Fin d'un premier cycle pour le PSG bourgeois

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Twitter

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L'élimination du Paris-Saint-Germain en 1/4 de finale de Ligue des champions face à Manchester City semble résonner comme la fin d'un cycle pour le club de la capitale. Mais cela peut traduire combien le championnat de France et le club parisien ne se tirent pas mutuellement vers le haut.

"Quel fiasco!" titre le journal l'Équipe, dans son édition du mercredi 13 avril 2016, au lendemain de la défaite du Paris-Saint-Germain (PSG) en 1/4 de finale retour de Ligue des Champions, face au club anglais de Manchester City (1-0). Pour la quatrième année de suite, le PSG se montre incapable de passer ce cap, tandis que son monopole sur le championnat de France dure depuis quatre ans justement. Lien de cause à effet? Peut-être pas.

Fin de cycle

Cette élimination est d'autant plus amère pour les parisiens qu'il s'agissait quasiment de la dernière chance pour certains joueurs d'accrocher - enfin - "la coupe aux grandes oreilles" et pour le club de la capitale de succéder à l'Olympique de Marseille (OM), unique club français vainqueur de la Ligue des champions, un 26 mai 1993. Un joueur plus que d'autres voulait y arriver, Zlatan Ibrahimovic. L'attaquant suédois, star de l'équipe, claque volontiers des buts en championnat - 30 à l'heure actuelle, et sauf miracle, il ne dépassera pas le record de 44 buts établi par Josip Skoblar de l'OM -, ou en phase de poules de la Ligue des Champions, mais incapable de se montrer totalement décisif dans des matchs à élimination directe. Ce qui permet au journaliste sportif Daniel Riolo d'énoncer une formule bien sarcastique:

  • "C'est le mec qui se pavane en soirée, le beau-gosse et tout; sauf que quand il se retrouve avec la nana, on s'aperçoit qu'il est impuissant!"

Puis, s'il faut rajouter un couche envers l'ego de l'attaquant suédois, lui qui déclarait que "le PSG avant [lui] n'existait pas", était quand même arrivé en 1/2 finale de Ligue des Champions en 1994-1995, autour de l'attaquant libérien George Weah notamment.

L'élimination est aussi un aveu d'échec pour le Qatar, actionnaire à 100% du PSG. Et ce, face à un club détenu par un fonds de l'émirat d'Abu Dhabi. C'est encore plus rageant! Pas mal de changements vont être à prévoir, avec des têtes à faire tomber. L'entraîneur Laurent Blanc, dont le contrat a pourtant été prolongé après le 1/8e de finale contre Chelsea, est sur la sellette. De nombreux supporters-consommateurs (bourgeois ou footix) exigent depuis un moment son départ du club, estimant qu'il est incapable de faire passer un palier supplémentaire. Un peu comme Carlo Ancelotti, son prédécesseur, pourtant bien prestigieux. Mais son cas est peut-être davantage lié à la méfiance du monde du foot français envers des coachs étrangers qui étalent leur science face à une pauvreté dans la France du foot. Marcelo Bielsa, avec l'OM, en fit également les frais en son temps!

Un PSG bourgeois monopoliste

Le PSG prend la Ligue 1 dans sa coupole depuis quatre ans, sans être en mesure de confirmer au niveau européen. Mais le problème du PSG aujourd'hui est un élément parmi d'autres de ce qui ne tourne pas rond dans le foot français. Dans le cadre strictement parisien, un problème d'identité se pose, au sein et en-dehors du club. Au sein du club car malgré les victoires en groupe, c'est l'esprit individualiste, conforme à la pensée économique "mainstream" qui le promeut depuis des décennies, qui prédomine. L'exemple du défenseur latéral ivoirien Serge Aurier, avec son "dérapage" sur le réseau social Periscope - qui lui doit une grande reconnaissance médiatique -, est assez cinglant de ce qu'est le football depuis l'application de l'arrêt Bosman, il y a 20 ans. En-dehors, les supporters historiques, prolétaires, sont peu à peu expulsés par le club, au profit de supporters-consommateurs (ou footix) au profil social plus aisé, permettant au PSG de dégager davantage de recettes, quitte à perdre une certaine identité. En vérité, ce qui se passe à Paris est la version française d'une tendance longue en Europe. À savoir que le football, jeu collectif et prolétaire de naissance, est devenu un enjeu individuel et bourgeois.

La dictature du PSG est d'une ampleur sans précédent! D'aucuns diront que Saint-Étienne dans les années 70, l'OM dans les années 90 ou l'Olympique lyonnais (OL) dans les années 2000 dominaient également le championnat de France. Pourtant c'était loin de fracturer la Ligue 1 à l'époque car soit c'était dans un contexte pré-arrêt Bosman (ASSE, OM) où le nombre de joueurs étrangers fut limité, dans un contexte post-arrêt Bosman (OL) où la formation devenait une arme de choix, le tout avec une concurrence bien plus forte et stimulante sur tous les tableaux, y compris européens - Monaco allant en finale de la Ligue des Champions en 2004, année où l'OM alla en finale de l'actuelle Ligue Europa (ex-Coupe de l'UEFA) -.

Déconnexion PSG-Ligue 1

L'embourgeoisement du club parisien est un anachronisme dans une Ligue 1 où l'austérité est la règle d'or! Une règle qui, sous objectif d'équilibrer les comptes des clubs, rend ces derniers encore plus fragiles, avec des déficits davantage creusés d'année en année. Une blague carambar de la pensée mainstream, une fois encore! L'OM en fournit un exemple cinglant. Et du coup, les instances du foot français se plaignent du manque de résultats des clubs au niveau européen, notamment la Ligue de football professionnel dirigée depuis 2002 par Frédéric Thiriez - ce dernier quittant son poste courant 2016. Bon débarras! -, qui s'inquiète de l'indice UEFA de la France.

En effet, vu les résultats des clubs, la France garde tout de même la 6e place de l'indice UEFA, menacée un temps par la Russie. Si la Russie passait devant, il y aurait un club de moins qualifié pour la Ligue des Champions à partir de la saison 2017-2018, soit 15 millions d'euros minimum en moins! L'alerte fut chaude mais les clubs doivent revoir leur approche professionnelle de ce secteur économique. Seulement cette question de l'indice UEFA n'est devenue médiatique que depuis la prise de pouvoir du PSG par les Qataris. Quand il s'agissait de la domination de l'OL en Ligue 1 dans les années 2000, ça n'en avait cure!

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