Victoire à la Pyrrhus de Macron le fascisateur

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Just Clik's With A Camera

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La reconduction d'Emmanuel Macron pour un nouveau quinquennat a été plus resserrée qu'en 2017 dans ce remake avec Marine Le Pen, illustrant les deux mamelles d'une France droitisée, où capitalisme et racisme (institutionnel) font la paire, avec une atmosphère de sécession très prenante entre classes sociales et espaces géographiques de la France.

Bis repetita! On a eu droit au remake (raté) du film de 2017, avec pour acteurs principaux Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Et comme il y a 5 ans, Macron en est sorti vainqueur, tant lui et ses partisans tenaient à ce que la meneuse du Rassemblement national (ex-Front national) soit de nouveau au second tour. Mais à la différence de 2017, où il sortit vainqueur avec 66,1% des voix, la réélection du locataire de l'Élysée s'est faite avec 58,55% des voix contre 41,45 à sa rivale, représentant avec lui les deux mamelles d'une France droitisée. Mais en raison du taux d'abstention -28,01% -, et du taux de votes blancs/nuls - 6,19% - et du vote pour Le Pen, Macron a attiré 38,52% des électeurs inscrits (cf lien n°1). Ce qui fait de lui le président le plus mal élu de l'histoire de la Ve République, excepté Georges Pompidou en 1969, année où le taux d'abstention reste record (31,15%).

Un vote sécessionniste

Le fait de n'avoir gagné qu'avec 58,55% des suffrages exprimés, soit près de 8 points de moins qu'en 2017, doit pousser Macron à être reconnaissant envers un vote "barrage" qui s'est pourtant bien effrité en cinq ans, tant le bilan présidentiel laisse à désirer - euphémisme! -. Mais cette présidentielle puante de 2022 offre bien des enseignements sur le vote.

En premier lieu, il s'agit d'un vote sécessionniste. Comme en 2017, le vote des bourgeois s'est massivement tourné vers Macron, tant ils peuvent s'estimer ravis de la politique de classe menée durant le quinquennat et qu'ils font sécession par rapport au prolétariat, qui s'abstient ou qui vote soit Le Pen soit Jean-Luc Mélenchon. Mais un autre vote sécessionniste s'est exprimé durant cette présidentielle, c'est celui des outre-mers. Ayant profondément marre de subir le racisme institutionnel made in France, que ce soit à travers le scandale du chlordécone, la répression étatique - envois du RAID, du GIGN - par rapport à l'opposition à la politique sanitaire, ou le manque d'infrastructures publiques comme des hôpitaux en capacité de faire face à la crise sanitaire liée au Coronavirus, les ultramarins ont tenu à faire savoir leur rejet massif de Macron par l'abstention et par un vote d'opposition. Au premier tour, Jean-Luc Mélenchon compta plus de 50% des suffrages exprimés en Guadeloupe, en Martinique, en Guyane par exemple. Au second tour, ces départements et régions d'outre-mer se sont massivement abstenus et les personnes qui ont voté ont porté Le Pen à plus de 60%, voire même près de 70% en Guadeloupe! Ce qui montre combien les ultramarins peuvent aller jusqu'à pratiquer la politique du pire et - pourquoi pas - montrer qu'ils iraient jusqu'à relancer une démarche indépendantiste, vu que l'Hexagone fait la sourde oreille sur les conditions matérielles d'existence en outre-mer.

On peut parler de sécession entre les aires géographiques de l'Hexagone même. Paris plus sa banlieue - à contrecœur pour nombre de banlieusard(e)s! -, la grande partie de la façade Atlantique, les grandes villes ont voté Macron pour ce second tour; tandis que le Nord, l'Est, une grande partie du pourtour méditerranéen, les aires périurbaines, ont plébiscité Le Pen (cf lien n°2).

Tripartisme du 21e siècle

Autre enseignement, c'est que la France compte trois forces politiques principales. En Marche, avec Macron comme tête de gondole; le FN (ou RN) avec la fille Le Pen tenant la holding familiale; puis la France insoumise avec Mélenchon. Ensuite, divers partis historiques tels le Parti communiste, le Parti socialiste ou les Républicains doivent naviguer entre ces forces au niveau national, sachant qu'ils gardent un certain maillage local en raison de leur ancienneté politique. Ce qui va pousser à des négociations pour les élections législatives prévues pour le mois de juin prochain. Le trio principal devant voir avec les partis "traditionnels" pour maximiser le nombre de sièges. En tout cas, pour Macron, obtenir une nouvelle majorité semble bien parti car il compte bénéficier du "fait majoritaire" qui fait que depuis 2002, chaque président élu a pu bénéficier d'une majorité confortable à l'Assemblée. Et comme Macron est le premier président réélu depuis Jacques Chirac, il part avantagé et puis les législatives voient une abstention record, tant la résignation prédomine dans l'électorat.

C'est contre cela que Le Pen, d'un côté, et Mélenchon de l'autre, doivent faire face, s'ils veulent au mieux avoir la majorité ou au pire avoir un groupe parlementaire important à l'Assemblée nationale. Et vu comment les votes se sont répartis au premier tour de la présidentielle, cela donnerait des seconds tours de législatives avec des triangulaires, voire des quadrangulaires, en fonction du franchissement du seuil de 12,5% des électeurs inscrits dans chaque circonscription et de la présence des partis "traditionnels", notamment le PS et LR, marginalisés comme jamais durant la présidentielle, durant les législatives.

Il n'empêche qu'un tripartisme entre LREM, le RN et la FI s'est affiché sur la présidentielle. Reste à savoir s'il perdure à travers les législatives.

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