Les Jeux olympiques de Paris marquent encore la rivalité entre les États-Unis et la Chine, les premiers parvenant sur le dernier jour à terminer en tête du classement des médailles. Et la France parvenant à réussir son pari de s'établir dans le top 5, établissant un nouveau record de médailles.
Il y a trois ans, au sortir des JO de Tokyo, il y avait des doutes à voir une délégation française à la hauteur, vu qu'elle avait glané 33 médailles durant cette olympiade-là. Mais à l'issue des JO de Paris, à domicile, la France est parvenue à gagner 64 médailles, dont 16 en or. Ce qui est un record historique qui promet de rester pendant un moment, pour des raison qu'on développera plus loin.
Duel États-Unis/Chine
En attendant, le duel au sommet du classement des médailles entre les États-Unis et la Chine s'est tourné une fois de plus à l'avantage des premiers, mais comme à Tokyo, cela s'est joué sur la toute fin, notamment la finale de basket féminin remportée par les USA d'un point contre... la France. Ce qui permet à l'oncle Sam de glaner 40 médailles d'or (sur 126 médailles), soit autant que l'ex-empire du Milieu, mais la différence se fait au nombre de médailles d'argent (44 à 27), pour avoir la tête du classement des médailles au final. C'est dire si ça s'est joué à pas grand-chose.
Toujours est-il que dans la foulée de Tokyo, le Japon demeure troisième au classement des médailles, avec 45 médailles, dont 20 en or. Cela montre combien la construction d'une politique sportive sur le long terme peut perdurer dans le temps. À voir du côté français dans la perspective des JO de Los Angeles en 2028.
Organiser, ça stimule
Justement, la France est arrivée, in extremis, à figure à la cinquième place du classement des médailles, derrière donc les États-Unis, la Chine, le Japon et l'Australie, avec 64 médailles (16 or, 26 argent, 22 bronze). Autrement dit, un record de médailles, dépassant celui de Beijing en 2008 (43 médailles), et un record de médailles d'or (16) effaçant celui établi lors des JO d'Atlanta en 1996 (15). Même s'il y a de quoi penser que bien des médailles d'argent auraient pu se transformer en or, avec les exemples de la finale de basket féminin évoquée ci-haut contre les États-Unis, les finales à l'épée féminine perdues à la mort subite, tant en individuel qu'en équipe, la finale du 100m haies féminin - seule médaille française en athlétisme - avec Cyrena Samba-Mayela échouant à un centième derrière l'étasunienne Masai Russell.
En tout cas, si perso, je m'attendais à ce que ce soit entre 60 et 65 médailles et que je suis content de cela, je pense que certains observateurs, qui pensaient que la France glanerait plus de 70 médailles durant ces JO, ont été très présomptueux, comptant peut-être trop sur des sports comme l'athlétisme, le cyclisme (sur piste), l'aviron, ou encore bien des épreuves d'escrime par équipes (fleuret, épée, sabre), où bien des déceptions peuvent être notées. En outre, ce record de médailles risque d'être un trompe-l'œil tant le bannissement de la Russie de ces JO biaise l'analyse, facilitant l'obtention de médailles, pour la France comme pour d'autres pays. Notamment dans des disciplines comme la natation ou l'escrime, où la Russie figure parmi les meilleurs pays, historiquement parlant, et qui ont été des grands pourvoyeurs de médailles côté français, avec le judo. Il faudra anticiper un nombre moindre de médailles à Los Angeles dans quatre ans, mais il y a des figures de proues comme Léon Marchand à la natation, Joan-Benjamin Gaba, Teddy Riner - s'il continue - au judo, les frères Lebrun au tennis de table, mais aussi les sports collectifs qui ont brillé, à l'exception du handball masculin et du football féminin, dont une médaille était attendue. Et ce, d'autant plus que le sport se mondialise, avec 91 pays ayant eu au moins une médaille durant cette olympiade - moins qu'à Tokyo (93) mais plus qu'à Rio ou Londres (86). Comme par exemple l'île de Sainte-Lucie, avec Julien Alfred, championne olympique du 100m féminin. L'athlétisme restant d'ailleurs le sport le plus international, avec le lancer du javelot masculin par exemple voyant un podium composé d'Arshad Nadeem (Pakistan), de Neeraj Chopra (Inde) et d'Anderson Peters (Grenades), signifiant qu'aucun européen n'est sur ce podium. Une première dans cette discipline dans l'histoire des JO. Ou bien la victoire du Botswanais Letsile Tebogo au 200m masculin, premier sprinteur africain champion olympique.
Rassemblement illusoire
Maintenant, peut-on penser que les JO de Paris étaient une réussite totale? Si on ne se laisse pas impressionner par le cadre parisien, les images de Paris, ou de Marseille pour la voile ou de Tahiti pour le surf, on se rend compte qu'il y a de l'illusion qui va vite retomber. Premièrement, le fonctionnement (enfin) normal de services publics comme les transports en commun, grâce aux bénévoles qui se sont démenés, mais avec une population parisienne grandement partie en vacances, cela facilite les choses. Deuxièmement, l'accès populaire est un sacré foutage de gueule, ne serait-ce que pour avoir des places car les prix étaient inaccessibles pour la finale de basket masculin entre les États-Unis et la France par exemple, ainsi que des "places VIP" vides (cf lien n°1).
Troisièmement, l'état de la Seine. Il fallait à tout prix, pour les organisateurs - CIO, mairie de Paris, État -, que la natation en eau libre et le triathlon se tiennent avec la Seine. Cela a eu lieu, bien que la qualité de l'eau était en réalité mauvaise (cf lien n°2). Mais ça, qui pouvait penser que la Seine serait propre pour les JO? Quatrièmement, l'esprit critique est considéré comme un crime de lèse-majesté alors que ces JO servent de bascule au niveau sécuritaire, policier, et que le nettoyage social organisé avant ces jeux promet de durer ensuite. Enfin, le camp macroniste a obtenu sa "trêve olympique" et compte désormais surfer sur la réussite de la délégation française pour renforcer son pouvoir fragile et ses politiques austéritaires, qui sont les plus à-mêmes de fragiliser la capacité des sportifs français à glaner de futures breloques à l'avenir, tant les financements de clubs sportifs sont au compte-goutte. Il est bon de se souvenir que Macron avait tenté de profiter de la victoire de l'équipe de France de foot à la coupe du monde 2018 - quitte à privatiser la célébration - et que quelques mois plus tard, il y eut le mouvement des Gilets jaunes. Il est bien probable qu'un tel scénario se répète car cette "parenthèse enchantée" n'effacera pas les réalités économiques et sociales d'un pays fracturé par le pouvoir ces dernières années.
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