Un équilibre précaire de la triade

Publié le par JoSeseSeko

Photo: M. Cros / 20 Minutes

Photo: M. Cros / 20 Minutes

Alors que durant longtemps, la vague bleue semblait promise, la machine s'est enrayée au point de confirmer l'affirmation d'une triade politique en France, avec le Front national comme nouveau venu. Bien qu'il n'ait aucune région, il progresse, avec un nombre record de voix et de conseillers régionaux. Mais le bal des hypocrites continuera jusqu'en 2017.

Le second tour des régionales est passé, dimanche 13 décembre, et c'est un sacré match nul au bout du compte! Si on se contente des résultats dans les seules régions hexagonales, comme le font beaucoup de journalistes, c'est sûr que la droite l'emporte. Mais en rajoutant les résultats de l'outre-mer, c'est 8 régions partout entre droite et gauche. C'est un peu le camouflet pour Nicolas Sarkozy. En tout cas, ces élections sont riches d'enseignements qui permettent d'anticiper les élections présidentielles et législatives de 2017, pour le meilleur et pour le pire!

Un FN renforcé

Depuis 2012, le Front national (FN) ne cesse de savoir mobiliser au mieux ses électeurs. Après un premier tour où il s'affichait en tête dans plusieurs régions (Nord-Pas-de-Calais-Picardie; Alsace-Lorraine-Champagne-Ardennes; Provence-Alpes Côte d'Azur; Bourgogne-Franche-Comté; Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées), il n'a finalement pas réussi à rester en tête dans aucune des régions citées à l'issue du second tour. En particulier dans le Nord et en Provence, où les têtes de liste respectives (Marine Le Pen et Marion Maréchal-Le Pen) ont vu la droite gagner, grâce à l'apport des voix de la gauche, vu que les candidats socialistes ont stoppé leur campagne après le premier tour. Un scénario semblable à celui des départementales en mars dernier.

Malgré ça, la progression de ce parti passéiste reste importante puisqu'il aura désormais plusieurs centaines de conseillers régionaux (358) et qu'il pourra encore jouer son discours de victime vu son échec à ne pas pouvoir gouverner une région, à cause de "l'UMPS", comme le disait souvent Marine Le Pen. Plus important, alors que l'abstention a été plus faible au second tour qu'au premier (41% contre 50%), le FN enregistre un record de voix. Plus de 6,8 millions de voix à travers le pays.

La droite mi-figue, mi-raisin

Autant, c'était attendu à ce que la droite gagne plusieurs régions, et soit même majoritaire dans les nouvelles régions, autant la manière n'y est pas. Pour le parti Les Républicains (ex-Union pour un mouvement populaire), cette victoire n'en est pas tellement une, malgré le fait qu'ils aient plus de conseillers que l'ensemble de la gauche, et que la région Île-de-France soit désormais dans l'escarcelle de la droite, avec Valérie Pécresse comme tête de liste, malgré une fin de campagne houleuse face à son adversaire socialiste, Claude Bartolone. Vu le score du FN, c'est la soupe à la grimace envers la stratégie d'extrême-droitisation menée par l'ancien président de la République, Nicolas Sarkozy. Il faut dire que certains candidats vainqueurs n'ont pas tenu, ces derniers jours, à ce que leur chef vienne les soutenir dans leurs meetings respectifs. Les couteaux vont être vite aiguisés en vue de la primaire à droite avant l'élection présidentielle de 2017.

Finalement, la droite, rassemblée avec le centre-droit par ailleurs, gagne sept régions en métropole, une en outre-mer. Insuffisant. Puis, les victoires de Xavier Bertrand et Christian Estrosi dans le Nord et en PACA ne sont dues qu'à l'apport des voix de gauche qui se sont désistées après le premier tour. Sinon, ce serait le FN qui aurait gagné! Au moins, ces deux-là en furent conscients et ne manquent pas de reconnaissance envers les électeurs socialistes, communistes, écologistes qui les ont soutenu. Ce que Sarkozy n'a pas daigné de faire dans son discours, peu après l'annonce des premiers résultats. En tout cas, deux régions avec seulement des conseillers régionaux de droite et d'extrême-droite, ça fait rêver, non?!

