Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Un maintien tardif pour un OM à guérir

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Meryl Diffusion

Photo: Meryl Diffusion

Sorti vainqueur de son match à Angers (1-0), l'Olympique de Marseille peut envisager sa vente de manière plus sereine car restant dans l'élite du foot français. Une fin d'ère Louis-Dreyfus/Labrune sous le signe d'une relative austérité, à peine démontrable par les données.

Un certain soulagement peut se faire du côté des supporters de l'Olympique de Marseille (OM), ce lundi 2 mai. La veille (1er mai), le club phocéen a assuré définitivement son maintien en Ligue 1, grâce à l'attaquant belge Michy Batshuayi, inscrivant d'ailleurs son 16e but de la saison en championnat. Une performance notable vu que l'âge de l'attaquant - 22 ans -, titulaire depuis le début de la saison, même s'il aurait pu encore être plus décisif lors de certains matchs. Toujours est-il que l'OM, entraîné par Franck Passi, qui remplace l'entraîneur espagnol Míchel, renvoyé pour des résultats catastrophiques, faisant craindre le scénario de descente en Ligue 2 (le rêve pour les anti-OM primitifs!) jusqu'au 1er mai. Les esprits peuvent se tourner vers la Coupe de France, avec une finale entre l'OM et le Paris Saint-Germain, le 21 mai prochain.

Une saison noire

Ce maintien assuré lors de l'antépénultième journée de championnat ne peut en aucun cas satisfaire les supporters, qui se sentent humiliés par leur propre club de cœur, ces derniers mois. D'autant plus que depuis le 13 septembre 2015 et la réception de Bastia, l'OM n'arrive plus à gagner dans son Stade Vélodrome majoritairement vide, soit par protestation envers les résultats catastrophiques (OM-Bordeaux; OM-Saint-Étienne...), soit par sanctions de la Ligue de football professionnel envers les supporters qui expriment leur exaspération, leur colère (OM-OL; OM-Nantes).

La saison 2015-2016 de l'OM semble être signe d'un retour vers le futur car lors des saisons 1999-2000 et 2000-2001, le club marseillais a du sauver sa peau à la dernière journée, et même au-delà puisque la Direction nationale de contrôle de gestion (DNCG) menaçait parfois le club de relégation administrative, obligeant Robert Louis-Dreyfus (RLD), alors détenteur principal du capital du club, à éponger les déficits. Une époque dont Margarita Louis-Dreyfus, qui a du reprendre à contrecœur le flambeau à la mort de RLD, en juillet 2009, ne veut plus revivre. D'où la mise en vente officielle de l'OM le 13 avril, après plusieurs mois de rumeurs à ce sujet.

Une austérité voilée et inefficace

Cette atmosphère de fin de règne semble marquer la fin de la présidence de Vincent Labrune à la tête du club marseillais. Une présidence qui ne va pas tellement rester dans les annales, sauf sur un point. À la suite des tensions durant le match OM-OL en septembre 2015, il a su arracher aux groupes de supporters la gestion de la billetterie dans les virages du stade Vélodrome, que ces derniers avaient obtenu de la part de Bernard Tapie, au tournant des années 1990, lorsque l'OM dominait le foot français. Mais sur d'autres domaines, en interaction avec les résultats sportifs, il fait pire que ses prédécesseurs tels Pape Diouf et Jean-Claude Dassier.

Sur la question du budget, M. Labrune avait pour objectif de le stabiliser, voire de réduire la voilure, notamment en ce qui concerne la masse salariale (salaire des joueurs, rémunération de l'entraineur plus son personnel; revenu du staff médical; paie des salariés et cadres du club; etc.). Il était parti sur une logique d'austérité à la grecque pure et dure, avec une compression massive de la masse salariale de 2011-2012 à 2012-2013 (-21,9%), d'après les données de la DNCG. Mais cela posait problème pour rendre l'OM compétitif au niveau sportif. Ce qui l'obligea à revoir à la hausse, notamment quand il lança son "projet Dortmund" - pure communication! - à partir de la saison 2013-2014, mais la logique austéritaire restait de mise (-1,7% entre 2011-2012 et 2014-2015) (cf graphique 1). Sachant qu'il faut tenir compte des changements d'entraîneurs et de leurs staffs respectifs. En particulier celui de Marcelo Bielsa qui fit monter la masse salariale en 2014-2015.

