Tadej Pogacar entre dans l'histoire du Tour

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/loic4467

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Plus jeune vainqueur du Tour de France depuis l'après-guerre, le grimpeur slovène est également le premier cycliste de son pays à gagner la grande boucle, devant Primoz Roglic et Richie Porte. Une performance extraordinaire pour sa première participation au Tour, et qui peut prêter à suspicion, et il n'est pas le seul à laisser dubitatif certains observateurs.

Personne n'avait gagné le Tour de France dès sa première participation depuis Laurent Fignon en 1983. Tadej Pogacar y est arrivé, devenant le premier coureur slovène vainqueur de la grande boucle, avec 59" d'avance sur son compatriote Primoz Roglic et 3'30" sur l'Australien Richie Porte, dans le podium final de la 107e édition du Tour de France sous Coronavirus, terminée le dimanche 20 septembre sur les Champs-Élysées. Pogacar devient, par ailleurs à 22 ans, ce lundi 21 septembre 2020, le plus jeune vainqueur de l'histoire du Tour d'après-guerre et le deuxième plus vainqueur de l'histoire de cette prestigieuse épreuve cycliste derrière le Français Henri Cornet, âgé de 19 ans lors de sa victoire en 1904. En outre, il faut ajouter à Pogacar le maillot à pois de meilleur grimpeur et le maillot blanc de meilleur jeune. Inédit!

Renversement

Il n'a fallu qu'un jour pour que Pogacar mette le maillot jaune de leader de la course. Et pour cause. Samedi 19 septembre, le Tour semblait promis à Roglic, alors maillot jaune, tant lui et son équipe Jumbo-Visma affichaient une domination sans faille sur les deux premières semaines du Tour et que les étapes alpestres ont tourné à l'avantage de Roglic, gagnant du temps sur son compatriote Pogacar. Mais le contre-la-montre Lure/La planche des Belles filles a offert un renversement total car Roglic, qui comptait 57" d'avance sur son compatriote, connut un jour sans tandis que Pogacar brillait de mille feux, gagnant ce contre-la-montre et collant 1'56" à Roglic sur cet exercice.

Une défaite qui va être dure à digérer pour Roglic. En comparaison, lors du Tour d'Italie 2019, où à l'approche de la dernière semaine, il était en tête du classement général, mais surveillant l'Italien Vicenzo Nibali, il en oublia l'Équatorien Richard Carapaz qui fila ainsi vers la victoire finale. Une erreur tactique pour Roglic. Mais sur le Tour 2020, c'est une défaillance physique qui semble primer, même si certains observateurs estiment qu'il n'a pas enfoncé le clou à la fin de la première semaine, durant les étapes pyrénéennes, où il était au-dessus de ses adversaires.

Trop beau pour être vrai?!

Ce classement final du Tour 2020 laisse, néanmoins, un goût amer pour plusieurs observateurs. Notamment au sujet des deux coureurs slovènes se partageant l'affiche et l'équipe Jumbo-Visma, qui imprima un train rappelant celui de l'équipe Ineos (ex-Sky) ces dernières années, mais surtout celui de l'équipe US Postal et de son leader états-unien Lance Armstrong dans les années 2000. L'ombre du dopage rôde sur la caravane du Tour. Et si ce ne serait pas forcément du dopage physique, ce serait alors du dopage mécanique. Et la réaction du directeur sportif de l'équipe Jumbo-Visma, refusant un contrôle du vélo de Roglic après l'étape Grenoble/Col de la Loze, renforce la suspicion de dopage, à défaut de preuve concrète.

De même que la régularité de Pogacar, de Roglic, ou de Porte, n'incite guère à s'emballer. L'ancien coureur des années 1990 Stéphane Heulot en est même dégouté, en raison du fait que nombre de membres de staff de différentes équipes ont leur nom lié à une ou plusieurs affaires de dopage comme la majorité des membres du staff de Jumbo-Vista provenant de l'équipe Rabobank du temps de l'affaire de dopage concernant le Danois Michael Rasmussen en 2007. En tout cas, voir Porte, à 35 ans, sur le podium du Tour en irrite certains, alors que l'Australien a connu des moments durs dans sa carrière, avec l'exemple de sa chute lors du Tour 2017. Mais le cas du Belge Wout van Aert, coéquipier de Roglic, est autrement intrigant vu qu'il est un sprinteur (deux victoires d'étape) étant bon en contre-la-montre (4e du contre-la-montre samedi) et capable de mettre un gros tempo dans des étapes de montagne. De là à dire qu'il a été chargé "à l'insu de [son] plein gré", il n'y a qu'un pas à franchir.

Relève française, existes-tu?

Ce Tour 2020 ne restera pas dans les annales côté français. Les chutes ont mis à bas les ambitions de Romain Bardet, de Thibaut Pinot ou de Guillaume Martin pour le classement général. Le premier abandonna pour commotion cérébrale, les deux autres continuèrent, mais sans grande capacité pour Pinot, tenant tout de même à ne pas abandonner; ce qui est tout à son honneur; et Martin terminant 11e du classement général et premier français classé dans ce Tour. Un sacré contraste avec le Tour 2019, avec Julian Alaphilippe terminant 5e au classement général après avoir porté le maillot jaune durant deux semaines et Pinot luttant pour la victoire finale jusqu'à ce qu'une lésion musculaire anéantisse sa marche en avant.

Mais ce qui peut être inquiétant pour l'avenir est que la relève peine à exister. Il y a bien David Gaudu ou Valentin Madouas, mais ces deux coureurs, coéquipiers de Pinot chez Groupama-FDJ, sont au service de leur leader et ne sont pas considérés comme des leaders de rechange en cas de défaillance de Pinot. La question d'un creux générationnel se pose au sein du cyclisme français, comme après la génération de Richard Virenque et Laurent Jalabert, pourtant marquée par le dopage institutionnel et qu'il fallut attendre la génération Pinot/Bardet/Alaphilippe pour voir des coureurs français gagner des classiques (Milan-San Remo, Flèche Wallone, Tour de Lombardie, etc.) et se battre pour le podium, voire la victoire finale dans les grands tours (Tour de France, Tour d'Italie, Tour d'Espagne).

Rendez-vous l'année prochaine, du côté de Brest.

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