Avec une fin de saison en eau de boudin, le club marseillais s'est condamné à vivre un début de saison 2023-2024 intensif. Le tout avec un futur entraîneur et un effectif appelé à être renouvelé tout en ayant à atteindre l'équilibre financier. Une équation délicate à résoudre!
Le rideau est tombé sur la saison 2022-2023 de Ligue 1 durant le weekend du 3 juin. De cette saison particulière, car coupée par la coupe du monde de foot au Qatar - 20 novembre-18 décembre -, on retiendra que le Paris Saint-Germain (PSG) est resté champion de France pour la 11e fois de son histoire, un record, sans être vraiment brillant, avec des départs prévus - Lionel Messi, Sergio Ramos, plus l'entraîneur Christophe Galtier -, une ambiance peu enthousiasmante, etc. Le vent de fraîcheur vient du Racing club de Lens, dauphin du PSG avec une structure stable, marquée par l'entraineur Franck Haise et un style de jeu offensif qui fait plaisir à voir. Et l'Olympique de Marseille (OM) complète le podium de cette saison de championnat.
Bien des regrets
Cette troisième place, qui prouve quand même que le club marseillais s'est remis dans une bonne trajectoire car en mesure de pouvoir chercher une place en Ligue des champions, laisse un goût fort amer pour les supporters olympiens, mais aussi la direction du club, tant il y avait de la place pour être deuxième, voire d'aller titiller le rival parisien dans la course au titre. Mais l'effectif mené par l'entraîneur Igor Tudor s'est montré trop friable à domicile - 23 points perdus, soit 5 défaites et 4 matchs nuls - pour être crédible dans l'idée de renverser le PSG de son piédestal. Et une fin de saison tout simplement honteuse - 4 défaites sur les 4 derniers matchs de la saison - laisse filer à Lens la deuxième place.
Et pourtant, comme évoqué lors de l'annonce de la démission de Tudor de son poste à l'issue de la saison, le style de jeu offensif prôné par l'entraîneur croate donnait satisfaction en général et donnait des espoirs crédibles d'une bonne saison. Mais les derniers matchs ternissent un bilan qui est marqué par une grosse tâche qu'est l'élimination en 1/4 de finale de la coupe de France par Annecy aux tirs au but, à domicile, après avoir battu le PSG au tour précédent.
Puis il y a des joueurs qui ont été à la hauteur du maillot ciel et blanc cette saison: en premier lieu Alexis Sánchez. L'attaquant chilien semble avoir retrouvé une deuxième jeunesse à l'OM, où il a marqué 14 buts en championnat. Il n'a plus dépassé la barre des 10 buts dans un championnat depuis l'époque où il évoluait à Arsenal (Angleterre). Et le professionnalisme dont il a fait preuve tout au long de la saison incite à ce que ses coéquipiers se mettent davantage au diapason, à l'avenir. Autre satisfaction, c'est Chancel Mbemba. Le défenseur congolais (ou congo-zaïrois) a montré combien il est un roc, vite adopté par les supporters, et qu'en plus, il s'est montré presque plus décisif devant le but sur cette première saison olympienne que sur les quatre années qu'il a passées du côté du FC Porto, son précédent club. Dans une moindre mesure, il y a aussi Samuel Gigot ou Valentin Rongier qui ont donné satisfaction. Gigot, en tant que défenseur rugueux, quitte à se faire mal physiquement et connaître des périodes de blessure, puis Rongier en tant que capitaine se démenant.
Fortunes diverses
Là, je me rends compte qu'en dehors de Rongier, je cite des joueurs qui ont été recrutés l'été dernier. C'est dire si des joueurs présents au club depuis au moins un an n'ont pas l'air d'avoir fait une grande saison. Mais est-ce au fait que Tudor les estimait plus estampillés dans le style de jeu de possession de Jorge Sampaoli, prédécesseur de Tudor sur le banc olympien? Une question qui peut se poser. En tout cas, des joueurs comme Mattéo Guendouzi, Cengiz Ünder ou encore Dimitri Payet, incontournables sous Sampaoli, ont connu des fortunes diverses sous les ordres de Tudor. Guendouzi était au départ un titulaire indiscutable, mais à la différence près que le milieu était positionné un cran plus haut par Tudor que par Sampaoli. Et l'efficacité du joueur a été progressivement affectée par ce changement de position dans le jeu. Mais à partir de l'après-coupe du monde, et l'arrivée en hiver de l'Ukrainien Ruslan Malinvoskyi, l'international français a été relégué au banc de touche, aux côtés de Payet car le milieu offensif a été, d'entrée de jeu, mis au banc par Tudor, considérant sans doute un manque d'effort dans les courses. Ce qui est rédhibitoire chez Tudor tant son système est énergivore - digne d'un Marcelo Bielsa -. Mais avec les blessures d'Amine Harit puis d'Azzedine Ounahi (recrue hivernale), plus des manques de résultats dans la course à la Ligue des champions, il aurait pu être titulaire sur la fin de la saison. Mais Tudor en décida autrement et à 36 ans, Payet sent le vent du crépuscule de sa carrière souffler fortement. Par contre, Ünder, qui n'entrait pas dans les plans de Tudor en début de saison, s'est fait une place en se pliant aux consignes du coach croate et a pu enchaîner les titularisations, même si son bilan personnel est moindre que la saison dernière (5 buts et 4 passes décisives en championnat cette saison contre 10 buts et 2 passes décisives l'an dernier).
