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Theresa May dans une position délicate

Publié le par JoSeseSeko

Photo: PAUL HACKETT / REUTERS

Photo: PAUL HACKETT / REUTERS

Nommée Première ministre par la reine Élisabeth II ce mercredi, Theresa May devra entériner le Brexit voté par ses compatriotes en juin dernier, tout en évitant une implosion du Royaume-Uni, dont les fractures ont été mises à nu, aux yeux du monde, durant ce vote.

Le référendum du 23 juin sur l'avenir du Royaume-Uni dans l'Union européenne (UE) s'est soldé par la victoire du "Leave" (départ) sur le "Remain" (maintien), qui est claque monumentale mais aussi un choc potentiellement salutaire pour l'espace communautaire européen. Étant donné que David Cameron, qui a pris l'initiative du référendum sur cette question, a présenté sa démission aussitôt, le poste de Premier ministre était à pourvoir, bien que M. Cameron restait en place pour les affaires courantes jusqu'à décision d'un nouveau chef dans le Parti conservateur au pouvoir. Après quelques jours de tensions, de coups bas dans le parti, c'est finalement Theresa May qui est devenue chef des Tories, et par voie de conséquence, Première ministre, même s'il fallait que la reine Élisabeth II officialise la nomination.

May, une future Thatcher?

Mme May est donc la deuxième Première ministre de l'histoire du Royaume-Uni, après Margaret Thatcher (1979-1990). Tout comme son illustre aînée, elle se réfère à des principes libéraux-conservateurs. Il faut entendre par là, une ligne pro-austérité, une libéralisation tous azimuts de l'économie, une fiscalité qui soit à l'avantage de la classe dominante (bourgeoisie). De la part d'une ancienne cadre de la Banque d'Angleterre, députée élue et réélue depuis 1997, c'est assez distingué.

Il faut ajouter qu'elle a été de 2010 à 2016, ministre de l'Intérieur des gouvernements dirigés par M. Cameron, signe de la confiance qu'il lui accordait. Et pourtant, durant ces six ans passés au ministère, elle inspira bien des inquiétudes avec une dureté typique d'une personne conservatrice (de l'ordre social) au sujet des émeutes de 2011 dans la banlieue de Londres, rappelant celles des années 1980, ainsi que sa défense d'une ligne anti-immigration au moment de la crise des réfugiés, fin 2015. Même si elle a une pensée eurosceptique, comme beaucoup de Tories, Mme May resta loyale envers son Premier ministre et défendit le "Remain" durant le référendum.

Entériner le Brexit

La première tâche qui va incomber à la nouvelle Première ministre est de régler la sortie de l'UE. Et les choix de certains membres de son gouvernement vont clairement dans ce sens. Dans plusieurs communiqués, le 10 Downing street nomme trois eurosceptiques dans trois ministères clés. Boris Johnson aux Affaires étrangères et du Commonwealth, David Davis comme Secrétaire d'État chargé de la sortie de l'Union européenne, et Philip Hammond en tant que Chancelier de l'Échiquier (équivalent de ministre des Finances).

Le choix de Boris Johnson semble paradoxalement être une surprise pour certains observateurs. Il faut dire que l'ancien maire de Londres, chantre du Brexit chez les Conservateurs, était pressenti pour devenir le futur Premier ministre peu après la publication des résultats du référendum. Pourtant, il s'est dérobé. Le voir finalement à la tête de la diplomatie britannique indique beaucoup de la volonté de Londres d'en finir le plus vite avec cette histoire, bien que M. Cameron aurait dit à son ancienne ministre de garder le maximum de contact possible avec Bruxelles. À circonstance exceptionnelle, ministère exceptionnel vu le poste occupé par M. Davis. Ce dernier, eurosceptique parmi d'autres, devra négocier auprès de l'UE des conditions de sortie au quotidien, jusqu'à la sortie effective d'Albion dans l'espace communautaire. Enfin, M. Hammond, qui précédait M. Johnson aux Affaires étrangères et au Commonwealth, hérite du poste très convoité de Chancelier de l'Échiquier, en lieu et place de George Osbourne, démissionnaire. Il devra continuer la politique d'austérité lancée par son prédécesseur, voire peut-être l'amplifier, en fonction des effets économiques du Brexit qui ne tarderont pas à se faire sentir.

Rassembler un royaume divisé

Mais le plus grand défi qui incombe à Mme May est de réaffirmer l'unité du R-U. En effet, le référendum et la campagne qui a précédé ont exposé de profondes fractures dans la société britannique, dans son ensemble. Mais c'est surtout au niveau régional que le danger est extrême pour le gouvernement britannique, entre une Angleterre et un Pays de Galles pro-Brexit, contre une Écosse et une Irlande du Nord largement europhiles.

Le cas de l'Écosse était entendu depuis un moment. Les velléités d'indépendance écossaise sont loin d'être toutes récentes puisqu'un référendum eut lieu en septembre 2014. Malgré la victoire du "non" à l'indépendance (55%), les indépendantistes écossais, regroupés au sein du Parti national écossais (Scottish national party, SNP), ne supportent pas de se voir imposer une politique d'austérité depuis Londres et voient en l'UE l'alternative à la domination anglaise. D'où la demande d'un nouveau référendum par la leader du SNP, Nicola Sturgeon, qui se veut être le maintien de l'Écosse dans l'UE.

Par contre, l'Irlande du Nord peut surprendre. En-dehors de la période des troubles (1972-1998), la région ne s'est peu faite remarquer aux yeux des partenaires européens, excepté peut-être la République d'Irlande voisine. Mais le référendum a démontré une différente flagrante entre l'Angleterre et l'Irlande du Nord, qui pourrait bien pousser Belfast à se séparer de Londres, pour rejoindre Dublin. C'est en cela que le parti de gauche radicale Sinn Féin, dirigé par Gerry Addams, présent dans les deux territoires, défend l'idée d'un référendum en Irlande du Nord qui pourrait permettre la réunification historique de toute l'Irlande en une république "une et indivisible".

Ce grand rêve semble être parti pour devenir une réalité.

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