À l'approche d'une nouvelle journée de manifestation et après une journée du 17 octobre où les images de pillages ont primé médiatiquement sur la mobilisation et la répression policière, des interdictions sont distribuées tous azimuts par un pouvoir qui préfère accentuer l'escalade et sa fuite en avant sécuritaire tant il ne veut pas admettre ses torts multiples depuis bientôt 10 ans.
Si des interdictions de manifester étaient établies en Russie, en Iran, au Venezuela, en Chine, la grande presse parlerait volonté de dictature. Et dans le cas français ? Que nenni! Voilà le résumé de la semaine écoulée depuis la journée de manifestation du 17 octobre, marquée par une mobilisation dépassant les attentes du gouvernement et de la grande presse, qui se sont rabattus sur les images de pillages, de vandalisme de petits commerces, notamment sur Paris ou Marseille, afin de ne pas trop parler de la mobilisation, des revendications, mais aussi du fait que la police a été dépassée, pour ne pas dire blessée dans son orgueil. Or, comme dit le proverbe, un animal blessé n'en est que plus dangereux.
Répression tous azimuts
D'où l'arsenal judiciaire et policier renforcé depuis le 17 octobre par le gouvernement Lecornu. D'abord, un renforcement du dispositif policier pour la journée de manifestation du 24 octobre, avec 20% de flics en plus que le 17 octobre. Soit entre 70.000 et 80.000 dans l'Hexagone (cf lien n°1). Parallèlement, pour éviter un scénario similaire à celui du 17 octobre, le pouvoir se met à interdire toutes les manifestations non syndicales, histoire de museler les cortèges et de diviser les manifestants par rapport au cortège syndical. Dans le cas de Marseille, la manifestation syndicale avait été même interdite, ainsi que la non-circulation des transports en commun dans toute la ville, avant que l'État, via la préfecture des Bouches-du-Rhône, ne fasse machine arrière (cf lien n°2). Mais c'est une exception dans la répression visant le département des Bouches-du-Rhône.
Ensuite, la mise en place de couvre-feux dans plusieurs villes ou parties de villes françaises comme Lille, Douai, Denain, Lyon, Marseille, Pointe-à-Pitre ou Paris. Et dans le cas de la capitale, seuls les quartiers de Châtelet et de la place de la République sont concernés par cette mesure (cf liens n°3, n°4).
Enfin, l'arsenal judiciaire est déployé par le ministre Gérald Darmanin, avec toute une série de comparutions immédiates devant les tribunaux et des condamnations à des peines de prison - ferme ou sursis - pour... "participation à un groupement en vue de la préparation de violences volontaires" (cf lien n°5). À titre de comparaison, il fallut plusieurs années de procédure pour que l'ancien président Nicolas Sarkozy soit condamné en première instance pour corruption dans l'affaire du financement libyen de sa campagne électorale de 2007 et comme il a fait appel, il n'a passé que trois semaines en prison pour des faits bien plus graves que ceux reprochés aux manifestants du 17 octobre. Sans oublier que le chanteur Patrick Bruel ou le journaliste Patrick Poivre d'Arvor sont visés par des plaintes d'agressions sexuelles, de viols, ou encore Jérôme Barella, principal suspect du meurtre de Lyhanna - 11 ans -, suscitant la colère face à la question de la pédocriminalité en France. Ni les crimes racistes, à tendance négrophobe et islamophobe, comme celui qui vient d'être commis ce vendredi 23 octobre à Trappes et La Verrière, où la question du mobile terroriste se pose.
De quoi avoir à l'esprit des citations multiples devant une justice aux ordres, forte face aux faibles et faible face aux forts, comme les suivantes:
- "Selon que vous serez puissant ou misérable/Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir" (Jean de La Fontaine)
- "La justice est au service de la police! Historiquement, et de fait institutionnellement" (Michel Foucault)
- "Tu voudrais donner des yeux à la Justice/Impossible de violer cette femme pleine de vices" (Trust)
Faire porter le chapeau
Et pour couronner le tout, une musique se développe dans la sphère politico-médiatique. Celle de vouloir la dissolution du mouvement la France insoumise, qui tel l'âne de la fable de La Fontaine Les animaux malades de la peste, est rendu responsable de tous les maux provoqués par la manifestation du 17 octobre. En tout cas, le président du Sénat Gérard Larcher en appelle à œuvrer dans ce sens (cf lien n°6). Une manœuvre pour le moins grossière. Et ce, d'autant plus que le gouvernement tient à produire un mensonge d'État sur ce sujet et que des officiers des renseignements territoriaux ont admis auprès du journal Mediapart qu'ils avaient reçu des ordres pour faire porter le chapeau au mouvement de gauche radicale, dont le leader Jean-Luc Mélenchon se lance dans une quatrième candidature à l'élection présidentielle de l'an prochain.
Pour qui en douterait encore, l'ère Macron est celle d'un mûrissement du fruit totalitaire en France car il faut rappeler que dès son arrivée à l'Élysée en 2017, Macron a fait mettre dans le droit commun certaines dispositions de l'État d'urgence - ne faut-il pas s'attendre à ce qu'il soit pleinement utilisé dans les prochains jours ? Telle est la question -, illustrant ce que je disais de lui en 2017 qu'il forme avec Marine Le Pen les deux mamelles d'une France droitisée ou que l'économiste et philosophe Frédéric Lordon estime, lors de sa réélection difficile en 2022, qu'il est un fascisateur (cf lien n°8).
Bref, vivement que la Vème République soit mise à la retraite!
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