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Un Brexit qui provoque des séparations

Publié le par JoSeseSeko

Photo: REUTERS/Yves Herman

Photo: REUTERS/Yves Herman

À une semaine du référendum sur l'avenir du Royaume-Uni dans l'Union européenne, le camp de la sortie est de plus en plus majoritaire. Les partis politiques dominants sont clairement divisés sur le sujet, avec de grosses batailles internes.

Dans son édition du jeudi 16 juin, le quotidien Le Monde titre "Brexit : panique chez les pro-européens". Et pour cause! De multiples sondages - à prendre avec des pincettes tout de même - donnent au camp de la sortie du Royaume-Uni dans l'Union européenne (UE) une marge confortable: 54%-46% pour le Times, 53%-47% pour le Guardian, 55%-45% pour The Independant. Et ce, alors que le référendum aura lieu le jeudi 23 juin prochain. D'où un pessimisme qui gagne la Commission européenne, qui tient à garder Albion dans l'espace communautaire.

Déchirement à droite

Des divisions au sein des partis politiques sont visibles depuis plusieurs semaines sur le positionnement "in" ou "out" à adopter. En particulier du côté du Parti conservateur, au pouvoir. Le Premier ministre, David Cameron, est un partisan du maintien dans l'UE, sachant qu'il a provoqué ce référendum pour espérer avoir de nouveaux avantages spécifiques face aux partenaires européens, comme l'eut fait en son temps Margaret Thatcher. Mais au sein du parti, traditionnellement eurosceptique, le Brexit est encouragé. C'est l'ancien maire de Londres, Boris Johnson, qui mène la charge. En particulier sur la question de l'immigration européenne, vue comme un danger pour l'économie britannique car les travailleurs européens outre-Manche sont vus comme des personnes prenant des emplois aux britanniques et tirant les salaires vers le bas. Une rhétorique xénophobe assumée par M. Johnson, ainsi que par le parti Ukip de Nigel Farage, qui pense avoir le vent en poupe.

Ce qui se passe aussi, c'est que la bataille pour la direction des Tories a commencé entre le Premier ministre et l'ancien maire de Londres. Même s'ils sont d'accord pour mener une politique d'austérité, la question de l'UE les a séparé de manière frontale et M. Johnson tient à déboulonner M. Cameron de son piédestal afin de devenir un futur locataire du 10 Downing street.

Un Labour fragile

À gauche, ce n'est guère mieux. La plupart des cadres du Parti travailliste sont majoritairement pro-européens et sociaux-libéraux, ce qui arrange volontiers Bruxelles, qui y voit un soutien important. Le problème est que Jeremy Corbyn, leader du parti depuis septembre 2015, est une figure de l'aile gauche du parti, qui n'a jamais masqué son euroscepticisme et sa critique acerbe d'une UE libérale dont il n'a pas cessé de combattre en votant contre à plusieurs reprises. Mais de par sa position, M. Corbyn se retrouve à faire campagne pour le remain, arguant que c'est un moyen pour lutter contre l'austérité, agitant les menaces autour du National Health Service (NHS) et réformer de l'intérieur l'UE. Un discours alter-européiste, digne d'une partie de la gauche radicale européenne, notamment en France, au sein du Front de gauche.

Un positionnement qui déroute une partie de l'aile gauche et de l'électorat travailliste. Un député de l'aile gauche, Dennis Skinner, s'est positionné pour le Brexit, estimant que les directives européennes incitent les pays membres à réduire petit à petit les droits des travailleurs dans l'ensemble de l'espace communautaire. De même que plus d'un tiers de l'électorat travailliste, en particulier des ouvriers ayant tenu à voter pour M. Corbyn, souhaite quitter l'UE. En tout cas, un Brexit de gauche se dessine, de manière minorée par les observateurs, mais présent, à l'instar du "non" de gauche en France lors du référendum sur le traité constitutionnel du 29 mai 2005.

Une société britannique fracturée

Comme l'indique le site d'information francophone Grey Britain (cf lien n°1), le référendum met à jour des fractures au sein de la société britannique. Sous un angle social, les ouvriers et employés sont majoritairement pro-Brexit, tandis que les cadres soutiennent le maintien dans l'UE. Au niveau générationnel, les (rares) jeunes britanniques politisés sont à 78% pour le maintien, tandis que les vieux (plus de 65 ans), optent pour le retrait pour 68% d'entre eux. Au sein des régions, le nord de l'Angleterre est sensible au Brexit tandis que Londres et surtout l'Écosse sont pour le maintien. Ce qui fait penser qu'en cas de Brexit, Édimbourg va de nouveau lancer un processus de référendum pour son indépendance, en dépit du relatif échec en septembre 2014.

Enfin, les secteurs économiques ont des opinions bien divergentes sur le vote à tenir. L'industrie manufacturière soutient largement le Brexit, croyant que sa situation serait meilleure en quittant l'UE et un de ses arguments est que "la liberté de mouvement des capitaux, des marchandises et des travailleurs a souvent davantage détruit des emplois qu'il n'en a créé". Par contre, la finance tient à ce que Albion reste dans l'UE. La City craint une catastrophe en cas de Brexit. D'ailleurs, avec les derniers sondages publiés, la Bourse de Londres est en chute ces derniers jours et que la Livre sterling pourrait bien perdre de la valeur sur le marché des changes.

C'est dire si tout le monde est sur des charbons ardents!

P.S: Un exemple tragique de la fracture au sein de la population britannique, c'est l'assassinat de la députée travailliste pro-européenne Jo Cox par un extrémiste pro-Brexit, à coups de couteau et de pistolet. Toutes mes condoléances aux proches de l'élue.

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