits par les explosions puis des hôpitaux proches du port également touchés, rendant la situation sanitaire plus délicate avec les autres centres médicaux de Beyrouth probablement submergés par l'arrivée des blessés et des conditions de travail plus précaires. Et ce, même si l'espoir demeure pour retrouver des survivants (cf lien n°1).

Aide et changement

C'est dans ce contexte qu'Emmanuel Macron s'est rendu dans la capitale libanaise, jeudi 6 août. Le président français est le premier chef d'État étranger à se rendre au Liban depuis mardi et a tenu à affirmer le soutien de la France auprès d'un pays qui fut sous protectorat de l'Hexagone il y a un siècle, peu après la première guerre mondiale. Ce qui explique une importante communauté francophone dans ce pays, parfois surnommé "la Suisse du Moyen-Orient". Au cours d'une conférence de presse, le locataire de l'Élysée a annoncé l'organisation d'une conférence internationale "dans les prochains jours" pour fournir une aide matérielle et financière au Liban, avec un rôle de premier plan destiné à l'Organisation des Nations Unies et la Banque mondiale pour coordonner l'aide à prévoir (cf lien n°2). Il faut dire que les explosions ont fait voler en éclats la quasi-totalité des produits présents dans le port de Beyrouth, qui concentre la grande majorité des importations libanaises - 80% des biens de consommation au Liban sont importés -, et tout particulièrement des denrées alimentaires. La crainte d'une famine générale guette.

Aux yeux de Macron, et surtout du peuple libanais, cette aide est à relier à un changement dans l'organisation politique et administrative du pays du Cèdre. Il est bon de rappeler que la fin de l'année 2019 a été marquée par des manifestations massives au Liban contre une classe politique accusée de corruption et héritée des compromis réalisés après la guerre civile (1975-1990), dont nombre de libanais ont encore en mémoire. Mais également une crise économique profonde, avec une hyperinflation poussant la Banque centrale libanaise à diverses dévaluation pour stopper le cycle infernal, en vain. Ce qui plonge une classe moyenne libanaise dans la paupérisation manifeste alors que la classe possédante arrive à s'en tirer et des appels du pied du Fonds monétaire international (FMI) proposant des plans d'aides en échange de programmes d'ajustement structurel (traduction: politique d'austérité) (cf lien n°3). De quoi avoir un état d'esprit morose à l'idée que cette aide annoncée soit, en vérité, une mise sous tutelle du Liban, à l'instar des politiques exigées par le FMI envers plusieurs pays, notamment en Afrique ou en Amérique latine, sans oublier le cas de la Grèce, depuis les années 1980. Sans oublier le Coronavirus qui n'a pas épargné le pays, avec toutefois 5.672 cas recensés et 70 morts.

"Responsable, mais pas coupable"

Deux jours après la catastrophe, il en ressort que la cause principale des explosions est la présence de 2.700 tonnes de nitrate d'ammonium dans le port de Beyrouth. Cette substance chimique, utilisée notamment dans la fabrication d'engrais ou d'explosifs, est connue pour avoir causé des catastrophes industrielles comme celles d'un entrepôt du port de Tianjin, en Chine, en 2015, ou encore l'explosion de l'usine AZF à Toulouse, en septembre 2001. Mais ce qui est déroutant dans cette histoire est que ce stock massif de nitrate d'ammonium était présent dans le port depuis 2013 et que de multiples alertes avaient été lancées, notamment par le service des douanes, pour faire dégager cette substance du port, mais rien n'a été fait (cf lien n°4).

Par conséquent, il y a de quoi se demander le degré de responsabilité de cette catastrophe. En premier lieu, la direction du port, qui a permis l'importation du nitrate d'ammonium dans un de ses hangars. Ensuite, l'administration de la ville de Beyrouth, forcément en lien avec les services du port de la capitale. Ou encore le gouvernement libanais et les autorités judiciaires qui n'ont pas forcément su mesurer le danger que le nitrate d'ammonium représentait dans le port, et ce depuis longtemps. De quoi relancer l'accusation de corruption généralisée, source des manifestations de l'année dernière évoquées ci-haut, mais aussi craindre qu'au bout d'un procès long - s'il y a procès! -, peu de responsables politiques soient mis en cause et condamnés. Ce qui redonnerait sens à cette phrase des Inconnus, également attribuée à Georgina Dufoix, ministre des Affaires sociales du gouvernement Fabius: "responsable mais pas coupable".

En tout cas, un nouveau cauchemar pour Beyrouth.

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