Un Grand Chelem tout en puissance

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Twitter

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Au bout du dernier match du Tournoi des VI nations, le XV de France réalise le 10ème Grand Chelem de son histoire, tout en maîtrise, assumant désormais le rôle de favori dans l'optique de la coupe du monde à domicile l'an prochain.

Putain 12 ans! C'est le temps qui s'est écoulé entre le 9ème et le 10ème Grand Chelem de l'histoire du XV de France dans l'histoire du Tournoi des VI Nations - anciennement, Tournoi des V Nations jusqu'en 2000, année de l'arrivée de l'Italie dans le Tournoi -. Et comme en 2010, le dernier match fut contre l'Angleterre, mais cette fois-ci, une victoire plus large (25-13) et une maîtrise globale du match, même si le début de la seconde mi-temps était à l'avantage du XV de la Rose, qui se montra plus entreprenant, avec l'essai de Freddie Steward.

La muraille bleue

Mais ce n'était pas suffisant face à une muraille bleue qui est la première brique de ce Grand Chelem tricolore. La troisième-ligne composée de François Cros, d'Anthony Jelonch et de Grégory Alldritt découpe en morceaux ses adversaires, de même que les plaquages offensifs du deuxième-ligne Paul Willemse laissent des traces. Dans le jeu au sol, le XV de France est redoutable, avec des gratteurs de ballon comme le talonneur Julien Marchand, Alldritt ou la paire de 3/4 centres Jonathan Danty-Gaël Fickou, récupérant des ballons ou obligeant les joueurs adverses à être pénalisés.

C'est le fruit, sans cesse perfectionné, d'un travail mené par le sélectionneur Fabien Galthié depuis le début de son mandat avec son staff, et tout particulièrement l'Anglais Shaun Edwards, entraîneur de la défense, poste qu'il occupait dans le staff du Néo-zélandais Warren Gatland avec le Pays de Galles de 2008 à 2019, avec quatre victoires dans le Tournoi des VI Nations, dont trois Grands Chelems (2008, 2012, 2019). Une référence mondiale qui fait le bonheur des bleus, à l'heure actuelle car les bleus ont été de moins en moins indisciplinés au fil des matchs, signe d'une rigueur défensive exceptionnelle.

Variété de jeu

Mais il ne faut pas se contenter seulement de savoir défendre pour gagner. Et peu à peu, Galthié a opté pour une stratégie sur une certaine possession du ballon, d'autant plus qu'avec des joueurs comme la paire de demis Antoine Dupont-Romain Ntamack, des 3/4 aile comme Gabin Villière et Damian Penaud puis même des avants comme le pilier gauche Cyril Baille - le meilleur du monde à son poste, à mes yeux -, le jeu de mouvement français garde de la fluidité, de la rapidité, avec des passes après contact ou en sortant rapidement le ballon après une phase au sol; des combinaisons offensives où les 3/4 ailes sortent de leur zone pour s'engouffrer dans le cœur du jeu pour générer de l'incertitude dans la défense adverse ou bien le demi de mêlée Dupont, capitaine durant ce Tournoi, qui se met à l'intérieur de son partenaire pour une occasion d'essai, souvent réussie du reste. Sans oublier le jeu au pied, devenu sous l'ère Galthié, une stratégie essentielle dans le jeu français pour occuper le terrain, avec Dupont, Ntamack ou l'arrière Melvyn Jaminet, avec une certaine efficacité.

Tout ceci expose les équipes adverses, fait ouvrir des intervalles, sources d'essais tricolores ou bien pousse à l'indiscipline adverse dans le camp de cette dernière, souvent sanctionnée par des pénalités dans les cordes de Jaminet, même si le botteur tricolore a été moins en réussite que durant la fin de l'année 2021. En tout cas, le French flair version Galthié donne des sueurs froides aux défenses adverses.

Esprit de corps

Enfin, et c'est le grand bond en avant fait par Galthié et son staff, c'est l'intensité constante des bleus mise durant chaque match du Tournoi 2022. Là où encore l'an dernier, des fins de matchs se jouaient au cordeau ou se terminaient par des défaites très amères en Angleterre ou contre l'Écosse, les remplaçants - ou les "finisseurs" selon la terminologie de Galthié - se hissent à la hauteur du niveau des titulaires pour les fins de match, annihilant tout espoir de victoire côté adverse, tant la profondeur du banc français est supérieure à celle des autres, avec des joueurs comme le talonneur Peato Mauvaka, le deuxième-ligne Romain Taofifenua ou le troisième-ligne Dylan Cretin par exemple, redonnant un second souffle au XV de France pour les 30 dernières minutes.

Ce qui permet de souligner combien Galthié et son staff ont forgé un esprit de corps au sein de l'équipe de France depuis 2020, sachant que ce sont régulièrement les mêmes qui sont appelés - signe d'une santé physique impeccable -, facilitant les automatismes déjà présents pour certains d'entre eux qui évoluent ensemble en club, comme les joueurs du Stade toulousain Baille, Marchand, Mauvaka, Cros, Jelonch, Dupont, Ntamack ou Thomas Ramos par exemple. Et pour les nouveaux venus, une capacité d'adaptation très rapide. C'est le cas de Jaminet, qui en moins d'un an est devenu l'arrière titulaire et botteur numéro un, de Yoram Moefana, dépannant au poste de 3/4 aile ou 3/4 centre avec talent lors des matchs en Écosse ou au Pays de Galles, ou bien celui du troisième-ligne Cameron Woki, repositionné depuis la tournée de novembre 2021 en deuxième-ligne, aux côtés de Willemse et qui fait son travail dans l'ombre de manière très efficace tout en restant précieux comme sauteur pour les lancers en touche.

Le tout, avec quelques absents comme le troisième-ligne Charles Ollivon, premier capitaine de l'ère Galthié, le demi d'ouverture Matthieu Jalibert, les 3/4 centres Virimi Vakatawa et Arthur Vincent, et qu'il s'agit d'un groupe où rares sont les joueurs dépassant l'âge de 30 ans. C'est dire si Galthié a une jeune génération dans ses mains et qu'il la bonifie avec le temps. De quoi forger des espoirs solides pour voir le XV de France enfin devenir champion du monde de rugby l'an prochain.

Pour finir, cet esprit de corps peut se greffer avec un public qui apporte un soutien comme rarement vu depuis le début du siècle avec le XV de France. C'est à se demander si l'effet nouvelle génération de joueurs plus résultats probants joue, ou si les retrouvailles après une longue période de matchs à huis clos en raison de la crise sanitaire prime, mais force est de constater que l'ambiance au Stade de France est devenue bouillonnante.

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