En Australie, la nature renvoie le boomerang

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Facebook

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Les images apocalyptiques des incendies en Australie ces dernières semaines renforcent l'idée que les affairistes et la classe politique qui les suit n'en ont cure de ce genre de catastrophes. Et pourtant, elles illustrent la toxicité de leur stratégie court-termiste.

"How can we dance when our Earth is turning?/How do we sleep while our beds are burning?" Le refrain de la chanson Beds are burning du groupe rock australien Midnight Oil colle à la situation que vit l'île-continent depuis plusieurs semaines. À savoir, une vague d'incendies touchant tout le pays, du Nord comme au Sud, à l'Ouest comme à l'Est, piégeant nombre d'habitants devant fuir vers la côte pour survivre et des pompiers luttant vainement contre ces incendies. Si le nombre de décès humains reste faible - 20 décès -, le monde animal paie lourdement le tribut, avec un demi-milliard d'animaux morts depuis le début de ces incendies (cf lien n°1). Ce qui donne des images terribles de kangourous et de koalas, symboles de l'Australie s'il en est, menacés de mort, le visage plein de détresse et secourus du mieux possible par des citoyens.

Exception ou tendance lourde?

L'une des questions qu'on peut se poser est si ce qui se passe en Australie est un phénomène exceptionnel ou un marqueur d'une tendance pour les années, voire décennies à venir. Et on peut effectivement craindre que ça ne soit en fait qu'une tendance lourde, continue, qui semble ne pas être arrêtable. Dans un article paru sur le site itk Labs sur le cas australien (cf lien n°2), des données météorologiques orientent vers cette hypothèse pour le moins pessimiste. Pourquoi? Parce que la température moyenne analysée pour l'Australie en 2019 est la plus chaude jamais enregistrée auparavant, avec une sécheresse également record, notamment sur la fin de l'année, rendant ainsi les sols complètement secs et exposés aux incendies qui s'auto-alimentent avec des pyrocumulonumbus, provoquant de la foudre qui génère un nouveau foyer incendiaire. En conséquence, des pans entiers de forêts sont détruits, comme le parc forestier entourant Sydney qui aurait perdu plus de 80% de sa surface en un an, comme l'atteste le tweet suivant:

Ce qui s'observe pour l'Australie, où 63.000 kilomètres carrés - ou 6.300.000 hectares, soit plus de deux fois la Belgique - de surface boisée ont brûlé, est observable ailleurs. Rappelons-nous les images d'incendies au Brésil, dans la forêt amazonienne en août dernier. Il n'y avait eu que 25.000 kilomètres carrés - ou 2.500.000 hectares - de bois réduits en cendres. Ou en parallèle, mais moins médiatisé, des incendies dans la forêt du Congo. Signe que les poumons verts de la planète voient leurs espaces régulièrement réduits. Et ce n'est pas sans risques! Par rapport à Sydney, les incendies en cours menacent l'alimentation en électricité de la ville la plus peuplée d'Australie et il faudra voir si des pannes de courant deviennent effectives ou pas (cf lien n°3). Et il pourrait que ça soit encore pire car le mois de février est généralement brûlant en Australie.

Un capitalisme mortifère

Ces événements tragiques en Australie vont de nouveau poser la question du rôle humain dans ces catastrophes passées et en cours, et tout particulièrement le mode de production capitaliste. Et là encore, ça donne un argument à l'idée que le capitalisme, tel qu'il fonctionne structurellement depuis plus de deux siècles à travers le monde, en dépit de modifications formelles liées aux évolutions technologiques, épuise plus la nature qu'il ne la préserve et que les capitalistes, obsédés par une trajectoire court-termiste, n'en ont cure des conséquences négatives de leurs méfaits car ils peuvent s'appuyer sur une pensée économique qui les sert, sacralisant la croissance, même si elle pourrait être "verte", donnant cet oxymore qu'est le "capitalisme vert". Pour donner une illustration, il se trouve qu'une compagnie basée à Singapour a revendu 89 milliards de litres d'eau australienne à un fonds de pension canadien pour un montant de 490 millions de dollars australiens - environ 304 millions d'euros - (cf lien n°4). C'est dire si l'eau, considérée pour certain(e)s comme un bien commun, est vue pour d'autres comme une marchandise vendable à n'importe qui dans le monde. Au passage, ça illustre combien la "mondialisation heureuse", que plusieurs bien-pensants, proches du pouvoir, ont bassiné dans les mass media depuis près de 30 ans est un foutage de gueule criminel!

D'ailleurs, il n'y a qu'à voir comment le gouvernement australien est regardé par ses concitoyens. Le Premier ministre Scott Morrisson, un conservateur en droite ligne avec le président états-unien Donald Trump sur l'écologie, est pour le moins détesté par les victimes des incendies, certaines refusant de lui serrer la main (cf lien n°5). Et c'est l'illustration d'un capitalisme colonial puisque le pouvoir australien est dominé depuis plus de deux siècles par des blancs, en partie descendants de bagnards britanniques, ayant déplacé, exproprié ou encore exterminé les Aborigènes d'Australie, premiers peuples à vivre sur l'île-continent. Et à travers une photo virale montrant un lever de soleil et un nuage de fumée noire par-dessus, ressemblant fortement au drapeau aborigène australien (cf lien n°6), se pose la question de la restitution des terres aux Aborigènes, avec l'idée que si le pouvoir blanc n'avait pas exproprié, exterminé les Aborigènes, ces derniers auraient été plus à-mêmes de maîtriser ces incendies et par conséquent, de ne pas subir ce retour de boomerang de la nature face à un capitalisme énergivore et inscrit dans une histoire coloniale, raciste.

En conclusion, je remets des paroles de la chanson Beds are burning de Midnight Oil car cette chanson est en premier lieu un message exigeant la restitution des terres aux Aborigènes et que ça se relie avec la dimension écologique: "The time has come to say fair's fair/To pay the rent, to pay our share/The time has come, a fact's a fact/It belongs to them, let's give it back"

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