La démission de Bouteflika? Une étape pour une Algérie démocratique!

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/André Querry

Photo: Flickr/André Querry

Lâché par l'armée, le président Abdelaziz Bouteflika a remis sa démission auprès du Conseil constitutionnel, mardi 2 avril. Cette nouvelle ne semble pas satisfaire nombre d'algériens qui tiennent à manifester le vendredi 5 avril, pour faire dégager les clans qui luttent pour le pouvoir et mener à bien les aspirations démocratiques recherchées au moment de l'indépendance.

Le 2 avril 2019 est à marquer d'une croix en Algérie. Critiqué depuis plusieurs semaines par des centaines de milliers, voire des millions de manifestants en Algérie et au sein de la diaspora algérienne, le président Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis 1999, a annoncé sa démission (cf lien n°1). Si cette démission est une victoire porteuse d'espoir du peuple algérien mobilisé pour refuser un cinquième mandat de Bouteflika ou une prolongation de son quatrième mandat à travers sa ruse pour annuler l'élection présidentielle prévue le 18 avril et la tenue d'une "conférence nationale" qui ferait office, sans le dire, d'assemblée constituante, il a fallu un coup de pouce de l'armée pour accélérer les choses. En effet, Ahmed Gaïd Salah, chef d'État-major de l'armée nationale populaire et vice-ministre de la Défense, a exigé à plusieurs reprises la démission de Bouteflika ces derniers jours, et notamment quelques heures avant l'annonce présidentielle, menaçant d'appeler à la destitution du désormais ex-président de l'Algérie via les articles 7, 8 et 102 de la Constitution (cf lien n°2).

Une vraie démocratie

Pour le journal francophone Tout sur l'Algérie, cette démission de Bouteflika, actant la victoire de la mobilisation populaire, n'est qu'une "étape" et que l'essentiel est ailleurs. À savoir, que les algérien(ne)s imposent une "vraie" transition démocratique (cf lien n°3). C'est-à-dire, que le pouvoir civil soit dans les mains du peuple, et non pas dans celle des différents clans qui se rivalisent ou s'entendent plus ou moins depuis l'indépendance de l'Algérie (1962), ni dans celle de l'armée algérienne, car il est commun d'entendre le dicton suivant: "Tous les pays du monde ont une armée, sauf l'Algérie où l'armée a un pays". Et si jamais l'armée envisageait de récupérer la révolte populaire pour verrouiller le pouvoir à son profit, elle prendrait le risque de développer une nouvelle guerre civile, après celle qui eut lieu dans les années 1990, une "décennie noire" qui a profondément marqué les esprits dans la société algérienne et que le gouvernement a agité par rapport à cette mobilisation contre Bouteflika et son clan.

Toujours est-il que ce sont les jeunes, majoritaires au sein de la population algérienne, qui doivent donner le la. D'ailleurs, les étudiants, ainsi que les supporters ultras des clubs de foot algériens, se sont montrés très actifs dans cette mobilisation, exprimant un refus profond d'une récupération de leur révolte par l'armée, Gaïd Salah n'étant pas épargné par les critiques, et s'inscrivant dans la lignée de la guerre d'indépendance face à la France (1954-1962) (cf liens n°4, n°5). Signe qui n'a pas trompé, Djamila Bouhired, héroïne de la guerre d'Algérie, a porté son soutien aux manifestants et a rédigé une tribune parue dans le journal El Watan mi mars (cf lien n°6), où elle salue la jeunesse algérienne agissant comme moteur de l'histoire, reprenant le flambeau de ses aîné(e)s luttant contre la domination coloniale française, mais mettant en garde contre le système politique en place depuis juillet 1962, rempli de "maquisards de la 25e heure", et "la tutelle néocoloniale de la France", soulignant la position d'Emmanuel Macron face à la ruse de Bouteflika sur son faux renoncement du 11 mars dernier. Au fond, cela signifie que la jeunesse algérienne actuelle a une mission historique de renouer avec les aspirations démocratiques portées par les combattant(e)s de l'indépendance et de les mener à leur terme cette fois-ci, justifiant une nouvelle fois le surnom donné à Alger dans les années 1960, "La Mecque des révolutionnaires", et être une source d'inspiration pour l'ensemble de l'Afrique, voire le reste du monde.

En tout cas, respect au peuple algérien et affichons une solidarité internationaliste digne de ce nom.

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