À l'approche de la deuxième partie de la saison 2024 de F1, à Zandvoort aux Pays-Bas, le resserrement de la grille rend les victoires plus incertaines mais facilite l'approche d'un quatrième titre pilotes pour Max Verstappen en raison de son avance en début de saison. Et ailleurs, la colère couve concernant Alpine et Renault, dans la perspective de 2026.
En début de saison, je me demandais si on revivait la domination de Verstappen et de Red Bull telle qu'on l'a connue en 2023. Six mois plus tard, force est de constater que cette domination est fortement remise en cause, à l'issue du grand prix de Belgique, 14ème GP de la saison 2024, avec la victoire de Lewis Hamilton, suite à la disqualification de son coéquipier George Russell. D'ailleurs, sur ces 14 premiers GP de 2024, on compte sept vainqueurs différents (Max Verstappen, Lando Norris, Oscar Piastri, Charles Leclerc, Carlos Sainz Jr, Lewis Hamilton, George Russell), du jamais-vu depuis 2012, année comptant huit vainqueurs de GP.
Points intermédiaires
Ce nombre de vainqueurs différents prouve combien 2024 offre plus de suspense pour la victoire à chaque GP, avec quatre écuries - Red Bull; McLaren; Ferrari; Mercedes - en mesure d'y arriver, et que le resserrement de la grille est devenu effectif, là où il y a un an, Red Bull écrasait la concurrence. Comment expliquer cela? D'une part, par le travail de rattrapage effectué par les autres écuries sur la partie aérodynamique, via un temps de soufflerie plus important que pour Red Bull. D'autre part, l'écurie autrichienne, dominante depuis 2022, année de la nouvelle réglementation technique, privilégiant notamment l'aérodynamique, est entrée dans une zone de turbulences avec les effets de l'affaire concernant Christian Horner, le directeur de l'écurie, pour "comportement inapproprié" envers une salariée, développant une lutte interne chez Red Bull et le départ de l'ingénieur Adrian Newey de l'écurie en fin d'année, avec cessation de travail sur la F1 depuis mai. Ce qui peut être handicapant dans la course au développement, et les évolutions à apporter sur la suite de la saison.
Néanmoins, est-ce que cela peut inquiéter l'écurie, ainsi que le pilote Verstappen, dans leur quête de gagner les titres constructeurs et pilotes à la fin de la saison? Pour le titre pilotes, cela ne pourrait ne pas être gênant dans la mesure où Verstappen n'a plus qu'à se contenter de viser ce qu'Enzo Ferrari appelait les "points intermédiaires". C'est-à-dire se contenter de places sur le podium à défaut de gagner des GP car on constate ces dernières semaines que Red Bull est en retrait par rapport à McLaren ou Mercedes, qui ont une dynamique très favorable pour la victoire en grand prix. Ce faisant, avec plus de pilotes et d'écuries en mesure de gagner, cela divise la capacité de ces dernières à reprendre des points à Red Bull quand celle-ci dominait les six ou sept premiers GP de la saison. Résultat, le triple champion du monde néerlandais a une avance confortable sur son dauphin Norris et ce dernier devra enchaîner les victoires avec sa McLaren - être constamment véloce; avoir une écurie qui opère des stratégies fines; avoir des circonstances de course favorables; etc. - pour véritablement mettre la pression sur Verstappen.
Pour le titre constructeurs, c'est une autre histoire. Red Bull n'a pas une marge suffisante pour voir venir la concurrence car si Verstappen tient la barre, Sergio Pérez tend à couler. Au point que des rumeurs avançaient une résiliation du contrat du pilote mexicain avant même la fin de la saison alors que ce dernier avait été prolongé jusqu'à fin 2026 chez Red Bull. Mais si d'aventure, Pérez se reprend, en luttant face aux pilotes McLaren, Mercedes et Ferrari, cela permettrait de sauver les meubles. Dans le cas contraire, vu la régularité du duo Norris-Piastri chez McLaren, on pourrait assister à un titre constructeurs pour l'écurie britannique, résonnant comme une revanche tant au début de la saison 2023, l'écurie motorisée par Mercedes était en fond de grille et paraissait à la ramasse, avant d'opérer un retour en avant spectaculaire à partir de l'été 2023 et de confirmer sur cette première partie de saison 2024.
