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Mélenchon, faiseur de roi malgré lui

Publié le par JoSeseSeko

Photo: AFP

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Le silence de Jean-Luc Mélenchon sur l'attitude à mener face au second tour Macron-Le Pen pousse beaucoup de gens à considérer que lui et ses soutiens feraient le jeu de la candidate du Front national. Or, sur le terrain, c'est quelque part le candidat qui a le plus combattu Le Pen de front.

Jean-Luc Mélenchon se retrouve dans la peau du faiseur de roi malgré lui. Comme en 2012, alors sous l'étiquette Front de gauche et avec 11,1% des voix, Mélenchon avait très vite appelé "à battre Sarkozy". Cinq ans plus tard, réalisant 19,58% des voix, le candidat de la France insoumise est encore plus influant dans le paysage politique français, où aura lieu le duel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, qui sera réglé le dimanche 7 mai prochain.

Faire le jeu du FN?

Une attitude pleine de distance qui déconcerte les analystes, les observateurs, les éditorialistes, estimant ainsi que Mélenchon et les sympathisants de la FI font le jeu du FN par leur absence de positionnement pour Macron. Et ce d'autant plus qu'en 2002, quand Jean-Marie Le Pen était au second tour, le Mélenchon d'alors, sénateur socialiste, exhortait à "faire baisser le plus possible le vote FN" et donc à voter Jacques Chirac. Du coup, cette contradiction réelle sur 15 ans pousse les observateurs à critiquer ce silence assourdissant de Mélenchon, dans la lignée de leurs attaques dans les derniers jours de sa campagne, afin de briser sa dynamique au fond, qui les inquiétait fortement. Et pourtant, dans une conférence de presse, mercredi 26 avril, les trois principaux portes-parole de la FI que sont Manuel Bompard, Alexis Corbière et Charlotte Girard, ont rappelé que la décision viendra seulement des soutiens de la FI à travers une consultation sur la plateforme du candidat du mouvement jusqu'au 2 mai, où figurent comme options "voter pour Macron"; "voter blanc/nul"; "s'abstenir". Autrement dit, un choix venant de la base. Ce qui est bien plus démocratique que la seule déclaration du candidat éliminé sans qu'il y ait des contreparties (cf lien n°1).

Du coup, question bête et méchante: qui fait le jeu du FN? Mélenchon qui attend de voir ce que va donner la consultation de la France insoumise? Ou les éditorialistes (voire éditocrates aux yeux de certains militants de gauche radicale) qui ont fait développer Macron et banaliser Le Pen, de telle manière à ce que les deux s'alimentent mutuellement? Ce serait un bon sujet de philo pour le bac 2017, d'ailleurs. xD!

Déstabilisation partielle

Il n'empêche que Mélenchon a fait une déstabilisation partielle de l'ordre établi par nombre de mass media durant cette campagne présidentielle, forçant ces derniers à s'attaquer au cofondateur du Parti de gauche, comme le rappelle l'humoriste Pierre-Emmanuel Barré dans une chronique sur France Inter avant le premier tour. Une de ses dernières d'ailleurs puisqu'il s'est barré, s'estimant être "censuré" par la radio publique ces derniers jours sur une chronique défendant les abstentionnistes.

On peut parler de déstabilisation partielle car les "experts" clamaient à corps et à cris que le FN serait premier chez les jeunes et majoritaire chez les ouvriers et les employés, formant ainsi le prolétariat. Or, selon une étude de l'IFOP, Marine Le Pen a attiré seulement 21% des 18-24 ans ayant voté, contre 29% pour Mélenchon; la candidate d'extrême-droite reste celle qui a le plus convaincu les employés et les ouvriers qui ont mis un bulletin dans l'urne (30% et 39%), mais le candidat de gauche radicale a attiré des électeurs issus de ces groupes sociaux (24% et 25%). Ce qui récompense la stratégie digitale faite par Mélenchon et son équipe, avec pour symbole sa chaîne Youtube qui contourne les mass media, avec succès! Et ça devrait faire réfléchir certains donneurs de leçons de lutte contre le parti d'extrême-droite, comme certains soutiens de Mélenchon le suggèrent (cf lien n°2).

Culpabilisation dangereuse

Ce vote pour Mélenchon, explicable également à travers une aspiration d'électeurs socialistes déçus du PS et du quinquennat de François Hollande, qui ne voulaient tout de même pas s'abstenir lors du premier tour et qui pouvaient se sentir en phase avec l'ancien membre du PS durant plus de 30 ans. Mais comme d'autres électeurs de Mélenchon, ils ne sont pas du tout emballés à l'idée de voter Macron, prêts à voter blanc ou à s'abstenir, en dépit de la présence de Le Pen fille au second tour. En réaction, les faiseurs d'opinion cherchent à faire culpabiliser ces probables abstentionnistes et sur les réseaux sociaux, les discussions sur le second tour virent au pugilat dès qu'un citoyen ose faire une critique de Macron aussi importante qu'envers Le Pen, indiquant son envie de voter blanc ou de s'abstenir. "À ces mots, on cria haro sur le baudet" écrivait Jean de La Fontaine dans la fable Les animaux malades de la peste. Ça résume bien la situation.

Mais cette culpabilisation venant de la classe dominante est dangereuse pour la démocratie. Elle montre, pour qui en doute encore, que le vote est un "cens caché", où les personnes les plus intéressées par le système d'élection dans une démocratie représentative font partie de la bourgeoisie - gros mot utilisé ici! - ou de la partie de la classe moyenne proche de cette dite bourgeoisie. Or, si ces esprits-là continuent de se dire "il ne faut jamais prendre les gens pour des cons mais il ne faut pas oublier qu'ils le sont", c'est qu'ils jouent avec un feu qu'ils ne maîtrisent pas et qui pourrait les brûler. Toujours est-il que dans le cas des électeurs de la France insoumise ayant le souvenir du second tour de 2002, avec Chirac à plus de 80% des voix, il ne serait pas question d'offrir à Macron un score semblable (cf lien n°3). Puis il faut se dire - chers lecteurs -, que quelque soit la personne qui gagne le second tour, sa légitimité en prendra un coup si l'abstention est au-delà de 30%. Un (triste) record pour une présidentielle, d'ailleurs!

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