Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Un Tour taillé pour les grimpeurs

Publié le par JoSeseSeko

Un Tour taillé pour les grimpeurs

Vu le tracé préparé par ASO, organisateur de l'épreuve, le Tour 2016 semble être prometteur, avec des étapes de montagne qui peuvent faire mal. Mais cela dépend de l'état de forme des coureurs, mais aussi du climat de suspicion autour d'un dopage davantage mécanique.

Du Mont-Saint-Michel aux Champs-Élysées. Voilà le point de départ et le point d'arrivée de la 103e édition du Tour de France, qui va durer du 2 au 24 juillet. L'événement risque d'être un peu mis de côté durant les premiers jours, avec l'Euro 2016 de foot qui se déroule en France. D'ailleurs, quand la France organisa la Coupe du monde en 1998, le Tour fut décalé au 11 juillet, veille de la finale (France-Brésil), avec un grand départ en Irlande, pour être le moins gêné possible au niveau médiatique. Mais ce Tour 98 restera dans les mémoires pour de sinistres raisons (affaire Festina).

Duel Froome-Quintana au programme?

Le profil de ce Tour 2016 offre notamment neuf étapes de montagne, en particulier dans les Alpes, avec une excursion en Suisse. Mais une première explication entre favoris pourrait se faire dès le 8 juillet, dans le Massif central, dans l'étape Limoges-Le Lioran. Parmi ces favoris, deux sortent au-dessus du lot, Christopher Froome et Nairo Quintana.

Le coureur britannique, double vainqueur de la Grande boucle (2013, 2015), entend bien confirmer le proverbe "jamais deux sans trois". Il remet son titre en jeu, et le parcours conçu par ASO, avec deux contre-la-montre très courts, ne serait pas forcément pour lui déplaire. Grimpeur dans l'âme, il peut porter une attaque dévastatrice pour ses adversaires, ce qui peut susciter des polémiques sur la puissance qu'il génère sur ces moments-là, comme lors de sa victoire d'étape à La-Pierre-Saint-Martin l'an dernier, qui scella déjà sa victoire sur le Tour. Néanmoins, dans son équipe Sky, il n'a plus son lieutenant, l'Australien Richie Porte, parti pour l'équipe BMC, afin d'avoir un rôle de leader.

Mais Quintana veille. Le grimpeur colombien, deuxième en 2013 et 2015, entre-temps vainqueur du Tour d'Italie 2014, tient à prouver qu'il est le meilleur grimpeur du monde. S'étant préparé dans sa Colombie natale, il arrive avec une certaine fraicheur qui pourrait lui jouer des tours, notamment dans les étapes de plaine, où la nervosité et les bordures peuvent faire perdre un coureur se battant pour la victoire finale. En tout cas, la pression est sur lui, espérant devenir le premier Colombien vainqueur du Tour de France, et pour son équipe, la Movistar, devant faire bloc autour du grimpeur de poche.

Nibali et Contador à l'affut

Mais anticiper le Tour 2016 à un simple duel entre MM. Froome et Quintana serait faire offense à d'autres coureurs, en particulier des anciens vainqueurs tels Vicenzo Nibali et Alberto Contador. Le grimpeur italien, vainqueur en 2014, semblerait a priori cantonné dans un rôle de second auprès de son compatriote et coéquipier chez Astana, Fabio Aru. Mais sa récente victoire au Tour d'Italie, au bout du suspense, pourrait redonner des ailes au "requin de Messine". Néanmoins, depuis Marco Pantani en 1998, personne n'a réussi le doublé Giro-Tour.

Contador en sait quelque chose. Vainqueur du Giro l'an dernier, le coureur espagnol était passablement émoussé sur le Tour. Cette année, le "pistolero" n'a pas participé au Giro, se concentrant uniquement sur le Tour, un des derniers où il participe, étant donné que la retraite semble se rapprocher pour lui. Mais pas question de sortir par la petite porte. Il sera à surveiller dans les étapes pyrénéennes puis alpestres, entendant bien mener la vie dure à Froome et Quintana.

Pinot-Bardet en fers de lance

Du côté des cyclistes français, il y a de la progression et certains coureurs font partie de la liste des favoris, tels Thibault Pinot et Romain Bardet. Pour Pinot, les progrès affichés en contre-la-montre (vainqueur du contre-la-montre du Tour de Romandie en mai dernier, devant Froome ou le spécialiste néerlandais Tom Dumoulin; champion de France du contre-la-montre le 23 juin dernier) le rendent dangereux, aux yeux d'un Quintana. Le grimpeur de la FDJ affiche désormais plus d'une corde à son arc, même si la régularité reste à être démontrée. Du côté de Bardet, sa deuxième place au Tour du Dauphiné libéré (derrière Froome) apporte du baume au cœur au coureur de l'équipe AG2R-La Mondiale, dont il est le leader exclusif sur ce Tour. Son profil de grimpeur-puncheur, pas très à l'aise en contre-la-montre peut trouver sa pleine mesure sur le profil du parcours.

En-dehors de ces duettistes, d'autres coureurs français peuvent s'illustrer. Tout d'abord Warren Barguil. Troisième du Tour de Suisse, le leader de l'équipe Giant entend bien faire mieux que lors de sa première participation au Tour, l'an dernier (14e), par sa pugnacité en montagne. Julian Alaphilippe, de l'équipe Etixx, compte bien montrer, pour sa première dans le Tour, qu'il n'est pas seulement un puncheur à l'aise dans les classiques ardennaises (Flèche Wallone; Liège-Bastogne-Liège; Amstel Gold Race) et que sa 5e place au Dauphiné libéré n'est pas le fruit du hasard. Enfin, Pierre Roland, qui fait presque figure d'ancien (29 ans) face à ses jeunes compatriotes (Pinot, 26 ans; Bardet, 25 ans; Alaphilippe et Barguil, 24 ans) peut continuer à figurer dans le Top 10, avec sa régularité en montagne et un statut de leader dans l'équipe Canondale, qu'il a rejoint durant l'hiver 2015-2016.

Ombre du dopage

Ce Tour, comme tous depuis le Tour 1998, est exposé à la problématique du dopage. Mais cette année, il est moins question d'un dopage physique (prise de produits dopants) que d'un dopage mécanique. Ces derniers mois, plusieurs enquêtes journalistiques indiquent qu'un système de dopage mécanique, avec l'introduction de moteurs dans les vélos, notamment à l'arrière, s'est développé dans le cyclisme. Et surtout, une certaine complaisance de la part de cadres de l'Union cycliste internationale (UCI) à laisser faire ces pratiques, sans en renforcer les contrôles, avec notamment des caméras thermiques, pouvant indiquer la présence ou non de moteurs introduits dans des vélos de course en ligne ou de contre-la-montre. C'est ce qui ressort en particulier d'une enquête de l'émission Stade 2, où l'un des cadres de l'UCI, Mark Barfield, est en relation étroite avec un dirigeant d'une société de vélos électriques, lui-même lié à un ingénieur qui incorpore des moteurs dans des vélos.

Par voie de conséquence, et suite à l'exposition médiatique, l'UCI promet un renforcement des contrôles sur les vélos tout au long du Tour. Cela ne signifie pas pourtant que le filet sera efficace. L'exemple de Lance Armstrong reste marquant.

Commenter cet article