Un moment d'apprentissage pour les Bleus

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Twitter

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L'élimination aux tirs au but des champions du monde en 1/8e de finale de l'Euro 2020 face à la Suisse est un bon moment pour voir ce qui est perfectible chez les joueurs sélectionnés par Didier Deschamps et la réflexion qu'il peut en tirer dans l'optique de la coupe du monde 2022 au Qatar (sauf boycott).

"Je ne perds jamais. Soit je gagne, soit j'apprends". Didier Deschamps doit sûrement méditer cette citation de Nelson Mandela, ce mardi 29 juin, au lendemain d'une élimination aux tirs au but de l'équipe de France face à la Suisse, à l'issue d'un match haut en couleurs vu que la Nati - surnom de l'équipe de Suisse - mena à partir de la 15e minute et qu'elle faillit marquer un deuxième but, mais le gardien et capitaine Hugo Lloris détourna le penalty de Rodriguez à la 54e minute. Un tournant dans ce match car dans les cinq minutes qui suivirent, Karim Benzema marqua à deux reprises, offrant l'avantage aux bleus puis le milieu Paul Pogba ajouta un troisième but dans ce match côté français d'une frappe somptueuse dans la lucarne à la 75e minute. 3-1 à un quart d'heure de la fin du match, en temps habituel, l'affaire serait entendue. Mais à partir de la 80e minute, les suisses revinrent dans le match avec le doublé pour Haris Seferovic - car c'est lui qui ouvra le score à la 15e minute -, puis par Mario Gavranovic à la 89e minute. Signe d'une grande force mentale des joueurs entraînés par Vladimir Petkovic, qui eurent une dernière frayeur avant les prolongations quand Kingsley Coman vit sa reprise de volée s'écraser sur la barre transversale. De quoi se dire qu'au bout du compte, ce fut un match énorme de la part des deux équipes qu'il faut saluer car cela procure des émotions telles qu'on peut difficilement les effacer de notre mémoire.

Une défense en mode gruyère râpé

Néanmoins, il y a de quoi se demander comment l'équipe de France a pu en arriver là. C'est là que beaucoup peuvent estimer que Deschamps a la plus grosse part de responsabilité dans cette histoire. Et pour cause. Le système tactique mis en place en début de match (3-4-3) n'a tout simplement pas fonctionné. Surtout au niveau défensif, où c'était en mode gruyère râpé, avec le côté droit, devant être surveillé par Benjamin Pavard ainsi que par Raphaël Varane, particulièrement dépassé par les offensives suisses. D'ailleurs, l'ouverture du score de la Nati vient d'un centre lancé sur leur côté gauche, donc sur le côté droit de la défense française. De même que le penalty arrêté par Lloris provient d'une faute de Pavard.

Si Deschamps rectifia le tir en seconde mi-temps sur le plan tactique, en sacrifiant le défenseur Clément Lenglet, qui n'est pas allé au duel sur le but de Seferovic, au profit de Coman, le remplacement d'Antoine Griezmann par Moussa Sissoko dans les dernières minutes, avec l'idée de muscler le milieu de terrain n'a pas eu l'effet escompté car l'égalisation de Gavranovic intervint peu de temps après. C'est dire si la Nati a su exploiter les fragilités de la structure tricolore avec un bon pressing, de la vitesse d'exécution dans ses attaques et une présence physique constante dans les duels aériens, étouffant du reste le milieu N'Golo Kanté-Paul Pogba, qui n'a guère pu jouer à sa guise ou récupérer facilement le ballon.

Leçon d'humilité

Quelque part, cette élimination est un mal pour un bien. C'est une leçon d'humilité qu'elle nous offre. Et ce n'est pas plus mal. Notamment du côté de la presse, qui se montrait dithyrambique à l'égard des bleus avant l'euro, pensant que les bleus allaient marcher sur l'eau, comme lors de la coupe du monde 2018. Mention spéciale au journal l'Équipe, dont la modestie journalistique est une légende urbaine, titrant volontiers que le trio offensif français Antoine Griezmann-Karim Benzema-Kylian Mbappé était envié par le reste du monde du foot, ou bien que ça repartait "comme en 18" [sic] après la victoire étriquée contre l'Allemagne lors du premier match de poule.

Une leçon d'humilité pour Mbappé aussi. L'attaquant du Paris Saint-Germain, qui ne manque pas d'ambition - tant mieux! -, était attendu au tournant. Et il a manqué le rendez-vous vu qu'il n'a pas marqué de but dans ce tournoi. Ce qui en fait l'équivalent d'un Olivier Giroud en 2018 ou d'un Stéphane Guivarc'h lors de la coupe du monde 1998. D'aucun(e)s diront que je me montre sévère, mais si c'était le cas, j'aurais écrit et pensé que Mbappé en 2021 < Guivarc'h en 1998. Ayons un peu d'humour quand même! Il n'empêche que Benzema, dont le retour en bleu l'exposait particulièrement aux critiques de l'extrême-droite qui ne peut pas le supporter, a fini par répondre présent sur les deux derniers matchs (Portugal et Suisse), en réalisant à chaque fois un doublé. Soit quatre buts sur les deux derniers matchs. Ce qui donne raison à Griezmann quand il déclarait peu avant France-Portugal qu'une fois que Benzema marquerait son premier but dans cet Euro 2020, il enchainerait ensuite.

Enfin, c'est une leçon pour Deschamps. Tactiquement, il s'est fait avoir. Il pensait que sa recette de 2018, basée sur de la présence physique et du jeu en contre, en raison de la vitesse de course de Mbappé allait de nouveau suffire pour totalement triompher. Or, il ne pense pas construire un plan de jeu plus axé sur la possession alors qu'il a les joueurs capables de le faire, avec Kanté, Pogba, Benzema, Mbappé, Coman et Griezmann. Est-ce qu'il reverra sa copie dans l'optique de la qualification à la coupe du monde 2022 au Qatar? Sur le plan défensif, sans aucun doute. Mais dans la construction du jeu et l'animation offensive, on peut se permettre d'en douter.

Malgré tout, merci pour les émotions fournies durant ce huitième de finale.

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