Alpine ou un bordel sans nom
D'autres devraient en prendre de la graine, et tout particulièrement chez Alpine. L'écurie française fait plus parler d'elle dans les coulisses du paddock que sur la piste, où le déclin est progressif, comparativement à 2022 ou 2023. Et faire parler de soi en coulisses n'est pas bon signe, et vu les nouvelles, cela peut mener à de la colère. Lors du Grand prix d'Espagne, en juin dernier, le retour de Flavio Briatore, qui a dirigé l'écurie quand elle s'appelait Renault - maison-mère d'Alpine - dans les années 2000, pour le meilleur - titres pilotes et constructeurs en 2005 et 2006 - et le pire - scandale du GP de Singapour 2008 -, n'augurait rien de bon pour bien des observateurs (dont moi-même), et cela se confirma (quelque part) avec l'annonce, durant le GP de Belgique, du départ de Bruno Famin au poste de directeur de l'écurie, un an après sa prise de fonction, puis la décision d'abandonner la production de moteurs Renault, conçus à Viry-Châtillon, pour mettre des moteurs Mercedes à l'horizon 2026, année d'une nouvelle réglementation technique, notamment au niveau du moteur.
Comment ne pas se sentir en empathie envers les ingénieurs, mécaniciens, logisticiens de l'usine moteurs de Viry-Châtillon devant ce qu'il faut appeler une trahison de la part de la direction de Renault, et tout particulièrement du Président-Directeur général Luca De Meo? Après tout, ce dernier, nommé à la tête de Renault en 2020, avait affirmé maintenir la présence de la marque au losange en F1, déclarant en 2021: "Je suis un passionné de voitures, donc quand je suis arrivé à la tête de Renault, je me suis dit que je n'allais pas être celui qui allait mettre fin à 44 ans d'histoire de Renault. Je ne vais pas être cet homme. [...] Donc, tant que je serai là, les gens de la Formule 1 n'auront pas à s'inquiéter". Force est de constater qu'en quatre ans, le changement de nom de l'écurie - Renault désormais Alpine -, les départs réguliers des directeurs - Cyril Abiteboul; Marcin Budkowski; Laurent Rossi; Alain Prost; Otmar Szafnauer; Bruno Famin -, les départs d'ingénieurs - Pat Fry; Alan Permane; Matt Hermann; Bob Bell, plus le départ de Fernando Alonso et son non-remplacement par Piastri en 2022, et celui d'Esteban Ocon en fin de saison, laissant Pierre Gasly comme figure de proue, donnent l'image d'un bordel sans nom où les luttes intestines, notamment entre Enstone (département châssis-aérodynamique) et Viry-Châtillon (moteurs) sont répertoriées dans le paddock et qu'avec ces dernières actus, c'est une victoire d'Enstone qui se profile. À moins qu'une révolution de palais s'opère chez Renault, avec un départ de De Meo, avec dans sa remorque celui de Briatore, sachant que l'État reste actionnaire du losange et qu'une fermeture de l'usine de Viry-Châtillon fait tâche pour un camp présidentiel minoritaire et cela relève de la question de la réindustrialisation de l'économie française. Et les salariés de Viry-Châtillon ont des arguments à faire valoir par rapport à 2026, mais ils savent qu'ils devront prouver que le moteur Renault qu'ils ont commencé à tester pour qu'il soit conforme à la future réglementation, soit également puissant et fiable pour retrouver les sommets. Et dans le pire des cas, une bonne grève devrait mettre la pression.
En tout cas, soutien plein et entier aux Renault boys dans leur lutte et qu'on retrouve Renault en tant que tel en F1 - que le nom Alpine disparaisse! -
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