L'expectative est de rigueur au sujet des gilets jaunes

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Twitter

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À la veille d'une manifestation visant à bloquer les routes françaises, l'attrait médiatique pour cet événement potentiel et l'attitude de la classe politique, assez partagée sur l'interprétation à en tirer, témoignent de l'expectative face à un mouvement qui vient des citoyens eux-mêmes, et non de syndicats ou de partis politiques.

Le 17 novembre sera-t-il le jour le plus long pour le pouvoir exécutif? En tout cas, le gouvernement d'Édouard Philippe, et le président Emmanuel Macron, tentent bien de tuer dans l'œuf le mouvement des "gilets jaunes", qui s'est organisé sur les réseaux sociaux, dans un esprit qui se veut citoyen et soucieux de ne pas connaître de récupération politique, même si des forces d'opposition diamétralement opposées telles le Rassemblement national, Debout la France, le Parti socialiste ou la France insoumise ont affiché de la sympathie, du soutien envers ce mouvement, qui décontenance le pouvoir, mais aussi les mass media, qui en parlent longuement ces dernières semaines, et généralement avec un certain mépris, mais pas aussi affirmé cependant que quand il s'agit de manifestations plus classiques, où des syndicats se seraient mobilisés dans un premier temps; et là, le dénigrement est total, systématique.

Goutte d'eau

Déjà, le point de départ de la contestation est la décision gouvernementale d'augmenter la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE), faisant ainsi augmenter le prix du carburant à la pompe. Comme le souligne le mensuel Alternatives économiques (cf lien n°1), cette hausse de la taxation du carburant est importante en France ces dernières années, notamment par rapport aux partenaires européens. Et c'est surtout le diesel qui affiche un bond dans la hausse fiscale par rapport à l'essence. Or, depuis les années 1990, les pouvoirs publics ont fait une promotion du diesel, le rendant plus accessible à l'essence, faisant du parc automobile français celui qui est le plus dieselisé de l'Union européenne. Par conséquent, les utilisateurs de diesel se retrouvent encore davantage fiscalisés que d'autres par ce biais, même si, paradoxalement selon les données publiées par Alternatives économiques (cf lien n°2), les revenus les plus pauvres font moins de distance en voiture dans la semaine que les revenus les plus riches. Ce qui laisse à penser qu'avoir une voiture est un marqueur social.

Mais cette histoire de taxation des carburants, où la France est en pointe par rapport à des pays comme l'Allemagne, l'Italie, le Royaume-Uni ou l'Espagne, est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Et ce d'autant plus que le Premier ministre a avoué, à demi-mot, que les futures recettes générées par la TICPE iront en partie vers le financement de la transition énergétique. Selon des estimations, entre 20 et 25% des recettes prévues en 2019 serviront à la transition énergétique. Le reste sera réparti dans différents services de l'État, dont le financement du Crédit impôt compétitivité emploi, ou aux régions, qui feront un chèque pour les automobilistes les plus modestes. De quoi se dire que cette fiscalité sur les carburants, même si elle concernerait des revenus aisés, ne compensera pas la suppression de l'Impôt de solidarité sur la fortune faite par le pouvoir exécutif en 2017, symbolisant la république conservatrice menée par Macron qui est "la république des riches, dirigée par les riches, au bénéfice des riches".

Remise en cause globale

Cette goutte d'eau, comme je l'ai appelée, appelle à une remise en cause globale. Et une partie des "gilets jaunes" semble s'y employer, indiquant que la casse des services publics, que ce soit la privatisation des lignes de bus, des fermetures d'écoles, d'hôpitaux, de bureaux de poste ou encore de lignes de train avec la réforme de la SNCF, par exemple; ou bien l'éloignement des centres commerciaux des centres-ville, plus des fermetures de commerces de proximité et de délocalisation d'usines, pris bout à bout, accroissent une dépendance à la bagnole. Et tout ça est lié à une politique publique très concentrée sur Paris ou des grandes villes (Marseille, Lyon, Lille, Nantes, Strasbourg, Bordeaux), sans afficher une grande efficacité. Les transports en commun en Île-de-France, pour ne donner que cet exemple, ont souffert d'un sous-investissement en matière de modernisation du rail et de développement de nouvelles lignes, sources de retards notables aux yeux des usagers, quand il ne s'agit pas de catastrophes ferroviaires comme à Brétigny-sur-Orge en juillet 2013.

De même qu'au niveau écologique, cette dépendance à la bagnole rend le trafic routier encore plus dense, et par conséquent plus polluant, en comptant également les transport de marchandises par camion, vu que la réforme de la SNCF réduit le nombre de lignes de fret, permettant pourtant le transport de marchandises avec un impact écologique moindre. C'est une incohérence globale qu'il faut remettre en cause, et ce d'autant plus, par exemple, que la France, comme l'ensemble de l'UE, ne respecte pas l'accord de Paris sur le climat signé en 2015. Cependant, une autre partie des "gilets jaunes" se contente de faire dans la rhétorique du "ras-le-bol fiscal", qui ne supporte pas la moindre taxe, donnant des accents volontiers poujadistes, permettant du coup des tentatives de récupération de la part de l'extrême-droite, comme le souligne en détail un ami blogueur (cf lien n°3).

Reste à savoir si les "gilets jaunes", quelle que soit l'ampleur de la mobilisation du 17 novembre, continueront ou pas leur mouvement. Ce qui signifie qu'il faut savoir s'ils ont songé à un après-17 novembre ou qu'ils se contentent de ce jour-là, sans autre perspective concrète, tant à court terme qu'à long terme. Ce sont eux qui ont les clés du camion!

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