Fin d'une époque pour Williams

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Andy

Photo: Flickr/Andy

Rachetée par un fonds d'investissement états-unien, l'écurie britannique fondée par sir Frank Williams puis dirigée par Claire Williams verra cette famille ne plus l'avoir à sa tête après le Grand prix d'Italie, dimanche 6 septembre. La fin d'une histoire familiale et d'un pan magnifique mais aussi tragique dans la Formule 1.

Le dimanche 6 septembre 2020 marquera la fin d'une histoire familiale qu'est celle de la famille Williams en Formule 1. Frank Williams, fondateur de l'écurie éponyme et Claire Williams, sa fille, directrice adjointe de l'écurie, quitteront leurs fonctions pour totalement laisser faire le fonds d'investissement états-unien Dorilton Capital, qui a racheté l'écurie ces derniers jours, après la ratification des accords Concorde, qui régissent notamment la répartition des revenus de la Formule 1 entre les écuries participantes (cf liens n°1, n°2). Les nouveaux propriétaires de l'écurie, basée à Grove (Royaume-Uni), gardent le nom de Williams, étant donné que cette écurie, sous ce nom, a gagné de multiples titres pilotes et constructeurs dans son histoire vieille de plus de 40 ans, permettant de bénéficier de bonus financiers en vertu des nouveaux accords Concorde.

Dernier des Mohicans

À la fin des années 1990, il était devenu coutumier de parler de l'écurie Williams, et de son fondateur, sir Frank Williams, comme le dernier constructeur "indépendant" engagé en F1. On pourrait même dire le dernier des Mohicans. En 1975, Frank Williams, fonda une première fois une écurie sous son nom pour s'engager en Formule 1, mais étant sans le sou, il dut s'appuyer le soutien d'un homme d'affaires, l'australien Walter Wolf, qui obtient 60% du capital de l'écurie puis racheta un an plus tard les 40% restants à Williams pour changer l'écurie en Walter Wolf Racing. Échaudé par cette expérience, Frank Williams, bénéficiant du montant du rachat de ses parts dans sa précédente écurie, fonde une nouvelle fois l'écurie Williams fin 1977, formant un duo avec l'ingénieur Patrick Head en tant que directeur technique.

Un duo fort stable, permettant à l'écurie de vite jouer les premiers rôles avec des premières victoires en Grand prix en 1979 avec le duo de pilotes Clay Reggazoni-Alan Jones, l'écurie terminant deuxième du championnat constructeurs derrière Ferrari cette année-là. Et l'année suivante (1980), l'Australien Jones devint le premier pilote champion du monde au volant d'une Williams, qui gagne le championnat constructeurs également. Une décennie probante car au niveau pilotes, Keke Rosberg (1982) et Nelson Piquet (1987) furent également champions du monde au volant d'une Williams. En parallèle, l'écurie rajoute des titres constructeurs en 1981, 1986 et 1987. Et ce, en ayant développé des alliances productives avec un motoriste qui respecte l'indépendance du patron d'écurie, que ce soit le motoriste états-unien Ford - via son sous-traitant Cosworth - ou le Japonais Honda. Bien qu'un drame frappa l'écurie en 1986 avec l'accident de voiture de Frank Williams le rendant tétraplégique et condamné à rester sur un fauteuil roulant jusqu'à la fin de ses jours.

De l'apogée à la chute

Mais la décennie 1990 marque l'apogée de l'écurie britannique, grâce à une alliance avec un autre motoriste, en l'occurrence le Français Renault. De 1992 à 1997, l'alliance Williams-Renault, avec les premières réussites de l'ingénieur Adrian Newey, chapeauté par Head, demeura la première force du paddock en Formule 1 et l'écurie Williams renforça son palmarès avec au niveau pilotes Nigel Mansell (1992), Alain Prost (1993), Damon Hill (1996) et Jacques Villeneuve (1997) et cinq titres constructeurs (1992, 1993, 1994, 1996, 1997). Une période glorieuse entachée par la mort du pilote brésilien Ayrton Senna au Grand prix de Saint-Marin, au volant d'une Williams-Renault, le 1er mai 1994. Une tragédie qui valut à Williams, Head et Newey, un procès pour homicide involontaire dont ils ont été innocentés dans les années 2000, et qui hante le monde de la F1 tant l'aura du triple champion du monde brésilien était immense. Un traumatisme si pesant au point que l'écurie n'a pas tenté de réclamer le titre pour Hill en 1994 après la manœuvre scabreuse de Michael Schumacher lors du GP d'Australie, dernier GP de cette saison-là, où le pilote allemand heurta volontairement son rival britannique pour ne pas se faire dépasser et que les deux abandonnent.

Le retrait de Renault en 1997 et le départ de Newey pour McLaren marquèrent, sans le savoir, le début de la régression de Williams. Pourtant, au début des années 2000, l'écurie britannique eut un nouveau partenariat avec le motoriste allemand BMW et en 2003, l'alliance Williams-BMW était proche de gagner les titres pilotes, avec le duo Ralf Schumacher-Juan Pablo Montoya, et constructeurs. Mais avec le temps, puis les tensions qui ont fait partir BMW en 2005, après que le constructeur allemand ait tenté de racheter l'écurie à sir Frank Williams, cette saison 2003 apparaît comme un dernier sursaut d'orgueil et une lente descente aux enfers s'opéra pour l'écurie Williams, avec des changements de motoriste (de nouveau Cosworth en 2006; Toyota de 2007 à 2009; encore Cosworth en 2010 et 2011; retour avec Renault en 2012 et 2013) jusqu'à ce que ce soit Mercedes depuis 2014. L'ère des moteurs hybrides étant sans victoire en GP car la dernière victoire de Williams en GP remonte à 2012. Mais c'est à partir de 2018 que la situation de Williams empire, l'écurie enchaînant les plus mauvais résultats de son histoire et cette année 2020 si particulière, Williams reste la dernière écurie à n'avoir inscrit aucun point après sept GP. Pas de quoi honorer le 40e anniversaire des premiers titres conquis.

Note finale: même si je suis la F1 depuis 1998, soit un an après les derniers titres glanés par Williams, je suis profondément attristé par cette nouvelle car c'est un pan de l'histoire de ce sport qui change et avec le confinement, des youtubeurs ont mis en ligne des GP des années 1990, me permettant de mieux comprendre le prestige que dégageait l'écurie Williams à l'époque. Je rajoute la vidéo du youtubeur Blabla F1, que je vous conseille vivement de suivre, faite sur cette écurie peu avant le début de saison.

Publié dans Sport, Formule 1, Williams

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article