Les Ultras, cible de choix pour la LFP

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Twitter

Photo: Twitter

Sur fond de présence accrue de fumigènes, l'instance du football professionnel et les pouvoirs publics répriment les supporters ou incitent les clubs à sanctionner leurs supporters par anticipation. Une politique qui fragilise l'économie des clubs et qui pointe le mépris de classe des instances dirigeantes.

Ces dernières semaines, les sanctions à l'égard des groupes de supporters, et tout particulièrement des mouvements Ultras vont bon train. Un des derniers exemples en date concerne les Ultramarines, un groupe de supporters des Girondins de Bordeaux. Interdit de déplacement, le groupe a pu tout de même s'installer dans les tribunes du stade de la Meinau, pour le match Strasbourg-Bordeaux, samedi 3 février, avec l'aide de certains ultras strasbourgeois qui leur ont fourni des billets. Mais les CRS intervinrent car ils estimaient qu'il y aurait des violences avec d'autres ultras strasbourgeois. Du coup, les Ultramarines arrêtés risquent d'encourir six mois de prison, 30.000 euros d'amende et une interdiction de stade pour avoir enfreint un arrêté préfectoral selon le journal l'Équipe, ce jeudi 8 février. En tout cas, ces supporters ne comptent pas se laisser faire.

Liberté pour les Ultras

Face à cette politique pour le moins répressive, d'autres groupes ultras ont tenu à apporter leur soutien à leurs homologues bordelais. Mardi 6 février, le Commando Ultra 84 (CU84), groupe de supporters de l'Olympique de Marseille, le plus ancien groupe ultra de France, a déployé une banderole de soutien lors du match de Coupe de France à Bourg-en-Bresse, avec un mot d'ordre qui résonne de plus en plus: "Liberté pour les ultras".

Cette liberté est également menacée pour les ultras olympiens. Jeudi 1er février, au soir, les ultras olympiens, et tout particulièrement le CU84, les Yankee Nord ou les Fanatics eurent la désagréable surprise de voir leurs espaces fermés à la veille du match au Vélodrome contre Metz. Cette décision de la commission de discipline de la Ligue de football professionnel (LFP) suscite la colère des amateurs du ballon rond, y compris des journalistes sportifs comme Pierre Ménès, pourtant peu connu pour être pro-OM, bien au contraire.

Cette décision de la part de la LFP en appelle d'autres, qui concerne d'autres clubs et qui vont être critiquées par les entraineurs. Frédéric Hantz, entraîneur de Metz, ne cache pas son opposition à cette tendance à vouloir interdire les déplacements de supporters, signe d'une incompétence globale des autorités selon lui.

Mise en difficulté

"Unis par la passion détruite par la répression" déployaient des supporters de l'OM vendredi 2 février, lors du match contre Metz. Cette banderole est significative d'un risque de non-retour des supporters dans les stades. Or, ils sont nécessaires aux clubs à plus d'un titre. D'abord, ils apportent une ambiance au stade qui pousse les joueurs à se surpasser, que ce soit en tant que joueur de l'épique receveuse ou joueur de l'équipe adverse. Ensuite, et c'est le plus important, c'est une manne financière importante pour les clubs, avec les recettes de billetterie. Mais la politique répressive de la part de la LFP empêche les clubs de remplir leurs stades à 100%, voire incite insidieusement les directions des clubs à sanctionner de manière préventive leurs supporters. L'OM en fournit l'exemple car la direction du club sanctionna le groupe des South Winners d'accès au Vélodrome contre Dijon, lors du premier match de la saison, en août dernier. Par conséquent, c'est un manque à gagner non négligeable pour les clubs, qui pourraient bien être dans l'œil du cyclone de la Direction nationale de contrôle de gestion ou du cadre du fair-play financier. Là encore, l'OM donne l'exemple vu les sanctions envers ses supporters d'une part, et l'audition devant les inspecteurs du fair-play financier d'autre part, même si dans ce dernier cas, c'est essentiellement par rapport aux investissements faits depuis un an et demi.

Mais à quoi rime cette politique répressive de la part de la LFP et des pouvoirs publics? C'est dans l'objectif de changer la physionomie sociale du stade. Et comme les clubs suivent une trajectoire d'embourgeoisement, initiée par le Paris Saint-Germain, ayant auparavant réprimé ses supporters ultras, les dirigeants de la LFP tiennent à renforcer ce virage bourgeois en s'attaquant aux ultras, qui regroupent des supporters issus des milieux populaires, rappelant combien le football est à la base un sport prolétaire, populaire, collectif. Mais est-ce que des supporters bourgeois, ou des footix, arriveront à remplir les stades de ligue 1? Il y a de quoi en douter, bien qu'avec l'euro 2016 organisé en France, de nombreux stades ont été rénovés et/ou agrandis, sans compter de nouveaux stades comme le Matmut Atlantique à Bordeaux ou le Groupama stadium du côté de Décines, dans la banlieue de Lyon. D'ailleurs, la moyenne de spectateurs en ligue 1 reste inférieure à cette des quatre premiers grands championnats européens (Angleterre, Allemagne, Espagne, Italie), où la culture du foot est plus imprégnée qu'en France et où les instances se montrent plus pragmatiques et moins fermées dans une vision des supporters qui resteraient celles des années 1980 dans le cas français.

 

Si les instances françaises veulent s'inspirer de leurs voisines, et notamment l'Allemagne - le modèle allemand jusque dans le sport -, elles devraient utiliser la politique de la carotte (meilleur accueil des fans adverses, présence de vrais départements supporters dans chaque club) et non pas seulement le bâton car ça se révèle inefficace selon Jean-Philippe Leclaire, directeur adjoint de la rédaction de l'Équipe. Mais une autre solution devrait être adoptée, c'est l'instauration du système des socios en France car ça permettrait aux supporters, notamment les groupes ultras, d'agir dans la politique du club, comme cela se fait dans les clubs espagnols (Real Madrid, FC Barcelone, Atlético Madrid, etc.) et de responsabiliser ainsi les supporters. Sinon, la situation ne fera qu'empirer dans les stades de ligue 1 et ce sera entièrement de la faute de la LFP, qui aura envenimé les choses.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article