Des gilets jaunes résilients

Publié le par JoSeseSeko

Photo: JoSeseSeko

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Si l'acte 20 semble moins mobilisateur que le précédent, il n'en reste pas moins que la capacité de résilience des gilets jaunes, inscrits dans une lutte d'usure face au pouvoir, a de quoi surprendre en dépit du scénario d'essoufflement sans cesse évoqué médiatiquement.

Pour les gilets jaunes, la lutte continue! L'acte 20 du samedi 30 mars, sous des conditions généralement ensoleillées et agréables, aurait mobilisé 102.713 personnes selon le décompte des gilets jaunes. C'est quand même moins que le samedi précédent (126.246), revenant à une marée jaune faible, comme durant le mois de février ou au début du mois de mars, excepté l'acte 18 (16 mars), où gilets jaunes et participants à la marche du siècle sur le climat conjuguaient leurs forces.

Résilience vs coup d'éclat

Si des cas de violences, notamment des violences policières, ont été observés dans différentes villes, comme Paris par exemple, il n'en reste pas moins que les manifestations ont été plus calmes durant ce 20e round. Et quelque part, les événements du 16 mars, notamment sur les Champs-Élysées à Paris, avec des kiosques de journaux brûlés, des vitrines détruites et la brasserie le Fouquet's incendiée - ô sacrilège envers des lieux symboliques pour la bourgeoisie! -, ont fait office de coup d'éclat, dont la nature exceptionnelle attire les mass media en quête de sensationnalisme, ainsi qu'une classe politique qui s'offusque de ces scènes, au point que le pouvoir se résolut à utiliser l'armée comme instrument de défense sociale.

Mais c'est mettre de côté la résilience des manifestants, qui est pour le moins surprenante. Il faut tout de même se souvenir que les gilets jaunes se sont mis en avant durant l'automne et se sont maintenus dans les ronds-points ou ont manifesté tout au long de l'hiver. Ce qui n'est pas banal dans l'histoire des mouvements sociaux en France. Il faudrait remonter aux grèves de novembre-décembre 1995 pour retrouver pareille trace d'un mouvement social d'envergure en période de fin d'année. Et en dépit de la répression policière, inédite depuis Mai 68, mais mettant à nu auprès des manifestants, souvent des blanc(he)s de province n'ayant jamais milité, ce que connaissent les banlieusard(e)s non-blanc(he)s depuis plusieurs décennies, la dimension de racisme institutionnel en plus pour ces derniers; les gilets jaunes ne comptent pas lâcher du lest.

Balle dans le camp du pouvoir

Cependant, 20 actes après, la question de la stratégie des gilets jaunes reste encore à poser. Certains observateurs se demandent quelle stratégie suivront les gilets jaunes durant ce printemps: maintenir la pression le samedi, y compris par de la violence? Faire jonction avec d'autres forces sociales, voire politiques? S'organiser en parti? Etc. Il n'y a pas une unique réponse qui résumerait tout au sujet des gilets jaunes. Mais certaines revendications portées depuis plusieurs semaines - rétablissement de l'ISF, instauration du RIC, redéploiement de services publics, etc. - peuvent trouver un écho politique. Ce qui fait, en vérité, que la balle est dans le camp d'Emmanuel Macron, d'Édouard Philippe et de Christophe Castaner. Si le président, son Premier ministre et le ministre de l'Intérieur entament une désescalade sécuritaire et reconnaissent la répression policière qu'ils font preuve depuis le 17 novembre 2018, une voie politique saurait donner une issue positive pour l'ensemble des parties prenantes.

Sinon, des coups comme celui du 16 mars pourraient se reproduire dans des parties où les gilets jaunes n'allaient pas forcément et comme le pouvoir a fait appel à l'armée, l'attitude des militaires serait à scruter de très près.

Cette lutte d'usure n'a pas dit son dernier mot.

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