Les Pyramides contemplent au loin un futur dictateur

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/rosalinda10

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Le triomphe des troupes françaises, commandées par Napoléon Bonaparte sur les Mamelouks de Mourad Bey, permet au général français de s'assurer la maitrise du Caire, voire de l'ensemble de l'Égypte, objectif plus ou moins avoué de cette expédition coloniale, avant de chercher à fragiliser la domination anglaise en menaçant les Indes par terre et par mer.

"Songez que du haut de ces pyramides, 40 siècles d'histoire vous contemplent". Cette célèbre phrase de Napoléon Bonaparte est souvent utilisée pour justifier le nom de la bataille des Pyramides du 21 juillet 1798 (3 thermidor an VI). En vérité, selon les historiens, cette bataille ne s'est pas exactement déroulée au pied des Pyramides, mais sur le plateau de Gizeh, à proximité du Nil et du Caire, que les Mamelouks tenaient à vouloir défendre. Mais le souci de la propagande chez Bonaparte, déjà présent lors de la campagne d'Italie avec l'exemple du pont d'Arcole en novembre 1796, fait que ce nom résonne encore dans les têtes.

Une bataille décisive

Cependant, un petit retour en arrière s'impose. J'avais parlé du départ pour l'Égypte qui eut lieu le 19 mai 1798 depuis le port de Toulon (Var). Il s'est quand même passé des choses deux mois plus tard, avant cette bataille du plateau de Gizeh. Dans un premier temps, la flotte transportant l'expédition prît le contrôle de l'île de Malte en juin 1798. Bonaparte laissa quelques milliers de soldats contrôler l'île, considérée comme un point stratégique dans la Méditerranée, puis continua sa traversée vers l'Égypte, atteignant par bonheur Alexandrie le 1er juillet 1798. J'écris par bonheur car la flotte française était sous la menace de la flotte anglaise, commandée par l'amiral Horatio Nelson, dont la réputation de marin opiniâtre et profondément francophobe le rend redoutable auprès des marins français. Une fois le contrôle d'Alexandrie assuré, Bonaparte et la majeure partie de ses troupes - le reste étant à Alexandrie -, auprès du général Jean-Baptiste Kléber, descendent vers le Caire pour y déloger les Mamelouks de Mourad Bey.

Après un premier combat, du côté du village de Chebreiss (13 juillet 1798), laissant un millier de Mamelouks morts ou blessés, la marche en avant de l'armée française continua. Mais les autorités locales tenaient à une bataille décisive pour défendre Le Caire. Bey rassembla près de 40.000 hommes, dont 10.000 cavaliers Mamelouks, face aux 25.000 hommes que lui opposa Bonaparte. Le résultat, un triomphe absolu pour la France, avec seulement 29 morts et 260 blessés, contre plusieurs milliers de morts dans le camp ennemi. La principale raison de cette différence est l'utilisation du carré d'infanterie, stoppant net les charges de cavalerie des Mamelouks qui tombaient comme des mouches. Les survivants dans le camp vaincu se sont beaucoup jetés dans le Nil, espérant échapper aux tirs des troupes françaises, ou ont cavalé pour s'éloigner des Pyramides, voulant éviter une poursuite de la part de la cavalerie française.

Bonaparte, maitre de l'Égypte?

Avec cette victoire, Le Caire tombe rapidement, avec une population qui salue Bonaparte et ses soldats comme des libérateurs, après des siècles d'oppression de la part des Mamelouks. Pourtant une question se pose: Bonaparte est-il maitre de l'Égypte? Vu qu'il arriva à contrôler Le Caire, on peut forcément penser que oui et que la présence des troupes au Caire put permettre aux scientifiques présents dans cette campagne de pouvoir entamer des recherches sur l'Égypte antique, avec la création de l'Institut français du Caire. Néanmoins, trois objections peuvent venir. La première est qu'il reste des poches de résistance Mamelouk, autour de Bey, qui peuvent encore contrôler le sud de l'Égypte et dont le général Louis Desaix se mit à pourchasser. La seconde est que la population cairote, pour l'instant joyeuse de se voir débarrassée des Mamelouks, pourrait vite s'exaspérer de la domination française et ainsi, tenter de prendre les armes contre la république française. La troisième, et dernière, suppose que la France contrôle véritablement la Méditerranée. Or, la menace de la Royal navy, avec Nelson, demeura réelle pour la Marine républicaine et sa flotte présente en Égypte, sous les ordres de l'amiral François Paul de Brueys d'Aigalliers. Et à moins d'une victoire dans un combat naval, l'utilité de la conquête de l'Égypte tint sur un fil.

Mais ça, on en parlera le moment venu.

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