La mort reconnait la lutte des classes

Publié le par JoSeseSeko

La mort reconnait la lutte des classes

Une étude de l'Insee indique que l'écart entre les plus riches et les plus pauvres en France est de près de 13 ans chez les hommes et de 8 ans chez les femmes. Un écart qui n'est pas près de se réduire avec la politique du gouvernement.

"Il y a une guerre des classes, c’est un fait. Mais c’est ma classe, celle des riches, qui mène cette guerre et nous sommes en train de la gagner". Ces propos de l'États-unien Warren Buffet, deuxième fortune mondiale, dans les années 2000, ont une résonance particulière avec l'étude de l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) sur les liens entre niveau de vie et espérance de vie. Cette étude, publiée mardi 6 février (cf lien n°1), indique que l'espérance de vie des 5% les plus riches hommes en France est de 84,4 ans, contre 71,7 ans les 5% les plus pauvres hommes. Soit un écart de 12,7 ans. Chez les femmes, l'écart est 8,3 ans (88,3 ans d'espérance de vie chez les 5% des femmes les plus riches contre 80 ans chez les 5% des femmes les plus pauvres).

Accès inégalitaire

Qu'est-ce qui peut expliquer l'existence de tels écarts entre les plus riches et les plus pauvres? Selon l'Insee, les plus riches bénéficieraient d'un meilleur accès aux soins, aux services de santé, ainsi qu'un meilleur traitement médical en raison de leur meilleur niveau de vie, lui-même relié à la condition sociale des personnes (cadre, professions supérieures, etc.) et au niveau de diplôme. L'effet du diplôme est très marquant. Selon l'Insee, les personnes diplômées du supérieur ont un risque de décès inférieur de 14% à celui de personnes ayant un CAP, un BEP; tandis que des personnes sans diplôme ont un risque de décès supérieur de 12% à celui des personnes ayant un CAP, un BEP.

L'effet de la localisation joue également sur l'inégalité devant la mort. L'Île-de-France, la région la plus riche de l'hexagone, est celle qui présente le moins de risque de décès, à âge et sexe donnés, mais si on enlève l'effet du niveau de vie, l'Île-de-France se retrouve en-dessous de la moyenne des risques de décès par région, tandis que l'Occitanie, sans effet du niveau de vie, est la région qui concentre le moins de risques de décès. Par contre, dans tous les cas, la région qui présente le plus de risque de décès est les Hauts-de-France. Si on complète les données de l'Insee avec celles de l'ordre des médecins sur la densité médicale (cf lien n°2), on peut remarquer que l'Île-de-France est la région hexagonale concentrant le plus de médecins, devant la Provence-Alpes-Côte d'Azur et l'Occitanie, tandis que les Hauts-de-France font partie des régions ayant le moins de toubibs. Même si le lien entre niveau de vie et présence médicale n'est pas absolu à 100%, il n'est pas à exclure.

Une sécu à deux vitesses

À l'heure où le pouvoir en place lance une politique de réduction des dépenses publiques avec des postes de fonctionnaires qui doivent sauter, à ses yeux, et de réduction des prélèvements obligatoires pour les plus riches, c'est un renforcement d'une Sécurité sociale à deux vitesses qui s'opère. En effet, la principale ressource de la Sécu est la cotisation sociale. Or, sous prétexte du manque de compétitivité de l'économie, de nouvelles réductions, voire exonérations de cotisations sociales ont vu le jour pour le budget 2018 de la Sécu. Et pour ne pas trop affaiblir ce service public, le gouvernement a renforcé la Contribution sociale généralisée, fiscalisant encore plus la Sécu et la rendant encore plus dépendante de l'État.

Une baisse des recettes accompagnée de dépenses qui ne vont pas stagner de sitôt car l'accès aux services de la Sécu sera davantage disponible pour les plus riches. Et comme ce sont eux qui ont une espérance de vie plus longue que les plus pauvres, il n'est pas illogique que ce sont eux qui provoquent le "trou de la Sécu". Et ce, d'autant plus que les vagues de réformes des retraites de ces dernières années font que les plus pauvres auraient à peine atteint l'âge de la retraite qu'il n'auraient pas le temps de profiter de ce salaire à vie, pour reprendre ce thème cher à l'économiste et sociologue Bernard Friot, qui les rend indépendants du chantage à l'emploi fait durant leur "vie active". Et encore plus en fonction des régions et de leur niveau de richesse, permettant d'attirer (ou non) des médecins.

Bref, cette étude de l'Insee peut être salutaire pour comprendre combien les mécanismes du capitalisme sont mortels pour les dominés.

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