Cyril Ramaphosa tient les rênes de l'Afrique du Sud

Publié le par JoSeseSeko

Photo: World Economic Forum

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Jusqu'alors vice-président, Ramaphosa devient le nouveau chef de l'État suite à la démission de Jacob Zuma, mercredi 14 février. Une démission marquant l'échec du président et les multiples affaires le concernant et une tentative de sauver les apparences au sein de l'ANC.

Un fin de règne pour l'un, une consécration pour l'autre. C'est la sensation que donne le changement de présidence en Afrique du Sud, avec la démission de Jacob Zuma, au pouvoir depuis 2009 et dont le mandat pouvait encore durer jusqu'en avril 2019, et l'investiture de Cyril Ramaphosa, alors vice-président du pays, devenant président par intérim jusqu'aux prochaines élections (cf lien n°1). En outre, le nouveau président de l'Afrique du Sud avait été récemment élu leader de l'African national Congress (ANC), lui donnant une certaine chance de rester à la fonction suprême après les élections d'avril 2019.

Dissensions dans l'ANC

Cette démission de Zuma, si elle semble surprenante, n'est est pas moins logique. L'impopularité du désormais ex-président sud-africain est patente, en raison des multiples affaires le concernant telles des pots de vins auprès de l'entreprise française Thales ou d'une affaire de viol quand il était vice-président de l'Afrique du Sud, au milieu des années 2000; ou bien l'aménagement de sa propriété privée dans la province du Kwazulu-Natal avec l'argent public, ainsi que ses liens avec le clan Gupta illustrés à travers le rôle de Duduzane Zuma, un des fils de l'ex-président, dans une des sociétés appartenant à cette fratrie d'affairistes de la communauté indienne d'Afrique du Sud.

Ces éléments faisant scandale à Pretoria et dans les autres villes du pays remontèrent jusqu'à l'Assemblée nationale où des motions de défiance envers Zuma étaient lancées en vain. Même si la dernière en date, en août dernier, a vu des députés ANC voter pour la défiance ou s'abstenir. Signe que les dissensions montaient en flèche dans le parti. Et l'élection de Ramaphosa à la tête du parti n'a pas arrangé les choses, les proches de l'ancien syndicaliste devenu homme d'affaires mettant la pression sur Zuma pour qu'il parte au plus vite. Ce à quoi ce dernier consent, au bout du compte, au nom de la discipline de parti et d'éviter d'alimenter toute division en son nom, même si dans son discours de démission, Zuma n'a pas hésité à lancer des piques envers ses camarades de parti (cf lien n°2).

Sauver les apparences

Ce changement soudain pourrait permettre à l'ANC de sauver les apparences et de restaurer une unité auprès de son nouveau leader. Une unité qui reste quand même de façade car l'élection de Ramaphosa à la présidence de l'ANC a été d'une courte tête, face à Nkosazana Dlamini-Zuma, ancienne ministre des Affaires étrangères et ancienne épouse de Jacob Zuma. Il faut dire que la ligne pragmatique, (sociale-)libérale de Ramaphosa s'opposait frontalement au cap panafricain, socialiste de Dlamini-Zuma.

Mais ces dernières années, l'ancien mouvement d'opposition au régime d'apartheid a connu des revers symboliques comme lors des élections municipales de 2016, où il perdit les mairies de Port Elizabeth et de Durban, deux de ses bastions historiques, au profit de l'Alliance démocratique, le principal parti d'opposition. Et tout porte à croire que ce parti de droite libérale-conservatrice continuerait de croitre lors des élections législatives d'avril 2019. De même que l'arrivée au pouvoir de Ramaphosa pourrait profiter aux Combattants pour la liberté économique. Ce parti de gauche radicale, mené par Julius Malema, ancien cadre de l'ANC et homme à controverses dans la nation arc-en-ciel, entend bien consolider son statut d'opposition de gauche à l'ANC et se renforcer l'an prochain. De quoi se dire que le parti au pouvoir, dont la majorité était de 249 députés au sortir des élections de 2014, la majorité la plus faible de son histoire, pourrait bien voir cette dite majorité se réduire encore et encore. Mais au sein des cadres du parti, un maintien de Zuma aurait conduit à une catastrophe l'an prochain, c'est-à-dire une absence de majorité au Parlement pour le parti.

Reste à savoir si dans un an, Ramaphosa aura limité la casse ou pas.

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