COP21: un accord au bout du compte

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Francois Mori/Associated Press

Photo: Francois Mori/Associated Press

Les ovations générales suite à l'accord trouvé sur le climat à la fin de la réunion internationale qui s'est déroulée au Bourget donnent envie de croire à une marche en avant pour limiter le réchauffement de la Terre. Néanmoins, le contenu semble être peu substantiel et pas du tout contraignant pour les signataires.

Les participants à la COP21 tenaient de faire bonne figure, ils l'ont fait. Au-delà de certaines espérances, en particulier chez des écologistes, un accord sur le climat a été trouvé, samedi 12 décembre, à la conclusion de la conférence internationale sur le climat au Bourget. L'échec du sommet de Copenhague en 2009 est désormais effacé des mémoires! 195 pays ont ratifié un accord permettant de limiter la hausse de la température moyenne du globe à 1,5°C d'ici la fin du XXIe siècle.

Victoire de la diplomatie française

Si cet accord a pu être possible, le plus grand des mérites en revient à... la diplomatie française. Étant l'organisateur de cette 21ème Conférence internationale sur le climat, la France tenait à ce qu'un accord soit réalisé chez elle. Un moment de gloire pour le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, et pour tous les fonctionnaires du Quai d'Orsay (diplomates, ambassadeurs, négociateurs, etc.). Et bon nombre de participants, Français comme étrangers, saluent cet effort et complimentent l'action conciliatrice du ministre, de la recherche de compromis permettant d'aboutir à ce qu'il faut désormais appeler "l'accord de Paris" (cf lien n°1).

Au moins, cet événement à l'actif du Quai d'Orsay pourra faire oublier un moment d'autres aspects de politique extérieure qui sont plus discutables pour certains, en particulier l'atlantisme forcené depuis 2007 et le rapprochement avec l'Arabie Saoudite ou le Qatar, dont le rôle dans la crise syrienne reste très opaque.

Financement vague

Pour avoir lu le texte, que vous pouvez lire ainsi chers lecteurs, il y a de quoi se demander où sont les objectifs chiffrés. En-dehors de l'objectif de limitation de la hausse de la température terrestre entre +1,5°C et +2°C, il y a la quantité d'émissions de gaz à effet de serre (GES) correspondant à l'objectif en question (40 gigatonnes ou 55 gigatonnes), il y a la question financière. En particulier pour les pays développés. L'accord, dans son paragraphe 54, prévoit que les pays développés fournissent une aide financière "plancher de 100 milliards de dollars par an,en tenant compte des besoins et des priorités des pays en développement"; et ce avant 2025. Mais plus loin dans le texte (paragraphe 115), cet objectif de 100 milliards de dollars annuels d'aides financières est demandé d'être atteint "d'ici à 2020". Donc, le plus tôt sera le mieux.

Or, qui va payer? Comment la contribution va-t-elle s'organiser? En fonction du PIB de chaque pays développé? De ses émissions de GES? L'accord n'en pipe mot. Et on imagine mal les États-Unis financer à eux seuls les 100 milliards de dollars, de même que les pays de l'Union européenne seuls. Il faudra bien qu'ils règlent la question entre eux, pour être en mesure de répartir au mieux cet effort financier. En parallèle, l'accord de Paris stipule que des transferts de technologie, moins énergivores, cela va de soi, doit s'opérer entre pays développés et pays en développement. Enfin, ces derniers doivent établir des plans de reboisement de leurs paysages, dans la mesure où ils sont menacés par la déforestation.

Où sont les contraintes?

Ce qui est assez bizarre dans cet accord, c'est l'absence manifeste de contraintes envers les signataires. Il s'agit juste d'engagements pour chaque pays, renouvelable tous les cinq ans environ, mais à partir de 2023, certains peuvent ne plus respect l'accord accepté. En vérité, le compromis trouvé résonne lourdement comme une compromission, tellement il ne fallait froisser personne. Que ce soit les États-Unis, la Chine ou la Russie d'un côté, consommateurs à l'excès des énergies fossiles; et de l'autre, les pays pétroliers (Arabie Saoudite, Venezuela, etc.), en leur laissant toute latitude dans la production d'or noir.

Ensuite,le texte mentionne les énergies renouvelables (éolien, solaire, biomasse, etc.) sans pourtant indiquer des objectifs de production dans les années à venir, ainsi que leur répartition, en particulier dans les pays développés. Les institutions de chaque pays auront à le déterminer. Enfin, il n'est pas prévu d'organisme international, peut-être sous l'égide de l'Organisation des nations unies, qui pourrait surveiller scrupuleusement le respect ou non de l'accord de Paris par les pays signataires, et par conséquent, aucune sanction à préparer.

Finalement, l'initiative viendra davantage des citoyens que des gouvernants pour changer le rapport entre l'homme et la nature, en respect des objectifs de l'accord de Paris.

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