D'ailleurs, sur la masse salariale, le président Labrune est confronté à une certaine inertie car cette composante du budget est devenue majoritaire depuis 2008-2009, dernière année du mandat de M. Diouf comme président du directoire du club. Le successeur de Diouf, M. Dassier, s'y cassa aussi des dents, malgré les titres gagnés par le club durant sa courte présidence - deux ans -, dont la Ligue 1 en 2010 (une première depuis 1992, officiellement, ou 1993, pour les supporters les plus radicaux). D'ailleurs, M. Dassier fut poussé vers la sortie par... M. Labrune. Force est de constater qu'il ne vaut pas mieux (cf graphique 2)!

Même si la politique d'austérité est moins visible statistiquement, ce qui peut inciter à un certain mea culpa de la part du blogueur, elle n'en demeure pas moins présente. Et loin de permettre un rééquilibrage des comptes du club, le déficit tend à s'accumuler. Depuis la saison 2008-2009, l'OM n'affiche plus d'excédent et lorsque l'équilibre fut atteint en 2012-2013, c'est parce que MLD a mis la main à la poche, pour son pion Labrune. Et les résultats en dents de scie sous sa présidence forment un contraste saisissant avec les performances sportives et économiques régulières et positives sous le mandat de M. Diouf (cf graphique 3).

Alors, certains défenseurs de M. Labrune feront une objection car le contexte de l'OM sous sa présidence est plus difficile, avec notamment un stade Vélodrome en travaux durant trois ans, réduisant les recettes de billetterie. Néanmoins, M. Diouf était arrivé dans un moment de déficit et il fut licencié alors que les finances du club étaient au vert. Même si la logique de "vendre avant d'acheter" ne lui était pas étrangère, il ne se débarassa pas des "bijoux de famille" sans une forte indemnité de transfert, tout en tentant du recrutement malin ou avisé. Pour M. Labrune, ce fut des ventes sans indemnité pour beaucoup de cadres, et une arrogance en matière de recrutement préjudiciable. L'exemple le plus célèbre est que l'Algérien Riyad Mahrez fut proposé à l'OM par les agents du joueur pour 500.000 euros en 2014, ce que Labrune refusa. Maintenant, le milieu offensif de Leicester, en passe d'être champion d'Angleterre, fut élu meilleur joueur de Premier League par ses pairs il y a quelques jours. Preuve que l'intelligence, la compétence footballistique de M. Labrune sont médiocres.

Reprendre les choses en main

En-dehors du cadre sportif, les rumeurs sur un ou plusieurs racheteurs continuent. Ces derniers jours, l'homme d'affaires Franco-syrien Mohed Altrad, président du club de rugby de Montpelier, s'est positionné comme candidat. Un de plus! Ce qui prouve, un tant soi peu, que le club phocéen suscite un intérêt particulier, en raison de son histoire, du nombre de supporters, des installations.

Néanmoins, est-ce qu'un repreneur fortuné suffit-il pour reprendre les choses en main et redresser une maison, dont les fondations ont été fissurées ces dernières années? Ce n'est pas sûr. Par contre, il y a une volonté croissante de milliers de supporters olympiens de se constituer en socios, donc, de se positionner comme racheteurs du club, avec un programme assez clair sur les principes de fonctionnement du club et les objectifs à atteindre (élection du président du club tous les cinq ans; budget autofinancé autour de 200-250 millions d'euros; refonte de la politique de formation, y compris pour le staff technique; etc.). Ces supporters ont pour exemple les clubs espagnols. Certes, ils sont plus endettés, mais l'assise des supporters dans la gouvernance du club les oblige à être plus responsables dans tous les compartiments du club, notamment dans le cadre sportif. Et cette alternative-là mérite d'être développée dans un club comme l'OM!

Commenter cet article