Le fourre-tout des gilets jaunes

Publié le par JoSeseSeko

Photo: JoSeseSeko

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Les multiples points de rassemblement des gilets jaunes, le 17 novembre, ont mobilisé plusieurs dizaines de milliers de personnes en France. Ce mouvement né de la contestation d'une hausse de la taxation du prix du carburant, a l'ambition de s'inscrire dans la durée, en demeurant un fourre-tout qui attire les différents râteliers, ayant même quelques similitudes avec le mouvement Nuit Debout du printemps 2016.

"Macron démission!" C'est le cri général scandé par les gilets jaunes depuis le samedi 17 novembre, date de lancement de la mobilisation contre la hausse de la taxation du prix du carburant. Selon le ministère de l'Intérieur, plus de 280.000 personnes auraient pris part à ce mouvement, réparti sur 2.000 points de rassemblement, dont 1.200, paraît-il, sur la place de la Concorde, à Paris. Ces gilets jaunes faisaient plus ou moins du blocage routier, dans l'ensemble de l'hexagone. Ce qui conduisit parfois à des situations dramatiques comme la mort de Chantal Mazet, dans la Savoie, percutée par une automobiliste accompagnant sa fille chez le médecin. J'en profite pour adresser mes plus sincères condoléances auprès de la famille de la défunte.

Messages opposés

Sur les images qui ont circulé sur les réseaux sociaux dans la journée du 17 novembre, on y voit des choses diamétralement opposées. D'un côté, des photos et des témoignages indiquant une attitude pour le moins nationaliste, avec des slogans hostiles aux exilé(e)s, ou des articles de presse locale relevant une agression à caractère raciste à Besançon (Doubs) ou islamophobe à Saint-Quentin (Aisne)

    

D'un autre côté, des gilets jaunes affichaient ou scandaient des messages anticapitalistes. Plusieurs gilets jaunes avaient écrit un message appelant à une remise en place de l'ISF, dénonçant ainsi la politique fiscale favorable aux riches de la part d'Emmanuel Macron. Ou encore un gilet jaune que j'ai rencontré sur la rue du faubourg Saint-Honoré, à Paris, qui est venu non seulement pour critiquer la décision du gouvernement, mais aussi défendre une vision décroissante, estimant qu'on devient dépendant de beaucoup de choses, notamment de la voiture, défendant l'idée d'une politique favorable aux transports en commun, surtout dans les campagnes, qui ont une disparition progressive des divers services publics au fil du temps.

Fourre-tout citoyenniste

Si on devait donner une image quelque peu caricaturale du mouvement des gilets jaunes, c'est un peu un fourre-tout citoyenniste. Pourquoi ce qualificatif? Parce que ces citoyen(ne)s pensent qu'en montrant leur colère, ils arriveraient à leur fin, et là où ça devient carrément pathétique, c'est qu'ils croient (naïvement) que la police et la gendarmerie pourraient se ranger de leur côté. Du côté de la place de la Concorde et de la rue du faubourg Saint-Honoré, ça clamait à plusieurs reprises "la police avec nous!" Mais les forces de l'ordre social, notamment les CRS leur ont fait savoir qu'ils n'enlèveraient pas le casque et qu'ils emploieront leur matériel. Ce qui n'a pas manqué vu qu'ils ont gazé sur la rue du faubourg Saint-Honoré, au niveau de l'ambassade des États-Unis, à quelques dizaines de mètres du palais de l'Élysée. De même qu'en cas d'absence d'écoute à leurs sommations, ils utiliseraient les armes.

 

Ce citoyennisme n'est pas nouveau. Il était déjà présent du temps de Nuit Debout, mouvement né au printemps 2016 contre la loi travail, où certains membres de Nuit Debout croyaient que les forces de l'ordre social se rangeraient de leur côté à un moment donné. D'autres éléments de comparaison peuvent se faire avec Nuit Debout. Les gilets jaunes semblent être peu structurés, avec une volonté de ne pas avoir de figure de proue, d'être à distance des syndicats - ou du moins leurs directions confédérales -, et encore moins de connaître une récupération politique. Une attitude similaire chez Nuit Debout, à la différence près que l'axe politique tenu par ce mouvement était connoté à gauche, voire à l'extrême-gauche, et qu'il était affirmé dès le départ. Ce qui n'est pas le cas des gilets jaunes. Du moins, a priori.

Un autre point de similitude entre les gilets jaunes et Nuit Debout, c'est l'attitude des mass media. Dans les deux cas, il y a une exposition médiatique très importante, avec plus ou de mépris exprimé à l'antenne, mais toujours mieux vu qu'une manifestation classique, menée par des syndicats, qui sont unanimement dénigrés dans les mass media, dans la plus pure tradition anti-syndicale made in France. Cela étant, Nuit Debout avait droit à une certaine clémence jusqu'à ce que le pseudo-philosophe Alain Finkielkraut se fasse renvoyer, à juste titre, de Nuit Debout, et là, le dénigrement devint total. Pour l'instant, ce n'est pas entièrement le cas des gilets jaunes. Mais cela dépendra de l'évolution du mouvement dans les prochains jours.

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