Un pouvoir aux abois dans l'affaire Benalla-Macron

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Capture d'écran

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Avec les premières auditions de la Commission d'enquête parlementaire sur les faits et gestes d'Alexandre Benalla, membre du cabinet présidentiel, lors de la manifestation parisienne du 1er mai, le pouvoir exécutif cherche surtout à se couvrir, alors qu'il est mouillé jusqu'au cou, montrant à quel point la Ve République est a-démocratique, dangereuse pour les citoyens.

Dans le registre "il ne faut jamais prendre les gens pour des cons mais il ne faut pas oublier qu'ils le sont", on a été gâté lundi 23 juillet. En effet, la Commission d'enquête parlementaire, mise en place suite aux révélations du Monde sur l'affaire Benalla, qu'il faudrait appeler affaire Benalla-Macron, vu que le suspect est un membre du cabinet présidentiel, un "gros bras" du président de la République, a commencé son travail public, auditionnant Gérard Collomb, ministre de l'Intérieur, Michel Delpuech, préfet de police de Paris, puis Alain Gibelin, directeur de l'ordre public et de la circulation à la préfecture de police de Paris, sur la présence de Benalla au 1er mai et au-delà.

Collomb, le fusible?

Le passage de Collomb relevait du foutage de gueule tant le ministre de l'Intérieur jurait ne pas connaître le prévenu devant les parlementaires, alors que plusieurs photos et vidéos sur les réseaux sociaux indiquent leur présence commune auprès de Macron, notamment durant l'élection présidentielle de 2017. Mais sa principale ligne de défense est la suivante: "Monsieur Benalla ne dépend pas de mon ministère". Autrement dit, "c'est pas moi, c'est l'autre", rejetant la faute sur la préfecture de police de Paris et sur la présidence de la République. De quoi être interloqué devant son discours évasif, avec une élocution faiblarde, qui laisse imaginer que soit il ment, d'autant plus qu'il a su dès le 2 mai, par son directeur de cabinet, ce qui s'est passé sur la place de la Contrescarpe; soit qu'il est sincère sur la relation distante avec Benalla. Mais dans tous les cas, c'est inquiétant. Et ce, alors que des images de vidéosurveillance sur le lieu de la violence commise par le prévenu lui auraient été fournies par des policiers, dont deux commissaires, dépendant donc du ministère de l'Intérieur et de son actuel occupant.

Mais il y a de quoi se dire également que Collomb pourrait servir de fusible auprès de l'opposition, rassemblée sur cette affaire. Mais cette dernière ne compte pas se contenter du discours du ministre de l'Intérieur. Plusieurs députés souhaitaient avoir une réaction de la part du Premier ministre Édouard Philippe, qui est, au regard de la Constitution de la Ve République, responsable devant le parlement dans ce genre de situation, dès le vendredi 20 juillet. Au lieu de cela, le Premier ministre s'était rendu sur les routes du Tour de France, dominé par les coureurs de l'équipe Sky pour l'instant, évitant ainsi de parler de cette affaire, et en fait, gagner du temps.

Motus et bouche cousue

Cette stratégie de l'évitement, de l'esquive, est pleinement appliquée par Macron. Le président de la République, d'habitude si hâbleur, se fait discret depuis le début de l'affaire. À croire qu'il aurait des choses à cacher ou des vérités à rétablir. En effet, un mensonge de la part de l'Élysée a vite volé en éclats, à savoir, celui sur la mise à pied de Benalla. Dans la version du cabinet présidentiel, le prévenu a été mis à pied durant 15 jours, après que les services de l'Élysée aient été mis au courant de ce qui s'est passé le 1er mai. Cette version est contredite par Gibelin. Le directeur de l'ordre public et de la circulation de la préfecture de police affirme devant la Commission d'enquête que Benalla était présent aux réunions de la préfecture de police pour préparer des déplacements du président à Paris au moment où il était censé être mis à pied, et que par conséquent, la sanction à l'encontre du prévenu n'a jamais été appliquée (cf lien n°1).

Vu ce genre d'élément, pas étonnant que Macron ne veuille pas la ramener. Et dire qu'il souhaite une réforme constitutionnelle où il pourrait davantage parler devant le Parlement, voire répondre à ses questions. Ce serait dans le sens où les parlementaires courberaient l'échine, pour sûr. Mais dès qu'il s'agit de répondre aux questions de l'opposition, qui serait tentée de l'interroger, il se couvre derrière la Constitution, qui permet l'immunité présidentielle. Ce qui prouve combien la Ve République est a-démocratique car elle répond au fait du monarque présidentiel, avec une absence de contrôle strict sur l'Élysée et peu de marge de manœuvre du Parlement (Assemblée nationale + Sénat). En tout cas, il vaut mieux ne pas compter sur la majorité parlementaire pour améliorer les choses, tant les députés la République en marche marchent (justement) au pas, dans l'optique de protéger Napoléon Macron (ou Emmanuel Bonaparte).

François Mitterrand avait raison de parler de "Coup d'État permanent" dans les années 1960, avant de s'en accommoder durant ses 14 ans à l'Élysée (1981-1995).

P.S: Selon le Figaro (cf lien n°2), Gibelin est revenu sur ses déclarations devant la Commission d'enquête, prétextant n'avoir pas bien entendu la question qui lui avait été posée. C'est dire si cette histoire est loin d'être terminée.

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V
Toute la chaîne hiérarchique du Ministère de l'Intérieur semble impliquée par ce scandale d'Etat:tous les protagonistes de cette affaire,à tous les échelons de l’Etat et de la présidence de la République ont manifestement menti et se sont parjurés.Qu’un Ministre de la République et son préfet de police de Paris mentent et mentent « sous serment » ce n’est pas vraiment une broutille et une « affaire individuelle ».C'est cela que nous apprenons jour après jour au fil de l'été....C'est cela que la commission d'enquête de l'Assemblée nationale a tenté d'étouffer.Sur ordre de la présidence de la République l'Etat de droit se met au garde à vous et organise le mensonge.C'est un mensonge d'Etat !
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