L'Union euro-austérité tue la pensée radicale

Publié le par JoSeseSeko

L'Union euro-austérité tue la pensée radicale

Les mesures d'austérité instaurées par la Grèce, sous la pression des partenaires européens, indiquent combien l'idée de "réformer de l'intérieur l'Union européenne", chère à une partie de la gauche radicale, a fait long feu, même si certains s'y accrochent encore.

Ce n'est pas demain la veille que ça chantera "Le temps des cerises". L'accord du 13 juillet entre la Grèce et les partenaires européens, semble signer le triomphe de la pensée orthodoxe, exprimée notamment par l'Allemagne, tandis que la France se gausse d'avoir évité le "Grexit". Et pour la gauche radicale, c'est une défaite cuisante, qui lui coupe les ailes, en particulier en Espagne ou au Portugal, puisque les espagnols de Podemos et les portugais du Bloc de gauche, qui se sont souvent référencés à Syriza et au Premier ministre grec, Aléxis Tsípras, étaient en mesure de peser électoralement, à l'approche d'élections législatives capitales.

Une question peu économique

Du côté de la gauche radicale française, notamment dans la coalition du Front de gauche (FG), qui inclut le Parti communiste (PC), le Parti de gauche (PG) et Ensemble! dans ses principales composantes, c'est un début de cacophonie qui montre qu'il y a un débat qui commence à faire surface: continuer à réformer l'UE de l'intérieur ou préparer une éventuelle sortie de la zone euro. Un débat essentiel si le FG veut convaincre les électeurs, lui qui stagne depuis l'élection présidentielle de 2012 et la campagne menée par Jean-Luc Mélenchon, fondateur du PG.

Dans un entretien accordé au journal Marianne, publié le 25 juillet, Pierre Laurent, secrétaire national du PC, reste fidèle à l'idée de changement de l'intérieur, défendue par les cadres du parti depuis la fin des années 90 et la participation au gouvernement de Lionel Jospin. Il considère que le "Grexit" aurait été la pire des solutions, ce à quoi des économistes comme Jacques Sapir lui rétorquent sa méconnaissance, couplée de multiples mensonges afin de garder l'illusion de faire des retouches en étant à l'intérieur. Une méconnaissance d'autant plus surprenante que comme l'écrit le directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales sur son blog (cf lien ci-dessous), Laurent est diplômé d'économie à Paris 1 (Panthéon-Sorbonne), ce qui est mon cas également. Comme quoi, c'est très mauvais de vieillir!

Défaite de la gauche radicale et de l'Europe

C'est une défaite pour la gauche radicale car la résistance de Syriza a été vaine. Et par ricochet, comme l'écrit le journaliste Romaric Godin dans La Tribune, c'est une défaite de l'Europe. En effet, ce triomphe de l'orthodoxie économique, de l'ordo-libéralisme made in Germany, de la technocratie basée à Bruxelles et influant sur l'ensemble de la zone euro, montre finalement que l'euro et l'austérité forment un couple solide et sordide pour les économies de la zone. Sauf pour l'Allemagne, pour qui la monnaie unique est un choc asymétrique strictement positif, surtout depuis la crise de 2008-2009. Mais au prix d'une austérité qui conduit en fait à former une armée de travailleurs pauvres. Bien sûr, ça ne compte guère pour les technocrates.

C'est une défaite de la gauche radicale car comme le dit Laurent:

  • "l’option qui est la nôtre, celle de Tsipras, la mienne, celle que nous défendons, qui est l’option de la reconstruction d’une Europe de coopération, de solidarité, d’une Europe de souveraineté qui doit laisser plus de place aux pouvoirs de chaque nation de négocier démocratiquement son insertion dans cette Europe de solidarité. Nous parlons d’une Europe à géométrie choisie, c’est-à-dire une Europe où la participation au projet européen doit, à chaque fois, être librement consenti par les pays."

C'est encore symptomatique de la gauche radicale, qui plie déjà en voulant faire croire au "monde des bisounours", comme dit Sapir. Or, l'UE aujourd'hui est trop divergente pour arriver à cela. Il faudra passer par de la destruction, de la lutte. À croire que Laurent ne semble plus croire à la lutte des classes, qui reste très actuelle, y compris à ce niveau d'enjeux. Car au fond, on sait que c'est la classe dominante qui est entrain de gagner en ce moment. Ce n'est pas moi, simple blogueur qui le dit, c'est Warren Buffet, une des plus grandes fortunes mondiales, qui l'affirme!

Tuer l'euro ou tuer la gauche

À partir de là, soit la gauche radicale tue l'euro, soit c'est l'inverse! C'est ce que fait remarquer l'économiste Frédéric Lordon, dans son blog qu'il tient dans le Monde Diplomatique (cf lien ci-dessous), à travers l'usage d'un néologisme, appelé "Lexit" (pour Left exit, sortie de la gauche). Et ce débat donc naissant au sein du FG sur l'euro, porté par le PG ou par d'autres meneurs de la coalition, comme Christian Picquet, est salutaire car il permettra de regarder ce qui se passe ailleurs, comme en Amérique latine, avec l'ALBA, une organisation initiée par le Venezuela, l'Équateur, la Bolivie, plus quelques îles antillaises, dont Cuba, qui a établi une monnaie commune, le Sucre, tout en sauvegardant les devises propres à chaque pays membre, pour garder un brin de souplesse monétaire.

Personnellement, je suis devenu de plus en plus critique envers l'euro car je me suis rendu compte, et je l'ai écrit par le passé (en citant Sapir, Lordon et d'autres), que la monnaie européenne, telle qu'elle est aujourd'hui, ne sert pas le grand nombre, mais le petit nombre, pour paraphraser Voltaire. De même que durant un débat mené par le Front de gauche dans la ville où j'habite, avec l'ancien député communiste Francis Wurtz comme invité de marque, j'ai été de moins en moins convaincu par l'idée de réforme de l'intérieur de la zone euro, ayant profité d'ailleurs pour rappeler à Wurtz le changement d'avis d'Oskar Lafontaine, fondateur de la coalition allemande Die Linke (pendant outre-Rhin du FG et de Syriza) sur l'euro, appelant désormais à y mettre fin. Ce à quoi il me répondit par le fait que Lafontaine a abandonné toute responsabilité tandis que Tsipras affichait un attachement viscéral à la zone euro (sachant que ses compatriotes y tiennent également). Toujours est-il que je suis sûr que si on souhaite changer quelque chose dans l'UE, il faudra fatalement passer par la destruction des structures actuelles, échappant à tout contrôle démocratique (par le peuple lui-même ou le Parlement européen), afin de mieux reconstruire. Faire de légères retouches à l'intérieur d'une maison chancelante, ça ne solidifiera pas la dite maison.

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