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Au revoir Rio

Publié le par JoSeseSeko

Photo: AFP

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Les Jeux olympiques de Rio sont terminés, avec l'affirmation des légendes Michael Phelps et Usain Bolt qui tirent leur révérence. La délégation française, pourtant mal embarquée dans la première semaine, a réussi à dépasser son record de médailles de Pékin grâce notamment à la boxe et à l'athlétisme. Le tout sous une ambiance parfois houleuse dans le stade, où l'organisateur laisse à désirer.

"Voilà, c'est fini". La XXXIe olympiade a tiré sa révérence. Et comme d'habitude, ce sont les États-Unis qui dominent, avec 121 médailles, dont plus de 46 en or. De manière très nette étant donné que le second pays au classement des médailles est... la Grande-Bretagne (67 médailles dont 27 en or). Dans la foulée des Jeux de Londres, Albion maintient sa présence avec des champions olympiques dans plusieurs disciplines, notamment en cyclisme sur piste. La Chine demeure troisième et la Russie est en grand recul, handicapée par des affaires de dopage qui ont fait réduire une partie de sa délégation potentielle et par voie de conséquence, des médailles olympiques.

Bolt-Phelps au sommet de l'Olympe

L'un des grands moments de ces jeux sera l'élévation au rang de légendes vivantes du sport que sont désormais Michael Phelps et Usain Bolt. Le nageur états-unien a encore empoché des médailles d'or (5 sur 6 médailles pour le nageur), établissant son palmarès à 23 médailles d'or sur les 28 qu'il a eues durant sa carrière olympique, commencée en 2000 à Sydney, mais triomphante à partir d'Athènes en 2004. L'oncle Sam a de la chance d'avoir Poséidon dans ses rangs, servant de locomotive pour les autres nageurs états-uniens. Quant à l'avenir de la natation, il ne semble guère menacé malgré le vide que va laisser M. Phelps vu qu'il arrêtera sa carrière avec ces JO. Néanmoins, qui sera le successeur de l'athlète le plus médaillé (et le plus titré) de l'histoire de l'olympisme moderne? La question se pose.

Mais faut croire que nombre de passionnés de sport préfèreraient l'exploit d'Usain Bolt. La foudre, comme est surnommé le sprinteur jamaïcain, a réussi le triplé olympique 100m-200m-4x100m, comme en 2008 à Pékin et quatre ans plus tard à Londres. Le tout avec une certaine aisance, sauf au 100m où il a du se déployer après un mauvais départ pour rattraper le sprinteur états-unien Justin Gatlin (34 ans), devant un public tout acquis à la cause du Jamaïcain. 9 médailles d'or en trois olympiades, c'est géant dans l'athlétisme. Et là, le vide qu'il va laisser risque d'être grand car étant donné qu'à 30 ans, ce dimanche 21 août, il enlèvera les pointes pour 2017. Or, l'athlétisme est marqué par le scandale du dopage qui serait systématique en Russie puis par des affaires de corruption du côté des ses anciens dirigeants. Du coup, l'aura de M. Bolt auprès des curieux de sport est la bouffée d'oxygène qui fait du bien à l'athlétisme mondial. Il n'empêche, la succession de Bolt semble se dessiner en la personne de Andre De Grasse. Le sprinteur canadien de 21 ans - anglophone, comme son nom ne l'indique pas -, médaillé de bronze au 100m et d'argent au 200m, semble être paré pour prendre le relais de Bolt qui a donné l'impression de l'avoir adoubé durant ces JO.

Le paradoxe français

Le proverbe "impossible n'est pas français" n'a pas d'être démenti par ses athlètes. En effet, alors qu'elle ne comptait que 17 médailles au bout d'une semaine de compétition, la France ressort de Rio avec 42 médailles, dont 10 en or. Une de plus que le précédent record de médailles d'après-guerre obtenu à Pékin en 2008 (41). Et c'est surtout du à deux sports où la France était loin d'être à pareille fête par le passé, à savoir la boxe et l'athlétisme, avec six médailles chacun. Pour la boxe, c'est un retour en grâce après un lent déclin et les boxeurs français ont sûrement trouvé un supplément d'âme en mémoire du boxeur Alexis Vastine, mort dans un accident d'hélicoptère en 2015. Avec un couple en or que forme Estelle Mossely et Tony Yoka puisque les deux boxeurs ont gagné le titre olympique dans leur catégorie respective et qu'ils vont se marier après les Jeux. Du côté de l'athlétisme, c'est tout bonnement incroyable. Il faut remonter aux Jeux de Paris (1900) et de Londres (1948) pour trouver un nombre de médailles supérieur pour l'athlétisme français, donc à une époque encore coloniale. Ces six médailles olympiques sont très encourageantes, notamment la médaille d'argent de Kévin Mayer en décathlon, établissant un nouveau record de France dans cette discipline (8.834 points).

