Un duel fratricide pour sauver les apparences du Tour

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Roland Tissier

Photo: Flickr/Roland Tissier

La rivalité croissante entre Christopher Froome, favori du Tour de France, et son coéquipier Geraint Thomas, actuel leader de la course, donnent un élément de suspense à une Grande boucle qui en manque, vu la domination de l'équipe Sky de Froome et Thomas. Ce qui la rend d'ailleurs plus impopulaire que jamais, vu les suspicions de triche autour de cette équipe et notamment de Froome.

Le Tour entre dans sa dernière semaine, avec les Pyrénées comme terrain d'explication entre les favoris. Mais à moins d'un miracle, le vainqueur du Tour se trouvera dans l'équipe Sky. Cela étant dit, il n'est pas certain que Christopher Froome, pourtant parti pour aller chercher une cinquième victoire sur la Grande boucle, soit sur la première marche du podium sur les Champs-Élysées dimanche prochain. La raison de tout ça? Geraint Thomas. Le coéquipier et compatriote de Froome se pose en rival n°1 du quadruple vainqueur du Tour, portant actuellement le maillot jaune de leader de la course, avec 1'39" d'avance sur Froome puis ayant au passage gagné deux étapes de montagne, celles menant à La Rosière puis à l'Alpe-d'Huez.

Un duel entre équipiers

Même si le troisième du classement général, le néerlandais Tom Dumoulin, n'est qu'à 1'50" de Thomas, soit 11" derrière Froome, il n'en demeure pas moins que l'impression générale donne un duel entre équipiers pour la victoire finale. Ce n'est pas quelque chose de nouveau dans l'histoire du Tour que de voir deux coureurs au sein de la même équipe luttant pour la victoire finale. Ce fut le cas entre le Français Bernard Hinault, dernier vainqueur hexagonal du Tour (1985), et l'États-unien Greg Lemond en 1986, où le premier mena la vie dure au second, même si l'États-unien gagna au bout l'épreuve. Pareillement entre le Danois Bjarne Riss, vainqueur du Tour 1996, et son coéquipier allemand Jan Ulrich, durant le Tour 1997, même si l'Allemand mit vite tout le monde d'accord avec sa victoire d'étape à Andorre-Arcalis. Plus récemment, on peut noter la rivalité entre l'États-unien Lance Armstrong, alors revenant dans le cyclisme, et l'Espagnol Alberto Contador, dans le Tour 2009, ce dernier ayant dû batailler avec ses nerfs face à la roublardise du Texan. Enfin, il y eut le duel interne entre Froome (déjà!) et Bradley Wiggins en 2012, et à cette époque, c'était Froome qui devait jouer le rôle du lieutenant de Wiggins mais se montrant plus à l'aise en montagne que son compatriote, il devint un rival.

Une Sky ultradominatrice

Au moins, ce duel entre Froome et Thomas permet d'alimenter la chronique en mal de sensations. Et pour cause, l'épique Sky, dans laquelle se trouvent ces deux coureurs, écrase ses adversaires lors des étapes de montage, imprimant un rythme que d'autres ne peuvent pas suivre et affichant une réserve en force lors des derniers cols qui empêchent les audaces d'adversaires de la trempe de Dumoulin, de Romain Bardet - plus à la peine que ces deux dernières années -, ou de Nairo Quintana, par exemple. Comme l'affirment de nombreux observateurs du cyclisme, les coéquipiers de Froome et Thomas seraient des leaders dans n'importe quelle autre équipe. Mais comme Sky a le plus gros budget du peloton, une trentaine de millions d'euros minimum, ça permet d'enrôler les meilleurs.

Mais cette domination n'est pas du goût de tout le monde, à commencer par les équipes adverses, qui semblent impuissantes face à cette armada. Mais c'est pire au niveau du public. La réputation sulfureuse de l'équipe Sky ces dernières années, notamment sur la question du dopage, avec le contrôle "anormal" de Froome au salbutamol lors du Tour d'Espagne 2017, que le britannique a gagné du reste, et son blanchiment par l'Union cycliste internationale, qui alimentent l'hostilité du public envers Sky sur la route. Pour preuves, lors des étapes dans les Alpes, notamment celle se terminant à l'Alpe-d'Huez, Froome et ses coéquipiers étaient constamment hués par la foule, avec des jets d'eau, de bouteille en prime, voire des tentatives de poussette selon les coureurs. Si ces comportements sont inadmissibles et condamnables, ils pouvaient être anticipés, tant la froideur dans l'équipe Sky et l'histoire du contrôle de Froome lors de la Vuelta font monter la température.

Nous verrons bien si un miracle se produirait, empêchant Froome ou Thomas d'aller vers la victoire.

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