Le XV de France creuse encore plus sa tombe

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Twitter

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Avec aucune victoire lors de la tournée d'automne, le XV de France s'enfonce dans une crise existentielle, tant les lacunes semblent abyssales, de toutes parts et que ça redouble même d'ingéniosité dans le pire. De quoi se demander s'il faut sacrifier la Coupe du monde 2019 ou plutôt le mandat de Guy Novès à la tête de la sélection nationale.

Les années se suivent et se ressemblent pour le XV de France. C'est-à-dire, un enfoncement dans les abysses du rugby international. Et la tournée d'automne 2017 en est la preuve la plus flagrante. Deux défaites en trois matchs officiels (le match France-Nouvelle-Zélande du 14 novembre, à Lyon, ne compte pas pour World Rugby, la grande instance du rugby international), et un match nul contre le Japon, organisateur de la prochaine Coupe du monde de rugby, samedi 25 novembre (23-23). Et encore, ce match nul est heureux car les Brave Blossoms, surnom de l'équipe de rugby du Japon, ont raté deux transformations et ont montré une énergie de chaque instant, relançant volontiers à la main, efficaces dans les contacts au sol, face à des bleus lents, apathiques, qui manquent de cohésion dans le jeu, notamment sur la capacité à offrir du soutien au porteur de balle.

Humiliation

Ce match nul aurait dû, en vérité, être une défaite. Les Japonais se baladaient sur le terrain. Et les Français semblaient tétanisés et le public, qui tend de plus en plus à déserter les matchs des Bleus, siffle désormais contre son équipe car le sentiment d'humiliation est atteint. Mais cette dite humiliation était déjà là dès le premier match de cette tournée, contre la Nouvelle-Zélande, le 11 novembre dernier. Si la défaite a été moins légère (18-38), c'est que les All Blacks ont baissé d'intensité en seconde période, infligeant en 40 minutes un 31-5, laissant imaginer un scénario semblable au quart de finale de la Coupe du monde 2015, où la France fut balayée dans les grandes largeurs (13-62).

La défaite contre l'Afrique du Sud (17-18) a enfoncé le clou car les Springboks étaient prenables. Comme les Bleus, les Sud-africains sont aussi une grande nation du rugby mondial qui s'enfonce dans le doute. Il y aurait de quoi prendre en pitié ces deux pays, qui bafouillent leur rugby. Sauf que les Bleus semblent bien plus malades que les Springboks, qui avaient laissé des points au pied en chemin. Et ça prouve, quelque part, que le Japon, qui avait fait sensation en battant l'Afrique du Sud lors des phases de poule de la Coupe du monde 2015, progresse dans le rugby mondial et apporte une certaine fraicheur qui fait, pour le coup, plaisir à voir.

Un éternel chantier

Le fait est que, pour la première fois depuis 1997, le XV de France ne gagne aucun match lors d'une tournée automnale. Et c'est un signe d'un chantier très vaste à faire sur la vitrine du rugby français, tant le désamour s'accroit avec les supporters. Cette tournée illustre plusieurs tares du rugby français. Une litanie de fautes de main traduisant un manque de justesse technique ballon en main impardonnable à ce niveau. Une lenteur rendant incapable de suivre le porteur de balle, de lui donner des solutions ou de venir au soutien s'il se fait plaquer. De même que cette lenteur à la course rend les libérations de balle plus lentes, si l'équipe adverse n'eut pas profité pour récupérer le ballon dans les phases de ruck. Un problème d'alternance entre le jeu à la main et le jeu au pied. Un manque d'agressivité à l'impact pour faire reculer les joueurs adverses. Ou encore une indiscipline bête, qui coupe un semblant de dynamique favorable (carton jaune de Baptiste Serin contre l'Afrique du Sud; carton jaune de Gabriel Lacroix contre le Japon).

