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Albion triomphe, grâce à Froome

Publié le par JoSeseSeko

Photo: ERIC FEFERBERG/AFP

Photo: ERIC FEFERBERG/AFP

Le Tour en termine avec sa 102 édition, qui pourrait se résumer pour certains à une attaque du maillot jaune britannique dans les Pyrénées, suffisante pour s'adjuger la victoire finale. Mais ce serait bien trompeur, vu les tentatives du dauphin colombien. L'honneur est sauf pour les principaux coureurs français, avec un Tour qui a usé les organismes.

La pluie pour terminer sur les Champs-Élysées. En-dehors de ça et du sprint massif gagné par l'allemand André Greipel - sa 4ème victoire d'étape sur ce Tour -, le Tour sera marqué par la chaleur et le seul coup de griffe lancé par Christopher Froome à La Pierre-Saint-Martin, se contentant ensuite de gérer les attaques de ses adversaires, en particulier, Nairo Quintana, son dauphin, meilleur jeune cette année, comme en 2013 - année de sa précédente participation, où il termina déjà derrière Froome -. Le coéquipier de Quintana, l'espagnol Alejandro Valverde complète le podium. Le maillot jaune, d'ailleurs gourmand, est également meilleur grimpeur de ce Tour 2015, devançant le français Romain Bardet.

Tour joué en une semaine

En dépit de la victoire à la première étape pyrénéenne, le coureur britannique a finalement montré des signes de fatigue assez inhabituels, notamment dans les Alpes, où Quintana s'est lui montré plus à l'aise, faisant honneur à sa réputation de "meilleur grimpeur du monde", en particulier durant la dernière arrivée en altitude, à l'Alpe-d'Huez, où il reprit 1'26" au leader du Tour. Mais, il reste derrière, pour 1'12". Comme il le dit lui-même, d'après ce qu'en rapport le quotidien l'Équipe: "Je sais que j'ai perdu ce Tour lors de la première, lorsqu'on a été mis en difficulté sur une bordure et que j'ai perdu une minute trente." D'ailleurs, avant d'attaquer les étapes de montagne (Pyrénées et Alpes), il comptait 1'59" de retard (dont 1'30 à cause de cette bordure durant la deuxième étape, menant à Zélande, aux Pays-Bas). Donc, il peut avoir moins de regrets car il a repris du temps, mais pas suffisamment, ensuite.

Cela rehausse pour le coup la victoire de Chris Froome, qui a dû son salut grâce à son attaque à La Pierre-Saint-Martin, et à son équipe, la Sky, notamment Wouter Poels et Richie Porte à l'Alpe-d'Huez, arrivée qui n'a pas l'air de lui réussir (comme en 2013 d'ailleurs). Fut-ce de la fatigue, car le Tour a été éprouvant pour beaucoup de coureurs cette année, en raison notamment de la canicule qui a duré la majeure partie du parcours. Pourtant, il faudra s'y habituer, vu la tendance au réchauffement climatique. L'État de fatigue est général dans le peloton et cette victoire de Froome entérine un fait important: les coureurs voulant faire un doublé Tour d'Italie - Tour de France la même année s'embarquent dans une mission impossible. L'espagnol Alberto Contador l'a démontré de manière implacable cette année, avec une dernière semaine de Tour complètement crevante pour "El pistolero", qui n'a pu succéder à l'italien Marco Pantani, dernier homme à avoir réalisé le doublé Giro-Tour, en 1998.

Sursauts d'orgueil sauvant les apparences

Les principaux adversaires de Froome, ainsi que les meilleurs coureurs français en mesure de jouer le classement général (Bardet, Thibaut Pinot, Pierre Rolland, Warren Barguil), ont vite abandonné leurs illusions à La Pierre-Saint-Martin, se remobilisant pour gagner des victoires d'étape. Par exemple, Vicenzo Nibali, vainqueur du Tour 2014, à la peine dans les Pyrénées, s'est refait dans les Alpes, avec une victoire d'étape à La Toussuire et une 4ème place finale, ce qui limite les dégâts. Bardet, qui était au-delà de la 20ème place avant les Pyrénées, a vécu deux jours sans dans le massif frontalier avec l'Espagne, avant de partir à l'avant au Plateau de Beille puis à Mende, en vain. Mais finalement, il a été récompensé à Saint-Jean-de-Maurienne, gagnant sa première étape sur le Tour, élu super combatif sur cette course et terminant 9ème et premier français. Bien qu'il a été 6ème l'an dernier, son bilan cette année est convainquant.

Pinot est celui qui a accumulé les déboires (bordure, crevaison, chute en pleine descente, manque de rigueur au moment de gagner des étapes comme à Mende ou Pra-Loup), sauvant son Tour au dernier moment, avec sa victoire d'étape à l'Alpe-d'Huez. En tout cas, le grimpeur franc-comtois produit un yo-yo avec ses participations. Voyez plutôt: 10ème en 2012 (+1 étape); abandon en 2013; 3ème en 2014; 16ème (+1 étape).

Optimisme pour l'avenir

Au niveau du cyclisme français, en-dehors de Bardet et Pinot, la régularité semble être de mise, à l'exception d'un jour sans. Pierre Rolland, 10ème cette année, risque de regretter la première semaine, où il subit les bordures à Zélande ou dans l'étape de Cambrai dite l'étape des pavés, car sans cela, il aurait pu lutter au niveau de la 5ème-6ème place, selon lui, vu ses dispositions dans les Pyrénées et dans les Alpes, terminant souvent près du maillot jaune. Warren Barguil, démontrant auprès du grand public que ce qu'il avait déjà réalisé du côté du Tour d'Espagne (2 victoires d'étape en 2013; 8ème place en 2014) n'est pas le fruit du hasard. Il aurait été dans le top 10 de ce Tour s'il était en forme pour les deux dernières étapes alpestres (La Toussuire; l'Alpe-d'Huez), payant peut-être les efforts consentis dans la première semaine pour son leader chez Giant-Alpecin, l'allemand John Degenkolb.

Certes, ce n'est pas comme l'an dernier, mais ça reste honorable pour les coureurs français. Et vu l'âge des personnes que j'ai cité (Rolland: 28 ans; Pinot: 25 ans; Bardet: 24 ans; Barguil: 23 ans), ça laisse une possibilité de marge de progression pour eux, sachant que leurs principaux points faibles communs sont le contre-la-montre (sauf peut-être pour Pinot, qui a progressé dans ce domaine) et le placement dans les premiers rangs du peloton dans les étapes de plat (sauf pour Barguil et Tony Gallopin, à l'aise dans ce domaine). C'est la principale faille qui leur empêche d'être totalement crédible pour la victoire finale. Mais ils ont prouvé qu'ils ont de l'orgueil. La succession de Bernard Hinault, dernier vainqueur français du Tour, il y a 30 ans déjà, germe. Il ne reste plus qu'à éclore. En tout cas, certains pourraient être inspirés de se défouler à la Vuelta, le mois prochain, et pourquoi pas succéder à Laurent Jalabert, dernier vainqueur français de cette épreuve, en 1995 - putain 20 ans! -.

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