Pourtant, certaines disciplines laissent à désirer côté français, telles le tennis, le cyclisme sur piste et la natation. Le zéro pointé des tennisman français fait mal, d'autant plus qu'il s'est aggravé d'une polémique sur la présence de Benoît Paire, visiblement pas motivé de participer à ces JO. Le cyclisme sur piste vit une catastrophe industrielle, avec seulement une médaille (bronze en poursuite masculine par équipes), et le fait que la France soit derrière la Grande-Bretagne comme pays ayant rapporté le plus de médailles olympiques dans cette discipline. Un immense chantier est à prévoir avec des cyclistes expérimentés qui vont bientôt arriver et une relève qui tarde à percer au sommet international. Enfin, la natation française semble retrouver "ses vieux démons" selon le quotidien l'Équipe, car n'ayant eu que deux médailles (en argent), elle donne l'impression d'un grand gâchis, notamment en matière de communication avec l'imbroglio sur le relais 4x200m nage libre, où Yannick Agnel n'a pu répondre présent et qu'un autre nageur a été informé dans la nuit pour faire le relais au matin. Du coup, des clans semblent se former, chancun criant "vengeance" envers l'autre.

Un ultra-chauvinisme brésilien

Le Brésil, pays organisateur, comptait bien sur ses JO pour progresser dans la hiérarchie sportive mondiale. Ça n'a pas été une réussite. Seulement 19 médailles dont 7 en or. Ce manque de réussite sur le terrain peut expliquer - mais pas justifier, attention, chers lecteurs! -, une frustration de la part des (rares) supporters brésiliens venus voir du judo, de l'athlétisme, de l'escrime, de la natation, du tennis, du canoë-kayak, etc. Et ce, à plus d'un titre car les prix étant élevés pour aller dans les enceintes sportives, ça devint limité à la classe moyenne brésilienne et à la bourgeoisie, qui ont exprimé durant ces JO un ultra-chauvinisme qui en surprit plus d'un.

En particulier le perchiste français Renaud Lavillenie, passablement remonté envers le public brésilien qui l'a sifflé lors de ses derniers essais au saut à la perche, lundi 15 août, face au Brésilien Thiago Braz da Silva, surprenant champion olympique avec un saut à 6,03m. Le champion olympique de Londres s'est permis de comparer ces sifflets à l'hostilité des Allemands envers Jesse Owens lors des JO de Berlin de 1936. Une gaffe monstrueuse car plusieurs connaisseurs de l'histoire des JO relatent que le champion états-unien était plutôt respecté par les Allemands ayant vu ses exploits - sauf les dignitaires nazis, bien sûr! -, puis d'autres athlètes, dont Teddy Riner, furent sifflés par la foule car ayant battu un Brésilien sur leur chemin par exemple. Avec cette comparaison, il jeta de l'huile sur le feu car M. Lavillenie a été hué par la foule (riche) lors de la cérémonie du podium de la perche.

En tout cas, la victoire de l'équipe masculine de foot samedi 20 août, face à l'Allemagne, permettra aux Brésiliens d'éponger artificiellement l'humiliation reçue par... l'Allemagne, en demi-finale (7-1), lors de la Coupe du monde de foot 2014 organisée au Brésil. Mais pas d'apaiser les tensions politiques, économiques, sociales et raciales présentes dans ce pays, considéré comme le symbole d'un métissage réussi. D'ailleurs, la championne olympique brésilienne Rafaela Silva, une afro-descendante ayant vécu dans une favela de Rio, en a profité pour rappeler les écrits négrophobes à son encontre en 2012, la comparant à un singe à mettre "en cage". En outre, l'organisation des JO reste mitigée car il y a eu menace d'annulation des jeux paralympiques de Rio, en septembre prochain, en raison de l'endettement de l'État fédéré de Rio. Du coup, le Comité international olympique a dû mettre la main à la poche pour combler le manque budgétaire.

Enfin, si l'histoire des sifflets envers Renaud Lavillenie a tant choqué en France, c'est qu'elle s'est faite dans un sport où l'ambiance est plus neutre, plus respectueuse, si on peut dire. Mais il faudrait quand même songer à regarder dans son paillasson avant de critiquer celui du voisin car le chauvinisme à la française est bien pathétique. L'Euro 2016 de foot en atteste, avec le match France-Irlande par exemple, où les supporters français faisaient dans le dénigrement de l'Irlande, alors que les supporters irlandais lançaient leurs divers chants évoquant certains pans de l'histoire de cette île.

Retour du rugby

En dépit d'un manque de foule dans les tribunes, il y a des sports qui méritent une continuation dans le programme des JO, notamment le rugby. Ce sport collectif qui a fait son retour dans les JO, après 92 ans d'absence, s'est mis dans sa version à sept. Plus courte mais plus spectaculaire. Et au niveau masculin, le premier champion olympique de rugby à VII sera à jamais le Fidji. Cette île du Pacifique, possédant des rugbymans impressionnants physiquement, souvent crainte à XV mais pêchant dans l'indiscipline, gagne ainsi la première médaille d'or de son histoire olympique. Chez les femmes, c'est l'Australie qui devient championne, aux détriments de la Nouvelle-Zélande en finale. Les Australiennes vengeant quelque part leurs homologues masculins du rugby à XV vaincus par les All Blacks en finale de la Coupe du monde de rugby 2015.

Et dans quatre ans, le rugby sera encore plus attendu à Tokyo, où les Japonais se sont pris de passion pour ce sport et l'équipe masculine a failli ramener une médaille de bronze. Mais l'Afrique du Sud a veillé au grain. Au revoir Rio, bonjour Tokyo!

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