L'internationalisme prolétarien est-il à écarter définitivement?

Publié le par JoSeseSeko

L'internationalisme prolétarien est-il à écarter définitivement?

Comme on nous fait croire depuis longtemps que la lutte des classes n'existe plus alors qu'elle se déroule sous nos yeux ébahis, et à l'heure de la mondialisation en crise, la question de l'internationalisme ne peut que revenir sur le devant de la scène.

"Prolétaires de tous les pays, unissez-vous!" Tels sont les vœux finaux de Karl Marx et Friedrich Engels en 1848, dans le Manifeste du parti communiste. Un texte relativement court mais ô combien important, à tel point qu'il est, après la Bible (l'opium du peuple reste dominant dans le monde), l'un des livres les plus sur la planète. Cet internationalisme revendiqué implique que les prolétaires, de n'importe quel pays, couleur, doivent s'unir pour améliorer leur sort partout. Or, durant le XXe siècle, l'internationalisme fut utilisé par l'ex-URSS pour masquer le nationalisme russe, tout comme il a été écorné par les deux guerres mondiales, où les partis socialistes ont voté les crédits de guerre. Et par ailleurs, la colonisation de l'Afrique puis le néo-colonialisme (suite aux "indépendances") ont fait en sorte que les prolétaires européens et africains divergent dans leurs conditions humaines. D'un côté, les prolos européens, américains, qui ont vu leur niveau de vie s'améliorer rapidement au niveau absolu (pas forcément au niveau relatif), avec l'État-providence, mais cela tend à être remis en cause avec la crise. De l'autre côté, les travailleurs africains se sont paupérisés de manière absolue, tandis que les capitalistes africains convergent vers un niveau de vie semblable à leurs homologues européens.

Du coup, quelle stratégie doit-elle être appliquée pour que les prolétaires africains améliorent leur condition économique et sociale, et ainsi converger vers leurs "camarades" européens et américains? Pour le mouvement Uhuru (Uhuru signifie liberté en swahili), dont l'une des composantes est le Parti socialiste du peuple africain (African people's socialist party) d'Omali Yeshitela, auquel j'ai assisté à une de ses conférences il y a quelques semaines, c'est l'internationalisme africain qui doit servir. Késaco? C'est l'unité d'action des prolétaires africains ou afro-descendants, de n'importe où, pour une dynamique révolutionnaire et unitaire en Afrique, avec pour objectif de rassembler le continent africain en une nation africaine, au service du peuple. D'ailleurs, certaines références du mouvement font appel à cette thématique internationaliste, ou du moins "panafricaine", comme Kwane Nkrumah, meneur indépendantiste ghanéen; Patrice Lumumba, héros de l'indépendance congolaise; Thomas Sankara, président éphémère (hélas) du Burkina Faso. Néanmoins, ce qui peut me gêner, c'est que le nationalisme guette, avec le thème du retour en Afrique, qu'il faudrait plus ou moins forcer, prôné au XXe siècle par l'intellectuel Marcus Garvey, qui défendait l'idée de "l'Afrique aux africains", aux antipodes d'un W.E.B Du Bois intégrationniste, considéré comme petit-bourgeois et pourtant plus tourné vers le socialisme. Même si je suis sensible aux propos de Garvey, d'autant qu'il a mis des moyens pratiques à disposition, j'estime qu'il a eu tort de penser de manière nationaliste car cela sert finalement les intérêts de la partie négrophobe de la classe dominante (Ku Kux Klan par exemple), qui n'attend que ça, surtout si ces afro-descendants partent quasiment les mains vides, sans piller les propriétés de ces oppresseurs. Finalement, la formule de Jean-Jacques Rousseau: "les fruits sont à tous et la terre n'est à personne", est bien plus intéressante à chercher à mettre en pratique, pour celles et ceux qui s'inspirent du socialisme, du marxisme, du communisme, de l'anarchisme.

Mais ce qui pose le plus problème, c'est la politique d'alliance. Se fera-t-elle ou pas? Tout porte à croire que les mouvements révolutionnaires africains, européens, américains, s'ignorent et comptent s'ignorer ainsi, préférant lutter chacun de leur côté. Ce qui est louable, dans un premier temps. Mais à terme, si chacun veut réussir sur son coin de prédilection, il sera plus efficace de s'allier pour combattre l'ennemi commun car il y aura de la synergie dans la lutte. Néanmoins, depuis que la pensée socialiste, communiste, anarchiste est devenue une force alternative, cette démarche n'a guère existé, les différents courants préférant s'entre-dévorer, facilitant le travail pour la classe bourgeoise, réactionnaire, qui elle, est mondialisée et unie, avec l'apport de la religion, cet éternel opium du peuple, face à cette "cariatide" (Hugo) dispersée.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article