En France, la presse défend - à moitié - sa liberté

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/bernard jourdain

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Dans une tribune publiée ce 23 septembre et signée par une centaine de médias, ces derniers se veulent défendre la liberté d'expression menacée dans certains États ou par certaines organisations terroristes, en soutien auprès de Charlie Hebdo, en cette période de procès des attentats de janvier 2015. Mais sans oser critiquer les évolutions opérées contre la presse en France, signe de l'hypocrisie des signataires.

"Ensemble, défendons la liberté". Voici le titre d'une tribune publiée ce mercredi 23 septembre et signée par une centaines de médias parmi lesquels on compte Charlie Hebdo, Le Monde, CNews, BFMTV, L'Humanité, Libération, La Croix, Le Figaro, Les Échos, Le Parisien, Le Canard Enchaîné, L'Obs, L'Express, RTL, RMC, TF1, pour en citer quelques-uns (cf lien n°1). Cette tribune s'inscrit dans le contexte du procès des attentats de janvier 2015, et tout particulièrement celui frappant la rédaction de Charlie Hebdo le 7 janvier 2015, avec les morts de Charb, Cabu, Wolinski, Tignous, Honoré, de la psychanalyste Elsa Cayat, de l'économiste Bernard Maris, du policier Franck Brinsolaro, de Michel Renaud, de Mustapha Ourrad et Frédéric Boisseau.

Liberté menacée de l'intérieur

Cette tribune tient à s'appuyer sur les articles 10 et 11 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, relatifs à la liberté d'opinion et à la liberté de la presse, dans l'idée de souligner que les morts de Charlie Hebdo sont morts en raison de leur liberté d'expression satirique envers les religions en général, et l'islam en particulier; mais aussi face aux menaces qui pèsent sur des journaux français de la part d'États ou d'organisations terroristes, comme par exemple Al-Qaida qui menace d'attentat Charlie Hebdo en raison de republication de caricatures de Mahomet et que la DRH du journal a dû quitter son domicile face à cette menace (cf liens n°2, n°3). Ce qui n'est pas sans souligner, avec une ironie douce-amère, la sacralisation de l'hebdomadaire satirique depuis 2015, pouvant faire retourner les victimes dans leur tombe tant Charlie Hebdo se positionne comme un journal athée.

Si cette tribune pointe, avec raison, la nécessité de la liberté d'expression face à une menace extérieure, elle commet la faute de ne pas indiquer que cette liberté est également menacée depuis l'intérieur du pays. Ça parle de pressions exercées par des États, sans préciser lesquels, mais ça n'ose pas remettre en cause les pressions également exercées par le pouvoir en France, sous la présidence d'Emmanuel Macron. Et il y a des exemples: l'un d'entre eux est le vote de la loi sur le secret des affaires en 2018, empêchant in fine toute enquête journalistique d'intérêt général. On peut évoquer également la tentative de perquisition des locaux de Mediapart en février 2019, les journalistes indépendants blessés ou interpellés durant les Gilets jaunes, ou encore le changement d'opération de maintien de l'ordre pouvant permettre à des policiers d'interpeller plus massivement des journalistes couvrant des manifestations et que le motif professionnel ne compte plus pour les forces de l'ordre social (cf lien n°4).

Mais ces médias signataires de la tribune iront peu vers cette critique envers le pouvoir hexagonal pour défendre la liberté de la presse car ils ont mis en avant Macron durant l'élection présidentielle de 2017 et que nombre de leurs propriétaires - pensées à Bernard Arnault, Patrick Drahi, Vincent Bolloré, Xavier Niel, etc. - ont soutenu l'actuel locataire de l'Élysée.

Bref, même en matière de liberté de la presse, la France ne mérite plus son surnom de pays de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, tant elle lui marche dessus, avec un journalisme de cour bien obéissant.

Publié dans Presse, Médias, Liberté, Europe, France

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