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Saint-Barthélémy financière ou bulle immobilière made in China?

Publié le par JoSeseSeko

Photo: China Stringer Network/Reuters

Photo: China Stringer Network/Reuters

Le "lundi noir" observé à la bourse de Shanghai pourrait bien faire exporter les problèmes structurels de l'économie chinoise vers le reste du monde, en particulier l'Europe, toujours fragile depuis 2008.

Les principales bourses mondiales ont toutes été dans le rouge, lundi 24 août. Une Saint-Barthélémy pour les milieux financiers, initiée par Shanghai. La principale place boursière chinoise a perdu environ 8,5% de sa cotation sur cette journée, entraînant les autres places financières dans sa chute (le Nikkei à Tokyo, le Dow Jones à New York, le FTSE 100 à Londres, le CAC 40 à Paris, etc.), même si la proportion descendante est plus faible (de -2 à -5%).

Une économie chinoise vacillante?

La principale raison du plongeon de la bourse de Shanghai est celle de l'économie chinoise dans son ensemble. L'ex empire du Milieu a enregistré au premier trimestre 2015 un taux de croissance de 7%, le plus faible depuis 2009, au plus fort de l'extension de la crise des subprimes venue des États-Unis. Et pour vouloir relancer la machine, notamment du côté des exportations, Pékin a procédé ces derniers jours à plusieurs dévaluations du yuan, la monnaie nationale. Or, les spéculateurs (chinois comme étrangers, même si ces derniers sont très rares vu le contrôle des capitaux en Chine) ont sur-réagi face à cette décision en bradant au maximum les actions qu'ils possédaient en masse.

Mais cette explication ne saurait être suffisante si on ne prend pas en compte les structures économiques. La croissance chinoise des dernières décennies est surtout tirée par le secteur immobilier, avec une construction à tous crins de logements, face à une migration interne très forte, faisant ainsi gonfler les prix de logement pour les ménages susceptibles de pouvoir habiter dans les grandes villes chinoises (Pékin, Shanghai, Hong Kong, Canton, Macao, Nankin, etc.). Bref, un phénomène de bulle immobilière qui si elle éclatait, pourrait provoquer un marasme au pays de Confucius. Dans une interview accordée au journal La Tribune en septembre 2014 (cf lien ci-dessous), l'économiste marxiste - ça existe encore, mes chers lecteurs! - Mylène Gaudard, avertit d'un tel risque car le secteur représente 15% du Produit intérieur brut chinois, avec un endettement massif des ménages et des entreprises dans ce domaine d'activité. Il ne serait donc pas étonnant que ce krach boursier émette un signal d'une crise profonde (et durable) de l'économie chinoise.

Cantonnement ou contagion?

La deuxième économie mondiale est-elle mesure de neutraliser ce choc, de telle manière à ce qu'elle ne l'handicape guère dans sa marche en avant, de même qu'elle ait un impact limité sur l'économie mondiale? Certains économistes diraient a priori oui car la Chine a accumulé une réserve de changes colossale (3.460 milliards d'euros), peut mener une politique monétaire à sa guise et au niveau de l'endettement public, c'est loin d'être aussi élevé que dans la plupart des autres pays capitalistes. Néanmoins, je ne serais pas si positif qu'eux car je me souviens que durant mes cours d'économie, mes profs m'évoquaient la crise japonaise du début des années 1990. Une crise immobilière venue d'un krach de la bourse de Tokyo, au moment même où l'économie nippone était entrain de rattraper, voire de dépasser selon certains, les États-Unis, illustrant les limites de la théorie du rattrapage de l'économiste états-unien Robert Solow (cette problématique se pose de plus en plus pour l'Afrique, soit dit en passant). Cette bulle immobilière a juste stoppé l'élan de l'empire du Soleil Levant, qui paie encore et toujours les dégâts ces dernières années.

Maintenant, reste à savoir si cette crise perceptible en Chine va avoir des conséquences sur l'économie mondiale ou pas. En reprenant le cas japonais depuis les années 90, il y aurait une faible probabilité que l'économie mondiale en soit lourdement affectée par ce qui se passe dans la finance chinoise. Et même, le journaliste économique François Lenglet - ancien directeur de la rédaction de La Tribune, qui n'a pas laissé de souvenir impérissable, aux dires de confrères quand j'eus fait un stage dans ce journal -, au 20h de France 2 lundi 24 août, estimait pour sa part que cela pourrait être une bonne nouvelle pour les économies occidentales (notamment la France), car cela amorcerait une vague de relocalisation d'usines et in fine, des créations d'emplois. Cet optimisme cynique ("le malheur des uns fait le bonheur des autres") me gêne car le poids de la Chine dans l'économie mondiale est devenu très important (rachat de bons du Trésor ricain; commerce croissant avec l'Afrique; acquisition de ports, d'aérogares en Europe, etc.) et que si les investisseurs chinois se retiraient d'un coup pour rapatrier des capitaux au service de leur pays s'il était en difficulté, le retour de bâton serait dur à encaisser pour les pays occidentaux, dont le commerce avec la Chine s'est également accru ces dernières années.

Revoir les cycles économiques

La vertu de cette nouvelle en provenance de Shanghai est de rappeler que l'économie fonctionne en cycles. En lisant Le Parisien ce matin (25 août 2015), je tombe sur une interview de l'économiste orthodoxe Marc Touati. L'élément intéressant de sa part est l'énumération de cycles économiques depuis le premier choc pétrolier de 1973 (1973; deuxième choc en 1980; krach en 1987; crise obligataire en 1994; bulle Internet et attentats en 2001; faillite de Lehman Brother en 2008). Si vous comptez bien, vous remarquerez qu'il y a un choc tous les sept ans. Ce qui correspond au cycle des affaires, plus connu sous le nom de cycle Juglar, du nom de l'économiste (Clément Juglar, un français) qui s'est intéressé aux cycles économiques. La caractéristique de ce cycle est que ça porte sur du moyen terme, en démontrant combien les tensions sont vives dans le mode de production capitaliste.

Mais du coup, il faudrait se demander si depuis 2008, on ne serait pas dans un cycle décroissant. Et pour cela, il faudrait se référer au cycle Kondratiev, du nom de l'économiste soviétique Nikolai Kondratiev, qui l'eut observé dans les années 1920. Malgré l'apport de l'économiste autrichien Joseph Aloïs Schumpeter sur ce sujet, avec la question de l'innovation et de sa diffusion qui expliquerait les trajectoires ascendante puis descendante dans les cycles longs, le cycle de Kondratiev demeure débattu, notamment sur les quatre dernières décennies, avec le choc pétrolier mettant fin aux Trente glorieuses. Une chose est sûre, les économistes orthodoxes, si dominants au niveau médiatique et universitaire, à tel point que toute concurrence est à éliminer pour eux - un comble! -, qui disaient en 2008 que la crise n'aurait pas lieu ou n'aurait pas l'impact qu'on a observé depuis, vont être entrain de répéter la même chose dans les prochains jours. Je vous conseille de vous en méfier, mais de ne pas non plus faire la sourde oreille, afin de pouvoir donner des contre-arguments de poids, chers lecteurs.

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