Mais certaines recrues n'ont pas également été en réussite. Par exemple Jonathan Clauss. L'arrière (ou piston) droit, recruté l'été dernier, est le meilleur passeur du club en championnat (11 passes décisives), mais sa non-sélection à la coupe du monde au Qatar avec l'équipe de France a marqué une rupture, en plus d'un début de saison où il enchainait les matchs et se retrouvait sur la corde raide. Malinvoskyi, arrivé durant l'hiver, laissait entrevoir de bonnes choses avant de progressivement rater ses matchs, coïncidant avec le sprint final loupé de la part de l'OM. L'attaquant portugais Vitinha, également arrivé durant l'hiver, suscite beaucoup d'exaspération par rapport à son transfert en provenance de Braga (32 millions d'euros) et au fait de n'avoir marqué que deux buts en Ligue 1. Mais à 22 ans, il a encore à s'aguerrir et une préparation d'avant-saison permettra de mieux le juger pour la saison prochaine. Son compatriote Nuno Tavares avait commencé sur les chapeaux de roue, mais l'arrière (ou piston) gauche a vite fait enrager les supporters et les observateurs tant il affiche une nonchalance, un manque de professionnalisme criant, pour ne pas dire qu'il n'a pas de QI footballistique. Enfin, Jordan Veretout affiche un bilan mi-figue, mi-raisin, où après un début de saison poussif, il s'est mis à être de bons rails peu avant et peu après la coupe du monde, avant d'avoir un coup de moins bien sur la fin de la saison, à l'instar du reste de l'équipe première. Or, vu son statut de joueur important - le plus gros salaire selon l'Équipe -, il doit être plus exemplaire que ce qu'il a pu montrer sur la saison écoulée.
Renouveler en profondeur?
Vu que la question de l'entraîneur se pose, avec le départ acté de Tudor, bien des choses pourraient être modifiées en fonction de l'identité du futur coach olympien. Est-ce que Guendouzi partirait tout de même, en dépit de son caractère grandement apprécié chez les supporters? Est-ce que Sánchez lâcherait le club, estimant qu'il ne serait pas assez ambitieux? Cela viendra, une fois que le nouvel entraîneur sera nommé. Perso, j'ai déjà exprimé ma préférence pour Gabriel Heinze car en tant qu'ancien joueur, l'argentin a gagné des titres avec le PSG, Manchester United, le Real Madrid et... l'OM car c'est un ancien joueur olympien qui a été champion de France avec l'OM en 2010, sous les ordres de Didier Deschamps. Ensuite, Heinze revendique une philosophie de jeu offensive, en droite ligne de Bielsa et enfin, l'ancien défenseur est considéré comme quelqu'un donnant sa chance aux jeunes joueurs.
Mais quel que soit le futur coach de l'OM, celui-ci aura-t-il des garanties sur son effectif? Notamment sur la question du recrutement car si selon le président Pablo Longoria, le déficit de l'OM pour la saison 2022-2023 serait d'une dizaine de millions d'euros, voire même un équilibre financier en cas de vente d'un joueur avant le 30 juin - une première sous l'ère de Frank McCourt -, cela donnerait des possibilités pour recruter en mettant de l'argent ou bien d'avoir des joueurs libres de tout contrat. Après tout, Longoria a convaincu Sánchez et Mbemba, libres de tout contrat, de venir à l'OM. Un recrutement malin et efficace. Mais Longoria n'a pas tout réussi non plus depuis qu'il est président du club. La preuve, c'est l'absence de stabilité sur le banc de touche, avec deux départs sur les deux dernières années. Autre preuve, c'est l'absence de promotion des minots du centre de formation au sein de l'équipe première. S'il estime nécessaire de grandement renouveler l'effectif, ce serait bien de le faire en permettant à des minots de se faire une place dans l'effectif, tout en ayant recruté des joueurs de caractère, habitués à des ambiances volcaniques comme celle du stade Vélodrome et par conséquent en mesure de se transcender et de pousser leurs coéquipiers à puiser dans leur force mentale.
Et ce, d'autant plus qu'en plus du lancement de la saison 2023-2024 de Ligue 1, actant le retour d'un championnat à 18 clubs par ailleurs, l'OM devra passer deux tours préliminaires - 4 matchs - pour tenter de se qualifier pour la phase de poules de la Ligue des champions, avec tout ce que cela comporte au niveau financier. D'où l'idée de recruter tôt et de ne pas se tromper dès le départ.
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