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Les forces de l'ordre dans l'œil du cyclone

Publié le par JoSeseSeko

Photo: JoSeseSeko

Photo: JoSeseSeko

Alors qu'une nouvelle journée de manifestation contre le projet de loi travail semble être plus importante que jamais, les forces de l'ordre sont fortement sous tension face à ce mouvement social, auquel s'ajoute le risque terroriste sur leur personne et l'Euro 2016. Ce qui met en doute l'efficacité de l'état d'urgence.

Le 14 juin est, pour les dirigeants syndicaux, le grand test au sujet de la mobilisation contre le projet de loi travail. Il semble bien que cette journée de mobilisation soit plus importante que le pic enregistré le 31 mars dernier. Selon la police, au moins 75.000 personnes ont battu le pavé à Paris, signe que le mouvement social s'est relancé ces dernières semaines, même s'il y a le contexte de l'Euro 2016 de foot qui se déroule depuis le 10 juin. Ça peut supposer qu'il y a eu des centaines de milliers marchant entre place d'Italie et l'esplanade des Invalides. Selon des suiveurs de la manifestation, même après 19h, des manifestants venaient à peine de partir de la place d'Italie. Le million de manifestants annoncé par les syndicats ne semble pas si dénué de sens. Wait and see...

Gaz et canon à eau au programme

Mais la marche parisienne, comme d'autres cortèges dans les villes françaises, a droit à son lot d'échauffourées devenues habituelles (hélas) depuis plusieurs semaines. Une surexcitation mutuelle pousse les "casseurs" et les forces de l'ordre (police et gendarmerie) à se croire sur un champ de bataille urbain. Par ailleurs, en plus de briser des vitrines de banques ou compagnies d'assurance, certains "casseurs" ont donné quelques coups sur l'hôpital Necker, sans aucune logique quelconque. Par conséquent, le cortège a été plusieurs fois stoppé dans son élan, coupé en morceaux et il reçut des gaz lacrymogène particulièrement puissants. Mais ce n'est pas sans dommages car plusieurs manifestants sont blessés, dont au moins deux de manière très grave. Plusieurs témoins affirment que ces graves blessés ont reçu des projections de gaz de la part des policiers et gendarmes, même à terre, retardant ainsi l'arrivée des premiers secours d'urgence. En outre, les interpellations ne sont pas en douceur. Un manifestant s'est fait crocheter par un policier de la BAC puis est frappé au sol par plusieurs CRS et membres de la BAC avant d'être évacué.

Mais la force publique s'est renforcée car sur la fin du parcours, notamment aux Invalides, un canon à eau a été mobilisé. Jusqu'à présent, il n'avait pas été utilisé par les forces de l'ordre dans leur objectif de maintien de l'ordre durant les manifestations contre le projet de loi travail. C'est une étape supplémentaire de franchie dans la répression délibérée de l'opposition sur cette réforme du code du travail, du marché du travail. Forcément, sur les réseaux sociaux, ça ne laisse pas indifférent, avec des plaisanteries douteuses à droite:

Doute sur l'état d'urgence

Cette répression renforcée des forces de l'ordre intervient dans un contexte dramatique en leur sein. Dans la nuit du lundi 13 juin, un commissaire de police et sa femme, elle-même policière, furent assassinés à l'arme blanche par un activiste dont les premiers résultats de l'enquête démontrent qu'il a prêté allégeance à l'État islamique (ou Daech), peu de temps avant son passage à l'acte. D'ailleurs, l'organisation terroriste a revendiqué très vite cet attentat car ça s'inscrit dans sa tactique de faire un mois de ramadan sanglant dans les pays occidentaux. Et ce, deux jours après une attaque d'un exalté, ayant également rejoint Daech, tuant 49 personnes dans une boite de nuit homosexuelle d'Orlando, aux États-Unis.

Ce meurtre sur des policiers, laissant un enfant de trois ans orphelin de père et de mère, illustre les limites de l'état d'urgence. Établi par le président François Hollande quelques heures après les attaques du 13 novembre 2015, il était censé de renforcer la sécurité intérieure en renforçant les moyens législatifs des policiers et gendarmes, avec un port d'armes même en-dehors des heures de service. Force est de constater que la sécurité ne s'est pas accrue depuis l'instauration de l'état d'urgence, prolongé à plusieurs reprises, malgré des manifestations sur ce sujet à partir de janvier 2016, que des dérives ont été constatées dans l'accroissement des pouvoirs des policiers en particulier et qu'il pourrait laisser entendre que cette juridiction exceptionnelle servirait à orienter les esprits ailleurs.

Deux poids, deux mesures

Mais là où le bât blesse, c'est que le renforcement des dispositifs pour l'ordre public ne s'exprime pas forcément en toute occasion. Pour certains manifestants, les forces de l'ordre sont plus fermes face à eux que quand il s'agit de hordes de hooligans cherchant à en découdre, en marge des matchs de l'Euro. L'exemple de Marseille, samedi 11 juin, illustre ce sentiment de "deux pois, deux mesures". En effet, Avant et après le match Angleterre-Russie, des hooligans anglais et russes se sont castagnés sur le Vieux-port et dans les rues avoisinantes durant plus d'une heure, avec des CRS pourtant mobilisés en masse (1.300 selon la préfecture), mais incapables d'être fermes face au défouloir des deux camps, donnant l'amère impression que la France peut être un super terrain de jeu pour speudo-supporters voulant faire parler leurs poings et leurs pieds pour tuer - 1 anglais est dans un état critique -.

Alors, voir les policiers montrer leur force face à plusieurs milliers de manifestants a de quoi laisser circonspect. Puis, chez certains membres de l'élite, les manifestants représentent un risque (limité) de subversion et surtout un coût, tandis que des hooligans enivrés peuvent rapporter aux groupes de l'industrie de l'alcool, notamment dans le cadre de compétitions sportives car ils ont l'occasion d'avoir un surplus de bénéfices.

Finalement, c'est "business as usual" et en paraphrasant Jean de La Fontaine:

  • "Que vous soyez manifestant ou hooligan, les CRS et gendarmes vont rendront blanc ou noir"

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