Le refus d'Emmanuel Macron de nommer Lucie Castets Première ministre offre une illustration de la nature a-démocratique d'une Vème République à envoyer à la retraite.
C'est à se demander si les élections changent (vraiment) la vie et que cela vaut la peine d'aller voter. Bientôt deux mois après des élections législatives anticipées ayant conduit à une défaite de son camp, Emmanuel Macron ne cesse de s'opposer à nommer un gouvernement correspondant à ce que les résultats de législatives qui ont mobilisé les électeurs - environ un tiers d'abstention, le plus faible niveau observé depuis 1997 -, en l'occurrence la coalition de gauche Nouveau front populaire (NFP) en tête, avec 193 députés, et par conséquent ayant la primauté pour former un gouvernement minoritaire. Depuis le 23 août, le locataire de l'Élysée lance une série de consultations avec les partis politiques représentés à l'Assemblée nationale, et lundi 26 août, il a écarté d'un revers de la main un gouvernement composé par le NFP, au nom de la "stabilité institutionnelle" (cf lien n°1). De la part de celui qui a provoqué une dissolution de l'Assemblée nationale générant l'instabilité institutionnelle présente, c'est l'hôpital qui se fout de la charité, pourrait-on penser en premier lieu.
"Coup d'État permanent"
En tout cas, selon Lucie Castets, la candidate consensuelle du NFP pour être locataire de Matignon, c'est l'expression d'un "déni de démocratie", incitant ainsi les composantes de cette coalition - France insoumise; Parti socialiste; Europe Écologie-Les Verts; Parti communiste - à boycotter la nouvelle série de consultations de Macron ce mardi 27 août (cf lien n°2). Cette séquence montre combien le pouvoir ne veut à aucun prix voir la gauche gouverner, et pas seulement la France insoumise puisque Jean-Luc Mélenchon, figure tutélaire de ce mouvement, a déclaré que les insoumis ne participeraient pas à un gouvernement NFP afin de faciliter les choses car en parallèle, le Rassemblement national et les partisans de Macron montrent le alliance objective du centre et de l'extrême-droite, appelant à la censure si un gouvernement NFP était composé de membres de la FI. Désormais, même s'il n'y aurait pas de ministres insoumis, cela censurerait sans commune mesure (cf liens n°3, n°4).
On assiste bel et bien à un "coup d'État permanent", formulé par François Mitterrand avant de s'en accommoder durant 14 ans (1981-1995), qui est essentiel dans la Vème République qui nous régit depuis 1958. En agissant de la sorte, Macron montre la nature a-démocratique de cette Vème République, la seule qui ne soit pas issue du travail d'une Assemblée constituante, mais de réunions en vases clos, orchestrées par Michel Debré pour qu'elle soit taillée sur mesure pour Charles de Gaulle, en pleine guerre d'Algérie et suite à un putsch militaire à Alger en mai 1958. C'est un fait qui est nécessaire de rappeler aujourd'hui pour souligner que vociférer sur Macron et son déni, c'est bien gentil, mais c'est rester en surface car Macron ne fait qu'utiliser une Constitution qui lui donne un pouvoir exorbitant. Et même si la FI propose une procédure de destitution du président de la République selon les modalités prévues par l'article 68 de la Constitution, cela aura peu de chances de passer, y compris au sein même du NFP tant les autres composantes, le PS en particulier, font dans leur froc.
En tout cas, deux options s'offrent à nous: soit on tolère cet énième "coup d'État permanent" et il ne faudra pas venir pleurnicher ensuite sur la poursuite d'une politique présidentielle - donc, au service du capital - qui conduit fatalement à une instabilité chronique. Soit, il est question d'aller chercher le locataire de l'Élysée, en allant plus frontalement et massivement qu'au moment du mouvement des Gilets jaunes de 2018-2019, qui avait fait vaciller - un temps - le pouvoir avant qu'il lâche la bride de la police pour qu'elle soit répressive à foison. Avec comme objectif de mettre fin à la Vème République et de redéfinir le rapport de souveraineté dans la foulée. Ce qui conduira à un effort de longue haleine.
Il n'y a plus d'autre choix.
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