Compromission vs résistance à gauche

La grande surprise des observateurs, c'est de voir que la gauche, en particulier le Parti socialiste (PS), arrive à s'en tirer car en comptant les régions outre-mer, c'est jeu égal avec la droite alors que ça prévoyait une branlée à la hauteur des municipales, des européennes et des départementales. Mais à quel prix! Les thermidoriens Manuel Valls et Jean-Christophe Cambadélis ont tout simplement lâché le Nord et la Provence, deux régions historiquement importantes pour le PS, pour "faire barrage au FN". Quelle hypocrisie! En tout cas, ça fera mal dans les caisses des fédérations socialistes du Nord et des Bouches-du-Rhône, qui sont parmi les plus puissantes au sein du PS. Mais Valls et Cambadélis étaient fou furieux de voir que Jean-Pierre Masseret, candidat PS dans l'Est, ne désistait pas, l'honneur lui indiquant de livrer bataille coûte que coûte, dans cette "campagne pas comme les autres". Le PS sauve sa tête dans le Sud-ouest (Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes; Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées), ainsi qu'en Bretagne (son meilleur score sur ces élections avec Jean-Yves Le Drian en tête de liste). Mais il perd l'Île-de-France, où la guerre des mots entre Pécresse et Bartolone a été perdue par ce dernier.

Néanmoins, pour se maintenir à flot, le PS a du fournir des compromis avec Europe écologie-les Verts (EELV) et le Front de gauche (FG). Ces derniers sont en réalité les grands perdants de ces élections régionales. Malgré des replacement au sein de listes "d'union de la gauche", ce sont les dindons de la farce. Certes, il n'ont pas été aidés par la nationalisation des régionales, les attaques du 13 novembre sur Paris et Saint-Denis, la mise en place de l'État d'urgence par un gouvernement dit "socialiste", mais cela ne doit pas être des excuses. Chez EELV, il y a eu des scissions car l'aile droite voulait se cramponner derrière le PS et l'aile gauche optait pour l'autonomie ou l'alliance avec le FG. Quant au FG, il partait en ordre dispersé. Soit en entier avec EELV (LRMP et PACA), soit en entier tout seul (IDF; Aquitaine; Bretagne), ou encore coupé en deux, avec/sans EELV (Rhône-Alpes-Auvergne; NPDCP; Centre-Val de Loire). Bref, un bordel sans nom! Du coup, le désarroi d'un Jean-Luc Mélenchon pousse à la compassion. Mais pour certains, retourner dans la roue du PS, qui a provoqué cette situation, en irrite plus d'un du côté de la gauche radicale. Alors, ça écrit des tribunes et ça réplique aussitôt. Misère!

Exception culturelle du cumul

Pour terminer sur une note peut-être polémique mais basée sur des faits, c'est que les futurs élus, notamment les futurs présidents de région mettront encore une fois à l'honneur l'exception culturelle française du cumul des mandats. Pécresse, gagnante en Île-de-France, est actuellement députée. Bertrand (NPDCP), député-maire de Saint-Quentin (Aisne). Didier Robert (Réunion), sénateur. Estrosi (PACA), député-maire de Nice. Mais à gauche, c'est pas mal non plus. Carole Delga (LRMP), députée. Alain Rousset (ALPC), député. Rodolphe Alexandre (Guyane), maire. Et bien sûr Le Drian (Bretagne), actuel ministre de la Défense. Mais d'autres exemples de futurs conseillers régionaux cumulards vont être là: Marine Le Pen (NPDCP), eurodéputée. Marion Maréchal-Le Pen (PACA), députée. Florian Philippot (Est), eurodéputé. Louis Aliot (LRMP), eurodéputé. Sophie Cukierman et André Chassaigne (Rhône-Alpes-Auvergne), députés.

Ce sont des exemples parmi d'autres mais ça illustre combien le cumul des mandats (et des revenus qui vont avec) est une tradition française qui n'a pas d'équivalent dans les autres pays occidentaux. Et c'est symptomatique d'uns sclérose de la classe politique qui tient à son entre-soi, se disant "pourvu que ça dure". Pas étonnant que l'abstention reste quand même forte!

Publié dans Politique, Europe, France, Élections, FN, LR, PS, EELV, FDG

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article