Remake (raté) de 2017 à l'horizon?

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/doubichlou14

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La perspective d'un nouveau duel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen garde la primauté dans l'analyse politique, sur la dernière semaine de campagne de l'élection présidentielle et un (maigre) espoir de voir Jean-Luc Mélenchon jouer les troubles-fête, en dépit des tirs fratricides à gauche.

Quand un film déçoit le public, il est coutumier d'éviter à ce qu'il y ait une suite. En politique, c'est en bonne partie le contraire. Et la France nous en offre l'illustration avec l'élection présidentielle qui est dans sa dernière semaine de campagne avant le premier tour, dimanche 10 avril, et où un remake entre Emmanuel Macron, candidat à sa succession, et Marine Le Pen, meneuse du Rassemblement national, nom remplaçant celui du Front national, tient la corde, comme lors de l'élection présidentielle de 2017, où les deux protagonistes se retrouvèrent au second tour.

Macron, le carburant de l'extrême-droite

Mais cinq ans après, la perspective est différente entre les deux. Macron doit défendre son bilan de président serviteur du capital, mais le défendre le moins régulièrement possible, étant donné qu'il a fallu attendre le 4 mars pour qu'il officialise sa candidature, qui était un secret de polichinelle, et qu'il a tenu son seul meeting politique le 2 avril dernier, n'hésitant pas à user à la corde du registre "il ne faut jamais prendre les gens pour des cons mais il ne faut pas oublier qu'ils le sont", en reprenant des slogans d'extrême-gauche par rapport aux gérants d'Ehpad (cf lien n°1), en se posant comme garant de la stabilité du pays alors qu'il l'a rendu instable, ne sachant pas convaincre les Gilets jaunes en 2018-2019, ni en gérant la crise sanitaire - toujours en cours -, etc.

Il serait tentant pour le président sortant de se targuer d'avoir une augmentation en moyenne du niveau de vie des Français ou encore d'une baisse du taux de chômage. Seulement, la disparité des niveaux de vie est telle qu'en réalité, seuls les plus riches se sont véritablement enrichis sous le quinquennat de Macron et que les plus pauvres, à l'inverse, se sont encore plus appauvris (cf lien n°2), obligeant de rappeler aux aliénés macronistes que leur candidat fait une politique de classe et qu'elle est à l'avantage des capitalistes contre les travailleurs; de même que la baisse du chômage tient plus de l'artifice, à travers les radiations record de la part de Pôle emploi, la non-comptabilisation des formations et puis l'auto-entrepreneuriat qui sert d'écran de fumée pour éviter d'être comptabilisé comme chômeur. Enfin, l'affaire McKinsey, faisant suite au rapport du Sénat sur l'influence des cabinets de conseil dans les politiques publiques, jette le trouble auprès du pouvoir, d'autant plus que les liens entre des cadres du cabinet McKinsey et le président-candidat sont profonds et inscrits dans le temps. De quoi annuler l'effet positif qu'a eu la guerre russo-ukrainienne sur les intentions de vote pour Macron et un resserrement avec Le Pen.

Justement, Le Pen tire les marrons du feu devant la politique économique menée par le pouvoir, la dérive sécuritaire durant le quinquennat pour plaire à l'extrême-droite (loi sécurité globale, loi séparatisme), les propositions de Macron comme la retraite à 65 ans ou obliger 15 à 20h de travail hebdomadaire pour toucher le Revenu de solidarité active, pour ne pas trop l'ouvrir alors que le programme économique du RN est équivalent à celui de LREM. D'autant plus que Le Pen ne parle plus de sortie de l'euro, afin d'attirer des capitalistes derrière elle. Ce qui permet de constater, avec Macron, que ce dernier n'endigue pas l'extrême-droite (cf lien n°3). Au contraire, avec la candidature d'Éric Zemmour, sensé contrecarrer les plans de Le Pen fille aux yeux de Macron et des observateurs, cette dernière y trouve une réserve de voix importante. Au point d'imaginer gravir la dernière marche vers l'Élysée? Certains sondages soulignent qu'elle est désormais dans la marge d'erreur.

Mélenchon, vote par raison?

