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Montée de fièvre en France

Publié le par JoSeseSeko

Photo: ALAIN JOCARD, Eric FEFERBERG / AFP

Photo: ALAIN JOCARD, Eric FEFERBERG / AFP

À l'approche du débat d'entre-deux-tours entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, les esprits s'échauffent et tous les coups sont permis. Et l'inconnue reste le niveau de l'abstention, notamment du côté des électeurs de la France insoumise, devenue une cible de choix.

Jusqu'au 7 mai prochain, on ne sera pas tranquille. Cette élection présidentielle française est bien unique en son genre. Le duel final entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen fait planer beaucoup de doute dans l'esprit de nombre de citoyens et l'avantage qu'avait le candidat d'En Marche sur la meneuse du Front national (FN) au premier tour, s'étiole de jour en jour, à tel point que l'idée qu'une victoire de Le Pen n'est pas à exclure.

Marine la pirate...

Si ce scénario de Le Pen à l'Élysée peut paraître crédible, c'est d'abord par les capacités de la candidature. L'avocate de formation est redoutable dans l'art oratoire puis à la manière d'un pirate, elle fait des coups susceptibles de se transformer en razzias pour harceler son adversaire. L'exemple de sa visite surprise dans l'usine Whirlpool à Amiens, mercredi 26 avril, est éclairant dans sa capacité à court-circuiter le plan de Macron, qui était allé voir des syndicalistes de l'usine à la chambre de commerce et de l'industrie d'Amiens, et qu'elle aille voir des ouvriers dans leur lieu de travail. Quand bien même ce fut pour les caméras de télé et faire des égoportraits. Mais surtout, sa prise de guerre qu'est le ralliement de Nicolas Dupont-Aignan, qui a réalisé 4,7% au premier tour de la présidentielle, en lui promettant le poste de Premier ministre en cas de victoire.

Bref, elle se permet tout. Y compris le plagiat. Lors de son meeting à Villepinte (Seine-Saint-Denis), lundi 1er mai, elle reprend à son compte des propos issus de discours de... François Fillon, sans citer le nom du candidat du parti Les républicains lors de cette présidentielle (cf lien n°1). À croire que comme dans le film Les tontons flingueurs: "Les cons ça ose tout. C'est même à ça qu'on les reconnait!"

... Emmanuel le suiveur arrogant

En face, que fait Macron? Il cherche à être dans l'initiative mais demeure au fond un suiveur, comme sa réaction à Amiens, le 26 avril, où il s'était obligé d'aller à l'usine Whirlpool pour discuter de l'avenir de l'usine avec les ouvriers. On serait tenté de lui dire "muscle ton jeu Emmanuel!" comme Aimé Jacquet à l'égard de Robert Pirès en 1998. Mais surtout, que l'ancien banquier puis ministre de l'Économie de François Hollande apprenne l'humilité. Vu comment l'avance qu'il avait à l'issue du premier tour tend à fondre et qu'il a besoin des électeurs d'autres candidats, en particulier ceux de Jean-Luc Mélenchon, il pourrait être inspiré d'infléchir son programme, notamment sur la question d'ordonnances pour réformer (terme novlangue) le code du travail, comme l'invite à le faire le candidat de la France insoumise (cf lien n°2), ce faiseur de roi malgré lui. En réponse, le candidat d'En Marche ne compte pas changer d'un iota son programme parce que 24% des électeurs l'auraient adopté selon lui:

Or, il oublie une chose essentielle. C'est qu'il est le candidat des mass media qui l'ont présenté comme le "vote utile", ce qui prouve que ce concept est complètement futile, et que de tous les candidats du 1er tour, c'est celui qui a l'électorat le moins convaincu par ses idées (cf lien n°3). En bref, son arrogance et celle de ses soutiens (Jacques Attali, Alain Madelin, Axelle Tessandier, etc.) n'ont d'égales que la fragilité de la position de favori de l'ancien ministre, dont on peut penser, a priori, qu'il se ferait manger par Le Pen lors du débat d'entre-deux-tours.

Fabrique de l'abstention

Face à ce spectacle nauséabond, il se pourrait bien que l'abstention en soit alimentée. Du coup, une culpabilisation médiatique des abstentionnistes s'est mise en place car ce serait un comportement anti-démocratique, qui ferait le jeu de Le Pen. Or, il faudrait rappeler que ces mass media sont bien plus anti-démocratiques que les citoyens car ils sont possédés par des affairistes, pouvant ainsi avoir un levier d'influence politique. D'ailleurs, ils soutiennent à fond Macron, dont la ligne (sociale-)libérale est en adéquation avec leur logique capitaliste.

Dans cette a-démocratie qu'est devenue la France, il est plus facile de s'en prendre aux abstentionnistes que d'analyser et ainsi combattre le FN. En réalité, ceux qui adressent des reproches aux électeurs ne voulant pas voter ou voulant seulement voter blanc/nul rendent service au FN, qui n'en demandait pas tant. Si on fait une analyse du FN, sa montée en puissance est liée à la crise économique avec une adoption d'un langage qui tend à plaire au prolétariat blanc, qui se sent victime de la mondialisation et qui se sentirait discriminé par rapport au prolétariat non-blanc. Bref, affirmer par travestissement un nationalisme sournois auprès de la classe dominée, qui oublierait par aliénation l'internationalisme prolétarien défendu historiquement par la gauche mais qui a du mal à retrouver de l'écho, vu les dégâts de la mondialisation néolibérale.

Vivement que la campagne se termine et que ça passe aux législatives!

P.S: Ci-dessous, l'émission Arrêt sur images du vendredi 28 avril, avec Emmanuel Todd, démographe, historien, sociologue et Olivier Tonneau, spécialiste des Lumières à l'université de Cambridge. Ça vaut le coup de la regarder.

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