Un traité dangereux! Mais peut-il être révolutionnaire?

Publié le par JoSeseSeko

Un traité dangereux! Mais peut-il être révolutionnaire?

Depuis plusieurs mois, l'Union Européenne et les États-Unis d'Amérique négocient pour un Partenariat transatlantique pour le commerce et l'investissement (PTCI, en anglais: TTIP for Transatlantic trade and investment partnership). Ces négociations traînent en longueur, notamment depuis les révélations d'Edward Snowden sur les écoutes de la NSA envers les pays européens. Et malgré la vive polémique qui reste présente en ce moment, remettant la question de la confiance au centre des débats entre alliés, les négociations se poursuivent.

L'enjeu principal de ce traité est de créer une zone de libre-échange, qui deviendrait du coup la 1ère zone de libre-échange au monde, et de réduire les tarifs douaniers des deux côtés de l'Atlantique. Or, les tarifs douanier sont très faibles en moyenne de part et d'autre de l'océan (3,5% aux USA, 5,3% dans l'UE), ce qui laisse un gain à l'échange très modéré à long terme, surtout pour l'UE. Par contre, plusieurs enjeux rentrent dans la négociation:

Les barrières non-tarifaires (normes alimentaires, normes de santé, normes de production) vont-elles sauter, permettant ainsi au niveau européen par exemple d'importer des OGM Monsanto, d'exporter du fromage, du foie gras? Ça fera grincer des dents écologistes dans ce cas.

Est-ce que tout ce qui est lié à la culture est compris dans cet accord? Dans ce cas, "l'exception culturelle" tant défendue en France ne sera plus qu'un vague souvenir.

Quelles entreprises y gagneraient? Davantage les grandes firmes, pouvant jouer sur l'effet taille en cas de choc asymétrique, que les PME, plus exposées au risque de fermeture.

Les deux parties sont-elles incitées à trouver un accord? Parce que là, on est clairement dans le cadre d'un dilemme du prisonnier, où chacun va tirer le maximum de ce qu'il veut, quitte à trahir l'autre.

Ce traité, s'il est signé, signe un acte néolibéral pur jus, et une défense du libre-échange, ainsi que de la nouvelle vague de mondialisation. Néanmoins, peut-il avoir une finalité révolutionnaire, dans un sens dialectique? Si on regarde plus d'un siècle et demi en arrière, Karl Marx connut la 1ère vague de mondialisation en même temps que la 1ère révolution industrielle. Dans un discours de 1848 (peu avant la publication du Manifeste du parti communiste avec Friedrich Engels), il utilise la grande référence économique de l'époque, David Ricardo (théoricien des avantages comparatifs, militant pour l'abolition des Corn Laws en Angleterre), pour démontrer que le développement des échanges à une échelle mondiale unirait le prolétariat à l'échelle mondiale (d'où l'internationalisme revendiqué par Marx) et améliorerait son sort, contrairement au cas où il y aurait du protectionnisme qui resterait conservateur, donc à l'avantage de la classe bourgeoise. Conclusion, Marx considéra que le libre-échange serait un moyen de passer du capitalisme au socialisme par l'unification des prolétaires ("prolétaires de tous les pays, unissez-vous!") et que les capitalistes seraient en train de creuser leur propre tombe, dans leurs grandes contradictions. Jusqu'à présent, Marx a eu tort sur la vertu révolutionnaire du libre-échange, mais ne s'est pas forcément trompé sur la finalité conservatrice du protectionnisme. Mais peut-être qu'à l'avenir, la vertu révolutionnaire du libre-échange deviendrait réalité, qui sait?

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