Face à ce scénario macabre qui semble se profiler entre "la fasciste" et "le fascisateur", pour reprendre un peu l'économiste et philosophe Frédéric Lordon, un trublion pourrait donner d'autres couleurs, plus gaies. C'est Jean-Luc Mélenchon. Comme en 2017, le candidat de la France insoumise (FI) a le vent en poupe sur la fin de cette campagne électorale. Au point que l'idée d'une qualification au second tour serait envisagée, même si elle reste considérée comme moins probable que pour Macron et Le Pen. Si cela devenait le cas, ce serait un exploit car à la différence de 2017, Mélenchon fait face à Europe Écologie-les Verts (EELV), dont Yannick Jadot est le candidat, et surtout au Parti communiste (PC), dont Fabien Roussel est le candidat. Or, ces deux partis n'avaient pas poussé à la candidature. Du moins, pas le PC, allié à Mélenchon; tandis que EELV a fait retirer la candidature de Jadot pour faire alliance avec le Parti socialiste, qui avait Benoît Hamon comme candidat. D'où la métaphore du "trou de souris" utilisée par Mélenchon et ses partisans pour résumer leur vision d'un passage au second tour de la présidentielle.

Or, les directions d'EELV et du PC ne supportent pas de voir la dynamique de Mélenchon, pour différentes raisons. Jadot envoie des salves contre Mélenchon depuis le début de la guerre russo-ukrainienne en raison des prises de position de Mélenchon au sujet de la Russie de Vladimir Poutine ces dernières années, saluant par exemple l'intervention russe en Syrie, sans oublier une opposition frontale entre les deux forces politiques sur la question européenne. EELV étant pro-européen, fédéraliste; la FI, davantage eurocritique ou eurosceptique, même s'il n'est plus question de plan A/plan B dans le programme de Mélenchon, avec un référendum sur une sortie (ou non) de l'euro, mais de "désobéissance aux traités européens". Quant au PC, c'est plus délicat car les programmes de Roussel et Mélenchon sont à 90-95% similaires. Et pour cause! Ils ont travaillé ensemble en 2012 et en 2017. La différenciation de Roussel est formelle, à travers la laïcité, Roussel se clamant universaliste et fustigeant "la frange radicalisée des quartiers" à laquelle lorgnerait Mélenchon, il est clamé par les mass media qui ne cessent de droitiser l'expression en France et par les Tartuffes du racisme institutionnel made in France (Manuel Valls, Raphaël Enthoven, Zineb El Rhazoui, Caroline Fourest, etc.), ramenant ainsi le PC à une tradition fraternaliste, dénoncée en son temps par Aimé Césaire. Celle-ci étant renforcée par la vision archaïque et déconnectée du prolétariat par Roussel, croyant ce dernier uniforme et bouffeur de viande comme au siècle dernier, alors qu'il a toujours été multiforme et surtout multicolore; puis une participation crétine - avec Jadot, Olivier Faure, premier secrétaire du PS, et l'extrême-droite - à la manifestation des policiers devant l'Assemblée nationale où il a été affirmée par l'un des principaux syndicats de police que "le problème de la police, c'est la justice". Une faute politique que la FI n'a pas commise, d'ailleurs. Tout comme l'ensemble de la FI a voté contre la loi séparatisme en février 2021, alors que certains députés communistes - dont Roussel -, se sont contentés de s'abstenir.

Néanmoins, voter Mélenchon ne va pas aller de soi pour plusieurs électeurs de gauche. L'histoire de la perquisition en octobre de 2018, et la réaction de Mélenchon à ce moment-là, restent dans les mémoires. L'opportunisme par rapport aux Gilets jaunes, voire les antivax, en irritent plus d'un. Mais surtout les propos de plusieurs militants insoumis sur les réseaux sociaux, exhortant à voter pour Mélenchon tel un fan-club, ne supportant pas la moindre critique adressée à leur candidat, s'écharpant volontiers avec les militants communistes par rapport aux voix à apporter à l'un des deux candidats (Roussel ou Mélenchon). Cela étant, ces échanges houleux - euphémisme - entre communistes et insoumis sont réguliers depuis les élections législatives de 2017, signe que la présidentielle de 2017 n'a jamais été réellement digérée entre ces deux forces politiques naguère alliées.

Face à un tel spectacle, il est difficile de ne pas être tenté par l'abstention car le numéro du "front républicain" est usé jusqu'à la corde, puis les aspirations d'un prolétariat multiforme, multicolore, n'y trouvent guère leur place. Ce qui laisse envisager une abstention record pour cette présidentielle bas de gamme (cf lien n°4).

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