Déclaration de guerre USA-Iran à l'horizon?!

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Christopher Dombres

Photo: Flickr/Christopher Dombres

L'assassinat du général Ghassem Soleimani par un drone états-unien en Irak est de nature à provoquer une étincelle pouvant faire sauter une fois encore la poudrière du Moyen-Orient, mais une occasion pour Donald Trump de se maintenir au pouvoir au nom de la menace extérieure. De quoi demeurer inquiet sur les conséquences politiques et économiques à terme.

Est-ce qu'à travers cette frappe aérienne, dans la nuit du jeudi 2 janvier 2020, Donald Trump a déclenché la troisième guerre mondiale? En tout cas, les réseaux sociaux s'affolent à ce sujet, vu que le hashtag #WWIII compte plus de 1,5 millions de tweets ce vendredi 3 janvier. Mais pourquoi une telle panique? La raison est la mort du général Ghassem Soleimani, chef de l'unité d'élite Al Qods des Gardiens de la révolution, lié directement au Guide suprême iranien, l'ayatollah Khamenei, et de fait le deuxième personnage de la république islamique, devant le président de la République Hassan Rohani. En outre, comme il était un des faucons du régime iranien, les conservateurs voudront appeler à la vengeance et manœuvreront au niveau politique pour remettre en cause Rohani et ses partisans, considérés comme trop modérés (cf liens n°1, n°2).

Grandes manœuvres?

Cette frappe aérienne décidée par Trump souligne l'intention de la Maison-Blanche d'opérer de grandes manœuvres dans le Moyen-Orient, pour renforcer l'influence de l'oncle Sam dans la région, voire en finir avec la république islamique en place depuis la révolution de 1979 et la prise de pouvoir de l'ayatollah Khomeiny. Il faut dire que Soleimani avait opéré ces dernières années en Syrie, sauvant le régime de Bachar Al-Assad tout en luttant contre le groupe terroriste Daech (ou État islamique), ou encore dans l'Irak, en appuyant militairement des milices chiites, notamment dans le Nord du pays, frontalier avec l'Iran. D'ailleurs, on peut se dire que c'était un acte prémédité étant donné que le site Military times soulignait dans un article publié le 1er janvier 2020, la veille de l'assassinat du général iranien, que 750 soldats ont été déployés dans une base états-unienne au Koweït et que 4.000 autres devraient les rejoindre dans les jours suivants (cf lien n°3). Signe d'une tension extérieure grandissante, qui était déjà manifeste avec des manifestations devant l'ambassade des USA à Bagdad il y a quelques jours. De quoi pousser Washington à exhorter ses ressortissants civils à quitter immédiatement l'Irak après la mort de Soleimani (cf lien n°4).

Ces grandes manœuvres concernent également la politique intérieure états-unienne. L'année 2020 est l'année de l'élection présidentielle outre-Atlantique. Or, depuis plusieurs mois, Donald Trump est menacé par une procédure de destitution lancée par le Parti démocrate qui tient la majorité à la Chambre des représentants et qui espère voir cette procédure aboutir, en dépit du fait que le Parti républicain, soutenant l'homme pressé de la Maison-Blanche, soit majoritaire au Sénat. Donc, il ne serait pas étonnant que Trump utilise le bon vieux procédé usuel qu'est d'agiter la menace extérieure et le chauvinisme pour les nuls - d'autant que les yankees sont champions là-dessus - pour s'assurer une certaine tranquillité au pouvoir. Pas étonnant que les démocrates soient en opposition, devinant quelque part le jeu de Trump, mais préfèrent souligner le "risque d'escalade" dans la violence entre Washington et Téhéran (cf lien n°5). Dans un autre registre, le cinéaste Michael Moore a ressorti une édition du New York Times datant du 17 décembre 1998, du temps où Bill Clinton décida d'une frappe aérienne... en Irak - déjà - et qu'il était pris dans une procédure de destitution par rapport à l'affaire Monica Lewinsky. C'est dire si l'histoire bégaie.

Multiples enjeux

En fait, si cette guerre devait éclater, qui serait directement visé par l'Iran? Il serait fort probable que l'Arabie Saoudite et Israël, les deux grands alliés des États-Unis au Moyen-Orient soient dans le collimateur de l'Iran, sans compter l'Irak, afin de desserrer l'étau puisque les voisins de l'Iran contiennent des bases militaires états-uniennes sur leur sol, conséquence de long terme des interventions militaires de l'oncle Sam lors des années 1990 et 2000.

Est-ce que les alliés respectifs des deux pays se mêleront de l'histoire, augmentant l'échelle des enjeux géopolitiques? Les pays de l'Union européenne, et tout particulièrement la France, l'Allemagne et la Grande-Bretagne, qui ont participé aux négociations sur le nucléaire iranien, aboutissant à un accord en 2015 sous la présidence de Barack Obama, supprimé par Trump en 2018 pour émettre un blocus économique à l'égard de Téhéran, pour l'asphyxier, ont-ils intérêt à s'aligner bêtement derrière Washington? Est-ce la Russie et la Chine, soutiens de l'Iran, voudront déployer des troupes, des armes en tout genre pour venir au secours de Téhéran?

Et si un autre élément de réponse se trouvait au niveau économique? J'écrivais ci-haut que le blocus économique états-unien a été remis en place en 2018 et qu'il met l'Iran dans une certaine difficulté intérieure, tant les recettes d'exportation de pétrole ont fondu, du fait d'une moindre exportation d'or noir, et que les promesses d'ouverture de la part du pouvoir iranien auprès de la population ne peuvent pas tenir. À la suite de la nouvelle de la mort du général Soleimani, le prix du baril de pétrole a grimpé d'un peu plus de trois dollars et que l'accentuation probable des tensions entre les deux pays ne peut que faire monter le prix du baril de pétrole (cf lien n°6). Cela n'a pas de quoi inquiéter Trump, usant du pétrole de schiste pour une indépendance pétrolière des USA, mais ses alliés européens ne peuvent pas en dire autant. Et quand on sait qu'en France, par exemple, la question du prix de l'essence a provoqué le mouvement des Gilets jaunes depuis novembre 2018, il y a de quoi être tendu du côté de l'Élysée.

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