J'en oublie peut-être, mais tout ça est symptomatique d'un problème structurel dans le rugby français, à savoir le travail des centres de formation sur le jeu de passe, la technique ballon en main. Et pourtant, suite à l'humiliation en 2015, la Fédération française de rugby (FFR) et la Ligue nationale de rugby (LNR) ont progressivement appliqué des conventions, reposant notamment sur une préparation physique spécifique pour une liste de 30 à 45 joueurs susceptibles de porter le maillot bleu. Mais, pour être loyal, il faut dire que plusieurs joueurs étaient blessés au moment de cette tournée et quelque part, ça contrecarre fortement l'adage habituel "les absents ont toujours tort". Mais parmi ceux qui ont vécu cette tournée d'automne, qui s'en est tiré? Peut-être le deuxième-ligne Sébastien Vahaamahina, le trois-quarts aile Teddy Thomas, le demi de mêlée Antoine Dupont, ou encore les troisièmes-ligne Sekou Macalou et Judicaël Cancoriet. Bref, pas grand monde.

Novès menacé?

Dans de telles circonstances et dans d'autres sports, l'entraîneur, le sélectionneur, se serait fait virer. Là, il y a, quelque part, une règle tacite qui fait que le sélectionneur reste durant quatre ans en poste. Mais il a pu arriver que peu avant une Coupe du monde, un sélectionneur parte. Jacques Fouroux, qui entraînait les Bleus depuis 1982, apportant un Grand Chelem en 1987 et allant en finale de la première Coupe du monde de l'histoire la même année, a démissionné en 1990. Est-ce que Guy Novès, sélectionneur depuis 2015, et dont le palmarès à la tête du Stade Toulousain impose le respect, compterait quitter son poste ou serait-il contraint de le faire dans les prochaines semaines?

C'est la question qui se pose. D'autant plus que Bernard Laporte, président de la FFR depuis près d'un an, a connu des relations tendues (euphémisme) avec Novès par le passé. En tout cas, dans la presse sportive, c'est mentionné mais les deux protagonistes démentent toute mauvaise relation et affirment travailler dans un respect réciproque. Mais vu le manque de résultats de Novès (Tournoi des 6 nations à la troisième place), et le renforcement de Laporte à travers l'obtention de l'organisation de la Coupe du monde 2023 en France, aux dépens de... l'Afrique du Sud, le rapport de force n'est pas vraiment équilibré pour Novès, en dépit de l'affaire concernant Laporte et l'homme d'affaires Mohed Altrad, par ailleurs président du club de Montpellier.

Décennie perdue

Il y a quelques jours, dans le journal l'Équipe, il était question de savoir s'il fallait sacrifier la Coupe du monde 2019 pour mieux préparer celle de 2023, qui aura lieu à domicile. Si ça a fait réagir des anciens joueurs dans les colonnes du quotidien sportif, c'est signe que le malaise est profond par rapport au XV de France. Un fait est à souligner. Depuis 2010, année de son 9e et dernier Grand Chelem d'ailleurs (à ce jour), la France n'a plus gagné le Tournoi des Six nations. Faut-il, quelque part, parler de décennie perdue au sujet des années 2010? Je pense que oui, car le XV de France est en réalité au second plan et les clubs français sont devenus prioritaires. En vérité, et on peut l'observer depuis plusieurs années, le rugby français suit le chemin du football anglais. Des clubs puissants économiquement, pouvant truster les trophées européens, attirant les meilleurs joueurs du monde, et condamnant à des miettes de temps de jeu, voire à cirer le banc, les jeunes espoirs du rugby français qui souhaiteraient s'aguerrir sur le terrain. Et par voie de conséquence, le XV de France en pâtit, avec une trajectoire déclinante à vue d'œil.

Bref, si la LNR, les clubs et la FFR tiennent à faire relever un XV de France malade, il va falloir une remise en question encore plus profonde.

Publié dans Sport, Rugby, France, Novès, Laporte

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